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Europe / Monde

Brexit : les incertitudes de la relation sino-britannique

BLOG - 27 février 2018

Lors de sa récente visite en Chine, la Première ministre Theresa May a rappelé très clairement qu’après avoir quitté l’Union européenne, “nous, le Royaume-Uni, serons libre de signer nos propres accords”. Le Royaume-Uni et la Chine ont fait un premier pas vers un accord commercial post-Brexit, en lançant une revue commune de leurs échanges et investissements, très distincte cependant d’un accord commercial en bonne et due forme (impossible tant que le Royaume-Uni est membre de l’UE). Pendant ce temps-là, des accords ont été signés pour un montant d’environ 9 milliards de livres.

"En octobre 2015 [...] le Premier ministre David Cameron et son ministre des Finances George Osborne avaient déclaré le début d’un “âge d’or” entre le Royaume-Uni et la Chine".

Cette visite marquait le premier déplacement en Chine d’un dirigeant britannique depuis le référendum du Brexit en 2016, et constituait la visite-retour du déplacement du président Xi Jinping à Londres, reçu en grande pompe en octobre 2015. A cette époque, le Premier ministre David Cameron et son ministre des Finances George Osborne avaient déclaré le début d’un “âge d’or” entre le Royaume-Uni et la Chine. Les deux hommes ont depuis quitté le gouvernement suite au référendum qu’ils ont organisé - et perdu. La Première ministre actuelle est perçue comme moins enthousiaste que ses prédécesseurs vis-à-vis des investissements chinois. Elle a par exemple attendu plusieurs mois avant de donner son feu vert à la centrale nucléaire de Hinckley Point (7 milliards d’euros), en partie financée par la Chine - une grande première pour un pays occidental. Ce programme a bien été lancé, mais l’indécision qu’a fait paraître le nouveau gouvernement n’a pas plu en Chine.

Le Royaume-Uni est déjà le pays qui reçoit le plus d’investissements chinois en Europe (23 milliards d’euros en 2016) et est devenu le deuxième partenaire commercial de la Chine en Europe (62 milliards d’euros). Or, le déficit commercial entre les deux pays s’élevait à 28,7 milliards d’euros en 2016 (25,4 milliards de livres), soit le plus important jamais enregistré. Le Brexit sera-t-il vraiment en mesure de faire du Royaume-Uni le meilleur ami de la Chine, concrétisant ainsi le rêve de David Cameron ?

Parmi les investissements chinois, on compte les aéroports de Heathrow et Manchester, le plus haut building de Londres (le “Cheesegrater”) et des entreprises telles que Weetabix, Pizza Express, et Sunseekers, sans oublier les deux clubs de foot de Premier League - Southampton FC et West Bromwich Albion. Huawei, une société de télécommunications chinoise controversée (considérée unanimement par les agences de sécurité américaines comme une menace potentielle à la sécurité nationale) est aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs de British Telecom et emploie près de 1 000 salariés. 

"Les négociations sur l’avenir de la relation entre le Royaume-Uni et l’Europe avancent doucement, mais la Chine est d’ores et déjà prête à “collaborer avec ses amis britanniques dans tous les secteurs”".

La liste est longue, et trahit la présence grandissante de la City de Londres, le vrai “joyau de la couronne” pour la Chine, qui a encore besoin d’internationaliser sa devise, le Renminbi (RMB). En mai 2016, Londres a eu le privilège de devenir une plateforme d’échange clé de RMB, se rangeant ainsi aux côtés de New York et de Hong Kong. Les bons du Trésor chinois sont maintenant émis à Londres en RMB, qui fait partie du panier de devises du FMI. Mais la Chine ne tient pas non plus à être exclue de la zone euro, ni du marché des 420 millions de consommateurs de l’UE. Nul doute que son intérêt se portera donc aussi sur d’autres centres financiers, tels que Francfort ou Paris. 

L’homme de Pékin à Londres, l’ambassadeur Liu Xiaoming, a été missionné pour travailler spécifiquement sur l’amitié sino-britannique post-Brexit. Les négociations sur l’avenir de la relation entre le Royaume-Uni et l’Europe avancent doucement, mais la Chine est d’ores et déjà prête à “collaborer avec ses amis britanniques dans tous les secteurs”, a-t-il déclaré à la fin de l’année dernière devant un groupe de parlementaires, “Nous sommes prêts à collaborer avec chacun de ceux qui sont présents aujourd’hui et avec nos amis britanniques de tous les secteurs afin de construire un “âge d’or” sino-britannique qui portera des fruits dorés et bénéficiera aux peuples des deux pays”.

