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Europe / Monde

Doute démocratique : comparaison de deux études sur la perception de la démocratie dans le monde

BLOG - 2 novembre 2017

En démocratie au XXIème siècle, le doute est roi. Le Pew Research Center signale "une anxiété profonde quant à l’avenir de la démocratie". La Fondation pour l’Innovation Politique (Fondapol) : "des signes qui témoignent de la déstabilisation du monde démocratique". Le mois dernier, ces deux instituts ont publié les résultats de leurs études respectives sur la perception de ce système de gouvernance. 

En France, Dominique Reynié et la Fondapol ont sondé les citoyens de démocraties européennes (22 Etats membres de l’Union européenne ainsi que la Suisse, la Norvège, le Royaume-Uni et les Etats-Unis), dans le cadre de leur rapport "Où va la démocratie ?". De son côté, le Pew Research Center de Washington a mené une enquête pour évaluer les opinions des citoyens de 38 Etats démocratiques, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique du Nord et du Sud, ainsi qu’en Europe. Que faut-il retenir de ces deux recherches ?

Opinions mitigées de la démocratie

Une majorité de sondés ne s’estiment pas satisfaits de la façon dont la démocratie fonctionne dans leur pays. Sur l’ensemble des citoyens des 38 pays interrogés par le Pew Research Center, une médiane de 52 % n’est "pas" et "pas du tout" satisfaite de leur démocratie. En Europe, la Fondapol constate le même ressenti, avec une moyenne de 53 % des citoyens signalant que la démocratie fonctionne mal dans leur pays. Il existe cependant d'importantes différences géographiques. Si ce phénomène est particulièrement important en Amérique du Sud, avec une moyenne de 73 % des citoyens se disant insatisfaits, en Asie, au contraire, 64 % des individus affirment que la démocratie fonctionne bien (la Corée du Sud étant la seule exception - le Pew Research Center note les fortes tensions politiques au moment du sondage).

En Europe, l’étude du Pew Research Center souligne l’écart entre les pays d’Europe du Nord (Suède, Pays-Bas, Allemagne et Royaume-Uni), où en moyenne 70% des citoyens sont satisfaits de la démocratie dans leur pays, et ceux d’Europe du Sud (France, Italie, Espagne et Grèce), où cette proportion est de 28 %. La Fondapol, elle, dresse un tableau détaillé qui prend en compte les pays d’Europe de l’Est. Dans ces pays où la démocratie est plus récente, elle est d’ailleurs moins approuvée : hormis les Estoniens, la majorité des citoyens de tous les ex-pays communistes (Bulgarie, Hongrie, Croatie, Slovaquie, Roumanie, Lettonie, République Tchèque, Pologne et Lituanie) considère que la démocratie fonctionne mal dans leur pays (de 82 % en Bulgarie à 53 % en Lituanie).    

Démocratie et économie

Les deux think tanks mettent en évidence certains facteurs pour comprendre le déclin de satisfaction envers la démocratie dans l’opinion publique. Ils notent une corrélation entre la perception de la démocratie et celle de la situation économique du pays. Selon le Pew Research Center, les personnes satisfaites de l’économie dans leur pays le sont statistiquement également du fonctionnement de leur démocratie (cette corrélation étant la plus forte au Venezuela et en Suède). De même, les sondés ayant une vision positive de l’économie font davantage confiance à leur gouvernement. 

La situation est similaire en Europe. La Fondapol remarque que les perceptions quant aux changements de qualité de vie ("Diriez-vous que les récents changements dans le monde ont été pour vous-même : bénéfiques, pas bénéfiques, neutres ?") sont corrélées à l’opinion envers la démocratie : ceux qui estiment que leur qualité de vie a augmenté trouvent que la démocratie dans leur pays fonctionne mieux (62 % en moyenne) que ceux qui pensent qu’elle a diminué (29 %). 

