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Canada / France : un sirop durable ? Trois questions à Dominique Moïsi

BLOG - 19 avril 2018

Le 16 et 17 avril, Justin Trudeau rendait visite à Emmanuel Macron lors de son premier voyage diplomatique en France. C’est également la première fois qu’un Premier ministre canadien s’exprimait devant l’Assemblée nationale. Quels ont été les enjeux de cette rencontre entre deux hommes que la presse se plaît à comparer ? Sont-ils véritablement proches ou simplement alliés de circonstance face à la montée des populismes sur la scène internationale ? Dominique Moïsi nous livre son analyse. 

Peut-on parler de “relation spéciale” entre Emmanuel Macron et Justin Trudeau ? 

L’expression est un peu forte, ils ont en commun l'âge, l’empathie, le charisme ainsi que le souci de la communication. Ils se placent tous les deux au centre politiquement et ont une vision du monde proche, du moins sur l'essentiel. A l’international ils sont tous les deux très multi-latéralistes et libre-échangistes. Est-ce pour autant suffisant pour parler de relation spéciale ? Rien n’est moins sûr ! 

On peut au contraire penser qu’ils partagent plus en terme d’image que sur leurs idées. Il est en effet facile de déceler de la communication de leur part dans la mise en avant d’une prétendue “relation spéciale”. L’idée est pour Macron, en amont de sa visite officielle à Donald Trump, de dire “ne vous méprenez pas, je sais distinguer l’homme dont je me sens proche et l’homme avec lequel j’ai seulement une bonne relation en raison des liens d’amitiés de nos pays respectifs”. Justin Trudeau de son côté, rencontre des difficultés au Canada, à la fois à cause de sa politique intérieure et de son désastreux voyage officiel en Inde. Il cherche donc à redorer son image à Paris en étant capable de mettre en avant une relation spéciale avec le président français, qui lui bénéficie encore d’une aura positive à l’international et se présente comme le “leader” de l’Europe. Pour résumer les enjeux de la relation entre les deux hommes nous pourrions dire que l'important pour Emmanuel Macron c’est que Justin Trudeau n’est pas Donald Trump, l’important pour Justin Trudeau c’est qu’Emmanuel Macron est Emmanuel Macron

Quelles conclusions tirer de la visite en France de Justin Trudeau ? 

Les deux hommes ont réaffirmé leur entente sur deux questions essentielles : le libre échange et plus particulièrement le CETA - critiqué en France par de nombreuses formations politiques et défendu par Emmanuel Macron - mais aussi le climat. 

Sur ce dernier point, cette visite a  été un moyen de renforcer la pression pesant sur Washington et Donald Trump. Les deux hommes ont eu la volonté de dire haut et fort que, pour Ottawa et Paris, l'Accord de Paris est essentiel à la sauvegarde de la planète. Bien sûr, en réaffirmant leurs engagements, les deux jeunes chefs d’Etats cherchent aussi à se faire bien voir des écologistes dans leurs pays respectifs. En mettant en avant l’Accord de Paris, ils réaffirment leur engagement, parfois remis en question au niveau national.

D’autre part, Emmanuel Macron reçoit Justin Trudeau en France une semaine avant son départ pour les Etats-Unis. Il cherche, grâce à ce calendrier, à envoyer un message clair que l’on pourrait définir comme ceci “c’est l’ensemble du continent américain qui est important pour moi et malgré ma visite diplomatique à Washington, en recevant en grande pompe le Premier ministre du Canada à Paris, je prouve que je suis plus proche de Justin Trudeau que de Donald Trump.”

Pour Justin Trudeau, sa visite à Paris est un moyen de mettre en avant le Canada et de prouver que celui-ci peut jouer un rôle important dans le monde, de manière plus significative que son économie et sa taille ne laissent présager. Il cherche ainsi à s’établir en tant que la passerelle faisant la jonction Est et Ouest, Asie et Europe. 

Dans quelle mesure peut-on comparer la façon dont Macron et Trudeau exercent leur pouvoir ?

Il y a des point communs chez les deux hommes. Il y a néanmoins plus de “gravitas” chez Emmanuel Macron que chez Justin Trudeau. Le président français utilise beaucoup la communication, tout comme son homologue canadien, mais il possède une vision historique et philosophique de son rôle qui fait défaut à Justin Trudeau. C’est pour cela que malgré leurs similarités évidentes de “look” ou même de physique, la comparaison entre les deux chefs d’Etats se trouve vite limitée. 

L’avantage de Justin Trudeau est qu’il a précédé le président français au pouvoir et a donc pu représenter, au moment de son élection, un  modèle d’espoir pour le monde mais aussi plus particulièrement pour Emmanuel Macron alors jamais élu. Le désamour rencontré aujourd’hui par Justin Trudeau sonne néanmoins comme un avertissement pour Emmanuel Macron qui n’est au pouvoir que depuis un an. Est-ce que le sort de Justin Trudeau préfigurera une fois encore le sien ? 

 

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