Les banques publiques chinoises ont également renforcé leur présence à Londres. Via les augmentations de capital, la Chine est aussi un actionnaire clé de la plus grande banque du Royaume-Uni, HSBC, un des acteurs principaux de la Belt and Road Initiative, la nouvelle “route de la soie” initiée par Pékin. Le ministre des Finances britannique, Philip Hammond, qui remplaçait la Première ministre Theresa May au sommet BRI en mai dernier à Pékin, avait insisté sur le fait que “le Royaume-Uni, se trouvant à l'extrémité ouest de la Belt and Road, est le partenaire naturel d’une telle initiative”. Malgré les grands espoirs des entreprises de conseil britanniques qui caressent des rêves certains en matière de projets d’infrastructures, il semble que la Chine soit déterminée à utiliser avant tout ses propres ingénieurs et consultants, ou parfois les locaux. Qui plus est, Theresa May n’a pas souhaité soutenir intégralement la BRI lors de sa récente visite en Chine il y a quelques semaines.

"Pour le Royaume-Uni, en pleine quête de nouveaux partenaires en dehors de l’Union européenne, les “ajustements” ne font a priori que commencer".

Depuis le début, le gouvernement britannique semble divisé sur la façon dont il doit traiter avec la Chine. Le Foreign Office et le Home Office (ministère de l’Intérieur que dirigeait il n’y a pas si longtemps une Theresa May prudente) avaient mis le doigt sur le cyber-espionnage et averti du manque de réciprocité pour les entreprises britanniques. Il y a aussi une appréhension des réactions provenant de l’autre côté de l’Atlantique, notamment après qu’un représentant de la Maison Blanche ait accusé Londres de “constants ajustements” en faveur de la Chine, il y a trois ans. Ce représentant faisait référence à la désolidarisation du Royaume-Uni vis-à-vis de ses alliés américains et européens. En 2015, Londres avait la première rejoint la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures sans avertir ses partenaires.

Pour le Royaume-Uni, en pleine quête de nouveaux partenaires en dehors de l’Union européenne, les “ajustements” ne font a priori que commencer, ce qui accroît le risque d’endommagement de sa relation avec les Etats-Unis de Donald Trump, qui de leur côté se préparent à une potentielle guerre commerciale avec la Chine.

Les enjeux qu’implique l’épanouissement de la relation sino-britannique ne se limitent pas aux problématiques précédemment citées. L’opacité du système économique chinois brouille les prévisions quant à la direction que prendra "l’ouverture" chinoise, outre le soutien de la croissance de ses exportations afin de sécuriser un taux de croissance autour de 6,5 %. Avec un système politique chinois qui resserre son étau et impose un contrôle des capitaux, de nombreuses questions demeurent sans réponse. Si la Chine doit jouer un rôle plus important dans la City, Londres sera-t-elle capable de maintenir des règles de transparence ou se redéfinira-t-elle en fonction des intérêts chinois ? Qu’en sera-t-il du blanchiment d’argent ? 

"Quand le Royaume-Uni décidera de sortir véritablement de l’UE, la Chine sera au rendez-vous, si, et seulement si, cela répond aux objectifs qu’elle se sera fixée".

Depuis le référendum, la plupart des hommes politiques britanniques ont continué d’éviter en public les sujets controversés tels que les droits de l’homme en Chine, au Tibet, à Taïwan, ou encore la situation politique de l’ancienne colonie britannique de Hong Kong, aujourd’hui une région administrative chinoise autonome. Il y a quelques semaines, David Cameron est devenu vice-président d’un nouveau fond d’investissement de 750 millions de livres soutenu par le gouvernement britannique, dont l’objectif est “d'encourager les échanges sino-britanniques dans des secteurs tels que la technologie, la santé, et les infrastructures.” Curieusement, “le fond sera domicilié en Irlande”, un pays qui bien sûr reste membre de l’UE. Nul doute que Londres se prépare à affronter les défis de demain.

A l’origine, Pékin avait été surpris des résultats du référendum de 2016. La stratégie consistait à utiliser le Royaume-Uni comme point d’entrée dans le marché unique de l’UE. Avec l’approche du Brexit, le Royaume-Uni, esseulé, est en quête de nouveaux partenaires. Le 19ème Congrès du Parti communiste d’octobre dernier fut l’occasion pour la Chine d’annoncer sans équivoque son intention de devenir l’un des premiers acteurs mondiaux et d’interagir avec un grand nombre de pays. Après le Brexit, la Chine ne rechignera pas à tirer profit du principal atout du Royaume-Uni : son centre financier. Quant aux ambitions chinoises d’investir au nord de l’Angleterre, ou dans les régions plus pauvres du Royaume-Uni, elles semblent s’être dissolues. Quand le Royaume-Uni décidera de sortir véritablement de l’UE, la Chine sera au rendez-vous, si, et seulement si, cela répond aux objectifs qu’elle se sera fixée. 

 

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