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Europe / Monde

Confiance, modestie, ambition : trois mots pour 2018

BLOG - 9 janvier 2018

N'en déplaise à Trump ou à Poutine, la confiance n'est pas une idée morte en Europe.

Au sortir de l'année 2017, en dépit des risques de guerre comme en Corée du Nord, du maintien de la menace terroriste malgré la défaite de Daesh en Irak et en Syrie, ou de la montée des populismes un peu partout, la confiance est de retour et pas seulement dans notre pays et pas exclusivement sur le plan économique et boursier. Elle constitue un ingrédient non seulement nécessaire mais, à bien des égards désormais, légitime. On peut, bien sûr, voir le verre à moitié vide plutôt que à moitié plein. Mais n'en déplaise aux Cassandre - qui annonçaient la fin programmée de l'Europe, sinon celle de la démocratie -, le bilan de l'année 2017 est infiniment plus nuancé.

L'extrême droite partage certes le pouvoir avec la droite en Autriche. Mais Vienne n'est pas Berlin et ne le deviendra pas. En Allemagne, Angela Merkel, certes affaiblie, a toutes les chances de se succéder à elle-même dans les semaines ou les mois à venir. Le pouvoir en Pologne et en Hongrie ne partage plus les valeurs d'ouverture et de tolérance qui sont celles de l'Union européenne, mais en Pologne au moins une partie importante de la société ne se joint pas à cette dérive. 

Depuis le vote en faveur du Brexit, la Grande-Bretagne flotte , mais ceux qui doutent de la démarche "souverainiste" du pays sont toujours plus nombreux. Certes l'Espagne ne sait que faire face à l'indépendantisme catalan et l'Italie se prépare à des élections difficiles. Mais la France d'Emmanuel Macron fait rêver tous ceux qui se reconnaissent dans le projet européen et l'idéal démocratique. Il y a de la lumière à l'horizon et pas seulement des nuages.

Un monde hésitant

Pour autant, la confiance doit s'accompagner de modestie. L'année 2018 devrait confirmer le retour dans un monde qui hésite entre bipolarité et multipolarité. L'Amérique de Trump n'est plus l'Amérique. Certains de ses critiques les plus virulents, sinon les plus lucides, décrivent déjà "La Démocratie en Amérique" comme une démocratie illibérale, qui ne respecte plus ni l'Etat de droit ni les libertés fondamentales. La Chine de Xi Jinping, à l'inverse, en dépit ou plutôt grâce à son modèle autoritaire, est en train de retrouver la place qui était la sienne dans le monde jusqu'au début du XIXe siècle. La Russie, quant à elle, a marqué des points au Moyen-Orient en faisant preuve, en Syrie, d'audace, de cynisme et de détermination. Poutine sera très certainement réélu à la prochaine élection présidentielle du printemps 2018 et ce pour une quatrième fois. Mais la Russie ne joue pas dans la même catégorie que la Chine. Moscou peut se réjouir de récréer un climat de guerre froide à l'est et au nord de l'Europe. Pour autant le nouveau tsar n'a pas les moyens de ses ambitions.

Le monde occidental - qui ne représente désormais qu'un peu plus de 10 % de l'humanité - a perdu le monopole des modèles, même s'il continue d'être une source d'inspiration tout particulièrement en Asie. Les jeunes artistes d'origine asiatique trustent les premiers prix internationaux dans les concours de piano, de violon et de direction d'orchestre de la planète, preuve, s'il en était besoin, que "notre universalisme" a encore de beaux jours, sur le plan culturel, sinon sur celui des modèles économiques ou politiques.

Clarté

Etre modeste, cela signifie être conscient de ses limites. La Russie n'est pas la Chine et la France, pour inspiré que soit son nouveau président, ne saurait se substituer aux Etats-Unis, ni au Moyen-Orient, ni en Asie, ni même si elle agit seule, en Europe alors que l'Otan retrouve - grâce à Poutine - une "nouvelle jeunesse". Mais parler à tout le monde "un langage de clarté", comme vient de le faire Emmanuel Macron en recevant le président turc Erdogan n'est pas faire preuve d'arrogance ou d'hypocrisie, mais de réalisme.

Modestie et ambition ne sont pas incompatibles, bien au contraire. On peut penser que le monde occidental a fait preuve depuis très, trop longtemps, d'un mélange d'arrogance à l'égard des "Autres" et de complaisance à l'égard de lui-même. Dans un monde où tout est lié, évolutions internes et développements internationaux, l'ambition raisonnable est l'indispensable complément de la confiance et de la modestie. On ne répond pas aux populismes en s'alignant sur les programmes de ses dirigeants, contrairement à ce que peuvent dire et faire certains. Plus que l'afflux de réfugiés - qui s'est considérablement ralenti en 2017 - c'est la montée des inégalités qui menace nos systèmes démocratiques. 

Aux Etats-Unis, qui sont bien plus inégalitaires encore que l'Europe, le 1 % le plus aisé possède une part de la richesse nationale égale à celle de 88 % du reste de la population. On ne peut maintenir une cohésion sociale lorsque de tels écarts existent. Les résultats du Brexit en Grande-Bretagne, l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis s'expliquent, pour une large part, par la montée des inégalités dans ces deux pays.

Modèle européen

Défendre le modèle démocratique européen face aux attaques des populismes à l'intérieur et à celles de tous ceux, qu'ils soient chinois ou russes, qui se réjouissent déjà de son déclin inéluctable, passe par une lutte contre l'accélération des inégalités à l'intérieur de nos systèmes. Il ne s'agit pas de prôner un égalitarisme anachronique et contre-productif, mais de faire tout simplement preuve de bon sens. L'économie ne saurait ignorer l'éthique ou, si elle le fait, c'est au détriment de la bonne santé de nos modèles démocratiques.

Confiance, modestie, ambition vont de pair. En ce début d'année 2018, il ne s'agit pas seulement de ne pas céder à la peur, à la mélancolie ou à la résignation devant la chute annoncée de tout ce à quoi nous croyions jusqu'à hier, la cause de l'Europe ou celle de la démocratie. N'en déplaise à Trump ou à Poutine, la confiance n'est pas une idée morte en Europe. 

 

Avec l'aimable autorisation des Echos (publié le 8 janvier).

 

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