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Cryptomonnaie : le Venezuela mise sur le Petro. Trois questions à Éric Chaney.

BLOG - 1 mars 2018

Le 20 février dernier, le Venezuela s’est distingué en devenant le premier État à émettre une cryptomonnaie, le petro. Cette initiative, qui apparaît comme une tentative de se financer en contournant les sanctions américaines, survient dans un contexte de crise politique, économique et sociale qui s’étend depuis plusieurs mois dans un pays acculé par sa dette. Décryptage d’Eric Chaney, conseiller économique de l’Institut Montaigne. 

Quelle lecture faites-vous de la création par le gouvernement vénézuélien d’une cryptomonnaie ? Le petro pourrait-il être un moyen efficace de contourner les sanctions américaines ?

Il s’agit d’une tentative sans scrupule et assez désespérée de la clique qui se maintient au pouvoir à Caracas de profiter de l’engouement pour les cryptomonnaies pour obtenir des devises. Rappelons en effet que ce pays, qui possède pourtant  parmi les plus grandes réserves de pétrole au monde, a fait défaut sur sa dette à plusieurs reprises et ne peut donc plus emprunter sur les marchés internationaux. Le petro n’est d’ailleurs pas une cryptomonnaie au sens de bitcoin ou d’ether, puisque l’offre initiale de petros est interdite aux Vénézuéliens eux-mêmes, étant réservée aux non-résidents prêts à les obtenir contre des dollars ou des euros. Curieusement, l’offre devait utiliser la plateforme blockchain Ethereum mais s’est tournée à la dernière seconde vers la plateforme NEM, plus confidentielle. De ce fait, le montant de la vente annoncé par le gouvernement Maduro, 735 millions de dollars US, est invérifiable. Mais que les autorités vénézuéliennes parlent déjà d’une autre émission, cette fois “garantie” par les réserves d’or du pays, fait penser que peu d’investisseurs se sont laissé prendre au piège du petro.

Le petro peut-il être réellement indexé sur le pétrole Vénézuélien ?

Selon le document du gouvernement vénézuélien, un petro devrait pouvoir être échangé contre un baril de pétrole. D’ailleurs, l’offre initiale valorisait le petro à 60 dollars, c’est à dire à peu près le prix d’un baril de pétrole brut WTI. L’ennui c’est qu’aucun détail sur les modalités d’échange n’a été donné et que la seule garantie que cet échange puisse avoir lieu est la parole de M. Maduro. En réalité, les chances de récupérer ses petros sous forme de barils de pétrole me paraissent bien minces. On en saurait davantage s’il existait une bourse d’échange des petros contre des dollars ou des euros. Pour l’instant, aucune bourse spécialisée en cryptomonnaies n’est prête à accepter les petros. 

Une "cryptomonnaie souveraine", n’est-ce pas là un paradoxe ?

En l’occurrence, le Venezuela a une monnaie souveraine, le bolivar, qui s’échange à un ratio de 25 000 pour un dollar au marché officiel (restreint) et à plus de 200 000 pour un dollar au marché noir. Et le petro n’est pas une monnaie souveraine, puisqu’il est inaccessible aux citoyens ordinaires du pays, dont les actifs sont en bolivars. S’il devenait vraiment échangeable contre du pétrole sur une bourse, ce serait plutôt une sorte d’ETF (exchange-traded fund) indexé sur le pétrole vénézuélien. La valeur d’un ETF ne s’écarte guère des valeurs qu’il est censé dupliquer, tant que le marché fait confiance à l’émetteur, mais peut s’en écarter considérablement, voire tomber à zéro, si celle-ci est mise en doute.

Ajoutons que si le petro n’est pas une cryptomonnaie souveraine, il reste que certaines banques centrales étudient la possibilité d’émettre leur propres monnaies digitales en utilisant la technologie blockchain à leur bénéfice, afin de suivre les transactions utilisant cette monnaie. Si elles passaient à l’action, ce serait en effet un paradoxe, lorsqu’on pense à l’origine de bitcoin, cryptomonnaie conçue comme un moyen de s’affranchir des banques centrales et du système financier. Nous n’en sommes pas encore là.

 

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