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Après Bruxelles et le G7 – Vers un gaullisme européen ?

ARTICLES - 30 Mai 2017

 

Michel Duclos, ancien Ambassadeur de France, décrypte les enjeux de la relation entre la nouvelle administration américaine et ses partenaires transatlantiques.

On pouvait penser que le déplacement de Donald Trump à Bruxelles pour le sommet de l’OTAN puis à Taormina pour le G7 permettrait une certaine normalisation des relations entre la nouvelle administration américaine et ses partenaires transatlantiques.

C’est à peu près l’inverse qui s’est produit. Au-delà des propos intempestifs du président américain, de certaines de ses attitudes, des divergences qui se sont étalées au G7 entre les États-Unis et les Européens sur le commerce et sur le climat, ces quelques jours du mois de mai finissant ont en quelque sorte cristallisé un changement d’orientation majeur de la politique américaine.

Washington ne croit plus qu’il lui incombe de soutenir l’ordre international libéral issu de la Seconde Guerre mondiale. Rome n’est plus dans Rome. Le Président américain a morigéné ses alliés de l’OTAN mais s’est abstenu de rappeler la solidarité existentielle entre l’Amérique et l’Europe que matérialise l’article V du traité de l’Alliance Atlantique. Il se détourne des objectifs communs de gestion multilatérale des grands enjeux du monde. Sur le plan des valeurs, après avoir proclamé à Riyad que l’Amérique s’abstiendrait désormais de donner des leçons aux autres sur la manière de gouverner, il a refusé à Taormina tout geste sur le sort des réfugiés.

La chancelière allemande, qui ne passe pas par ailleurs pour complaisante à l’égard de la Russie, a tiré la leçon de son long week-end avec M. Trump en déclarant à Munich le 28 mai que les Européens ne pouvaient plus faire entièrement confiance aux États-Unis et au Royaume-Uni. Ils ne pouvaient plus compter que sur eux-mêmes. Il leur appartenait désormais de prendre leur destin en main. Langage en quelque sorte gaullien, dans l’attitude au moins sinon sur la forme, ni d’ailleurs sur le fond : ce dont il s’agit désormais c’est de reprendre le flambeau de la défense de l’ordre international libéral.

L’Allemagne ne peut à elle seule assumer ce rôle. Elle a besoin de l’Europe. Elle a surtout besoin de la France. Il se trouve qu’à l’occasion des mêmes sommets de Bruxelles et de Taormina, le nouveau président de la République française a pris ses marques sur la scène internationale. Paré du prestige de sa victoire contre le populisme, M. Macron partage la même volonté que Berlin de faire exister l’Europe et de promouvoir un monde ouvert. Ce qui pourrait réunir l’Allemagne de Mme Merkel et la France de M. Macron, à condition que celle-ci soit capable de faire les réformes que l’on attend d’elle depuis trois décennies, c’est une forme de gaullisme élargi à l’Europe, c’est en fait un gaullisme européen.

Il ne faut pas se faire d’illusions cependant. La rudesse du monde qui nous attend ne vient pas seulement du changement de direction de la politique américaine. Elle résulte aussi d’un contexte où plus rien ne peut être tenu pour acquis : la Chine se montre davantage soucieuse de ses responsabilités vis-à-vis des enjeux globaux (cf. : le climat ou les opérations de maintien de la paix de l’ONU) mais imprime à sa politique régionale un tour de plus en plus impérieux, la Russie en annexant la Crimée a profondément déstabilisé l’ordre européen et paraît avant tout avide de revanche, rien n’indique que la spirale de la destruction au Levant et au Proche-Orient puisse être enrayée à court ou moyen terme, les grands pays émergents (Inde, Brésil) ou néo-émergents (Turquie, Nigéria, Indonésie) qui pourraient être les partenaires naturels de l’Europe dans la globalisation, sont tous plus ou moins en difficulté et pour certains en proie à des dérives autoritaires, les grandes organisations internationales ont perdu leur aura autant que leur efficacité.

Il faudra donc au gaullisme européen que Mme Merkel et M. Macron pourraient incarner une vigueur, une ambition, une détermination considérables mais aussi une capacité de manœuvre à toute épreuve. Il ne saurait être question par exemple de s’opposer sur tout aux Etats-Unis, qui restera notre principal allié pour détruire Daesh et réduire al-Qaida. L’ère qui s’ouvre sera celle des partenariats, voire des alliances à géométrie variable.

Au demeurant, les fortes paroles de la Chancelière, une fois passé le "moment Bruxelles-G7 ", se traduiront-elles en une politique à long terme de la part de l’Allemagne ? Si c’était le cas, la capacité d’action conjuguée de Paris et Berlin résiderait dans les ressources économiques, militaires, financières, culturelles qu’ils peuvent mobiliser, surtout s’ils sont capables d'entraîner les autres Européens. Elle serait par ailleurs amplifiée par la complémentarité des cultures diplomatiques et stratégiques des deux pays.

 

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