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Europe / Monde

Brexit : un Royaume-Uni plus fort ou plus divisé ? Interview de Georgina Wright

BLOG - 18 July 2018

En pleine négociation du Brexit, les ministres britanniques se sont finalement entendus pour signer un document précisant les intentions du pays face concernant le futur partenariat entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Trois jours après la publication de ce White Paper, le Secrétaire d’État pour la sortie de l’Union européenne (David Davis) et le Secrétaire d’État aux Affaires étrangères (Boris Johnson) démissionnaient. Georgina Wright, research associate, Europe Programme, Chatham House, nous livre son analyse de la situation politique actuelle outre-Manche.  

Comment analyser la démission de David Davis et Boris Johnson ? Theresa May est-elle condamnée à ne pas parvenir à contrôler son gouvernement ?

La démission de David Davis, l’ancien Secrétaire d’État pour la sortie de l’Union européenne (UE), n’a pas réellement surpris le monde politique britannique. L’issue finale du Brexit – c’est-à-dire les conditions de sa sortie et l’accord qui encadrera les relations futures entre le Royaume-Uni et l’UE – divise le pays depuis maintenant près de deux ans. S’opposent les partisans d’un soft brexit, qui signifierait un partenariat proche avec l’UE, et ceux d’un hard brexit, c’est-à-dire une sortie pure et simple de l’ordre juridique européen.

Vendredi 7 juillet dernier, l’ensemble des ministres britanniques se sont réunis à Chequers, la résidence du Premier ministre britannique à quelques heures de Londres. Ils avaient pour but de signer et d’approuver le document collectif – attendu depuis de longs mois – présentant la position officielle du gouvernement britannique quant aux relations futures qu’il souhaite avoir avec l’UE. Le White Paper publié le 12 juillet 2018 opte finalement pour un compromis entre une sortie soft et hard.

Avant même la convocation des membres du cabinet à Chequers, un plan d’action avait été conçu pour remplacer les ministres qui, en cas de non-adhésion à la ligne gouvernementale, auraient souhaité démissionner. En revanche, la date de la démission de David Davis, puis de Boris Johnson, le Ministre des Affaires étrangères, a surpris le microcosme politique. En effet, les deux membres du gouvernement ont accepté le document du cabinet et ont ensuite laissé passer le week-end avant d’annoncer leur démission.

Actuellement, beaucoup de décideurs britanniques pensent qu’il est préférable de conserver Theresa May à la tête du gouvernement – même fragilisée politiquement – que de devoir affronter les conséquences de son départ. Malgré les nombreuses démissions auxquelles elle a dû faire face au cours des deux dernières années, le Premier ministre a su se montrer tenace et résiliente. A huit mois seulement de la date fatidique de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, un changement de gouvernement plongerait le pays dans une profonde crise.

Comment expliquer que le Royaume-Uni persiste à ne pas accepter le caractère indivisible des quatre libertés (libre circulation des biens, des services, des capitaux et des travailleurs), principe fondateur du marché intérieur ? 

Historiquement, la vision britannique du projet européen a toujours divergé de celle majoritaire sur le continent, et notamment en France et en Allemagne. Pour le Royaume-Uni, l’UE est principalement un projet commercial et économique, fondé sur un grand marché intérieur permettant aux Européens de gagner en compétitivité au niveau international. La volonté de créer une union politique, dotée de capacités militaires et d’une politique extérieure, a toujours été appréhendée et perçue comme une volonté de limiter la souveraineté nationale des Etats membres.

Par conséquent, le Royaume-Uni a souvent considéré les questions européennes d’un point de vue très transactionnel. Sa stratégie, en tant qu’Etat membre, était de s’opposer au sein du Conseil européen aux politiques qu’il ne soutenait pas, et de créer des coalitions ad hoc avec d’autres pays pour soutenir sa position. Si cette manière de faire a pu offusquer certains de ses partenaires, elle s’est avérée efficace au fil des années. Une étude de la London School of Economics a montré qu’entre 2008 et 2015, seuls 15 % des votes finaux au Conseil allaient à l’encontre de la position britannique. Le Royaume-Uni est également parvenu à obtenir plusieurs opt-outs concernant des politiques spécifiques, ne faisait pas partie de l’espace Schengen et n’avait pas adopté la monnaie unique.

Le White Paper rendu public la semaine dernière par le gouvernement britannique contient encore de nombreuses positions analysées par la Commission européenne comme étant du cherry-picking, c’est-à-dire une volonté d’obtenir certains bénéfices du marché intérieur sans accepter la totalité des règles et le principe fondateur de libre circulation des biens, des services, des capitaux et des travailleurs. Le Royaume-Uni propose ainsi de s’aligner réglementairement sur l’UE s’agissant des marchandises mais non des services, ainsi qu’une circulation limitée s’agissant des personnes. Cette position reflète en partie les attentes de l’électorat britannique, et notamment celles des électeurs qui ont voté pour le Brexit afin de limiter le nombre d’Européens venant s’installer et travailler dans le Royaume.

Cela étant dit, il semble que le gouvernement britannique commence à se rendre compte que la Commission européenne sera inflexible sur le respect des quatre libertés du marché intérieur et qu’il ne sera pas possible pour le Royaume-Uni d’obtenir les bénéfices de l’appartenance à l’UE sans avoir à en respecter les obligations.

S'achemine-t-on vers des élections législatives anticipées ? 

Malgré les événements politiques de ces dernières semaines – démission de deux ministres, publication d’un White Paper qui divise profondément le pays et les déclarations du Président américain sur le Brexit – la tenue d’élections législatives anticipées paraît peu probable.

Quelques parlementaires du parti conservateur souhaiteraient en effet renverser Theresa May et initier un leadership contest pour la remplacer. Leur nombre paraît cependant trop insuffisant pour cela. De plus, aucun dirigeant du parti ne semble en mesure d’obtenir une majorité pour remplacer l’actuel Premier ministre. Jacob Rees-Mogg, le principal défenseur d’un hard Brexit, est très apprécié des membres du parti conservateur, mais divise profondément les parlementaires. Il en va de même pour Boris Johnson et David Davis…

 

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