Démocratie et mondialisation

Il y aurait également, selon la Fondapol, une corrélation entre la confiance dans la démocratie et les perceptions de la mondialisation. Tandis qu’en moyenne dans les 25 pays européens sondés, 66 % des citoyens pensent que "c’est utile de voter car c’est par les élections que l’on peut faire évoluer les choses", ce nombre est porté à 72 % parmi les personnes affirmant que “la mondialisation est une opportunité”. Il baisse à 58 % parmi ceux voyant la mondialisation comme une menace.  

Démocratie et autocratie

Peut être plus inquiétant, les deux rapports signalent un soutien pour des formes de gouvernements avec à leur tête un homme autoritaire. Le Pew Research Center demande aux citoyens sondés si un Gouvernement avec à sa tête un homme fort, qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections, serait une bonne chose. Dans les sept pays asiatiques et dans les six pays africains sondés, une large proportion des citoyens est d’accord avec cette affirmation (médiane de 42 % en Asie, et 39 % en Afrique). C’est moins le cas en Europe (variant entre 29 % en Italie à 6 % en Allemagne, avec une médiane de 13 %).

Selon la Fondapol, 34 % des citoyens européens partagent l’opinion qu’un homme autoritaire à la tête du gouvernement serait une bonne chose. Cette proportion est plus élevée dans les pays ayant rejoint l’Union européenne à partir de 2004 : 68 % des Lituaniens, 59 % des Bulgares ou 58 % des Roumains pensent que cette forme de gouvernement est souhaitable. Cette proportion est nettement inférieure dans les plus anciennes démocraties de l’ouest, même si elle reste élevée (35 % en France et Allemagne, 34 % au Portugal, 27 % en Suisse. Sur ce point, l’Italie est proche des pays d’Europe de l’Est avec 41 % des citoyens affirmant qu’un dirigeant autoritaire serait souhaitable). 

Démocratie et éducation

Les deux rapports divergent quant à la corrélation entre le niveau d’éducation et la perception de la démocratie. Selon le Pew Research Center, "l’éducation a un impact considérable sur les attitudes vis-à-vis de la gouvernance", puisque dans 22 des 38 pays sondés, les personnes les moins éduquées sont davantage susceptibles de rejeter la démocratie représentative comme le meilleur système politique (par exemple, on note un écart de 14 % avec les personnes plus éduquées en France, 17 % aux Etats-Unis ou 23 % au Pérou). Cette différence est plus marquée lorsque l’on questionne les citoyens sur leur attitude vis-à-vis d’un Gouvernement dirigé par l’armée : les personnes les moins instruites ont davantage tendance à penser qu’un Gouvernement dirigé par l’armée serait une bonne chose. 

Selon le rapport de la Fondapol, le nombre d’années d’études "ne semble pas significatif" pour prédire l’attitude envers un système de gouvernance. Sur les 10 % des sondés qui estiment qu’avoir à la tête du pays un dirigeant fort serait une "très bonne chose", 54 % ont quitté le système éducatif avant l’âge de 21 ans, et 39 % ont poursuivi leurs études au-delà. Le think tank français insiste cependant sur l’influence de la géographie : dans les villes de moins de 100 000 habitants, 74 % d’entre eux supportent une forme autocratique de gouvernement. Dans les plus grandes villes (plus de 500 000 habitants), ce chiffre descend à 12 %. De façon similaire, 71 % des personnes considérant que la démocratie fonctionne "très mal" dans leur pays vivent dans des villes de moins de 100 000 habitants. 

Ces deux études offrent des pistes de réflexion pour mieux comprendre les raisons de l’affaissement de la confiance dans la démocratie au XXIe siècle. Dans l’ensemble, elles permettent d’identifier, à l’aide de chiffres, un phénomène simple : les gagnants du monde d’aujourd’hui sont satisfaits de sa gouvernance. Les perdants, eux, s’en méfient.
 

 

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