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Colombie : les enjeux de la présidentielle. Entretien avec Olivier Dabène

BLOG - 30 mai 2018

Dimanche 27 mai, les électeurs colombiens étaient appelés aux urnes pour le premier tour de l’élection présidentielle. Première élection depuis l’accord de paix historique signé avec la guérilla communiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), ce scrutin est déterminant pour l’avenir du pays. Iván Duque, candidat de la droite dure, dont l’ancien président Alvaro Uribe est le mentor, est arrivé en tête, avec 39,2 % des suffrages. Il devra affronter Gustavo Petro (25,1 %), ancien maire de Bogotá, candidat de la gauche indépendante, lors du second tour le 17 juin prochain. Olivier Dabène, professeur de science politique à Sciences Po Paris et président de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC), nous livre son analyse de ce scrutin.

Alors que les FARC, reconvertis en parti politique, ont annoncé leur retrait de l'élection présidentielle, quelle place occupe l'accord de paix signé en 2016 avec le président Juan Manuel Santos dans cette élection ?

Si la droite n’a pas caché son intention de revenir sur certains points de l’accord, notamment l’octroi aux anciens guérilleros de sièges au Parlement, les FARC ont disparu de la campagne électorale et le thème de la paix, curieusement, n’a pas été au centre des débats. D’autres thèmes ont été débattus pendant la campagne, tels que l’éducation, la corruption, le modèle économique, les pressions migratoires suite à la crise vénézuélienne, l’environnement. 

Le thème de la paix pourrait revenir durant l’entre-deux tours, car les deux candidats finalistes ont des vues diamétralement opposées sur cette question : 

  • La gauche, représentée par Gustavo Petro, souhaite un approfondissement des réformes pouvant garantir une paix durable dans le pays, notamment la réduction des inégalités. 
  • La droite, menée par Iván Duque, insiste sur la nécessité de voir les membres des FARC jugés pour leurs crimes.

Comme le prévoyaient les sondages, Iván Duque arrive en tête du premier tour de l’élection avec 39,2 % des suffrages, mais devra tout de même affronter un second tour le 17 juin prochain. La victoire du candidat de la droite dure est-elle assurée ?

La victoire d’Iván Duque est probable, car il devrait bénéficier de reports de voix des électeurs de Vargas Lleras, ancien vice-président de Santos, arrivé en 4ème position, ainsi que de tous les électeurs qui souhaiteront faire barrage à la gauche et à Gustavo Petro. Ancien guérillero et maire de Bogotá, Petro est détesté par bon nombre de Colombiens qui le considèrent comme un dirigeant subversif et autoritaire.

Pour autant, la victoire n’est pas assurée, car le candidat du Centre Démocratique est un proche de l’ancien président Alvaro Uribe qui a fortement polarisé le pays. Uribe est très populaire dans certains milieux et dans certaines régions car il est perçu comme un dirigeant qui n’hésite pas à recourir à des politiques très répressives pour combattre la criminalité et l’insécurité qui minent le pays. Ces manières fortes heurtent toutefois les défenseurs des droits de l’homme et tous les Colombiens qui rêvent d’une pacification du pays. “L’anti-uribisme” est donc aussi très puissant en Colombie. 

Les deux candidats sont populaires au sein de leur famille politique mais suscitent aussi un fort rejet et c’est donc le jeu des alliances et surtout le taux de participation qui détermineront le résultat final.

Gustavo Petro, candidat de la gauche indépendante, se hisse également au second tour de l’élection présidentielle, avec 25,09 % des voix. Comment interpréter ce résultat historique ?

La présence de la gauche au second tour, à l’issue d’un scrutin marqué par un taux de participation record - 53,4 %, en hausse de 12 points par rapport à 2014 -, est une première pour la Colombie. La réintégration des FARC dans la vie politique a permis à la gauche de se débarrasser du soupçon de proximité avec la guérilla qui l'handicapait sur le plan électoral. Elle doit maintenant faire face à l’accusation de complicité avec le "castro-communisme" incarné par le Venezuela. 

En cas de défaite, la loi prévoit que Gustavo Petro devienne sénateur. A ce titre, il peut dans les quatre années qui viennent se positionner comme le leader de l’opposition et préparer sa candidature en 2022. Au-delà, il peut aussi redonner de l’espoir à l’ensemble de la gauche latino-américaine, malmenée par les défaites électorales en Argentine et au Chili.

 

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