Aller au contenu principal
En ce moment
Exemple : Education, Europe, Santé

« Le Royaume-Uni, l’Europe et le monde après le Brexit. Points de vue depuis Londres »

13 Septembre 2016

Ce débat a été organisé dans le cadre des petits déjeuners de l'Institut Montaigne consacrés aux enjeux internationaux. 
 
avec Robin Niblett, directeur, Chatham House
et Nick Butler, professeur, King’s College
Débat présidé par Dominique Moïsi, conseiller spécial de l'Institut Montaigne

Le Brexit : quels enseignements ?

Le Brexit a suscité deux types de réactions : celle d’un électrochoc pour le Royaume-Uni comme pour l’Union européenne (UE), ainsi que pour la démocratie plus largement, d’une part. La certitude que cet événement n’en est pas vraiment un puisque le Royaume-Uni a toujours exercé un rôle singulier au sein de l’Union européenne, d’autre part. Nous vivons une sorte de nouvelle « drôle de guerre » : des changements et des mutations substantielles sont à l’œuvre mais il est impossible de discerner le sens dans laquelle la situation évolue.
 
Le résultat du referendum ne doit pas être interprété comme un signe d’hostilité à l’égard de l’Europe ou de ses Etats membres mais bien vis-à-vis de la bureaucratie européenne et de Bruxelles.
 
Le vote britannique a révélé un profond clivage générationnel. La nostalgie d’un âge d’or britannique l’emporte chez la génération la plus âgée, pour qui le projet européen est un échec : absence de politique commune en matière de sécurité, cacophonie dans la gestion de la crise des réfugiés, des résultats économiques décevants.  

Et maintenant ?
 
Quatre scenarios sont possibles pour l’avenir des relations euro-britanniques :
 
1. Le Royaume-Uni et l’UE poursuivent leurs chemins séparément.
 
2. Le Brexit en reste à l’état de « coquille vide » en raison d’une trop grande complexité juridique et administrative dans la mise en œuvre du processus de sortie de l’UE.
 
3. L’UE se réforme et opère des changements radicaux en renonçant à sa politique d’austérité ainsi qu’à sa politique d’élargissement et en s’affranchissant du « leadership » allemand.  
 
4. L’UE se resserre autour d’un noyau dur de pays et s’arme d’un parlement européen fort, se dote d’une véritable politique de défense commune et fait le choix d’une politique économique plus protectionniste.  
 
Sur le plan international, quatre risques sont identifiés :
 
1. Le résultat du référendum porte en lui les effets des discours populistes pro-Brexit. Il vient renforcer, au sein de plusieurs pays européens, et légitimer le développement de mouvements ou de partis populistes dirigés par des leaders au discours nationaliste qui ont pour modèles Erdogan ou Poutine.
 
2. La coopération transatlantique est un sujet de préoccupation pour les Européens comme pour les Etats-Unis : comment la relation évoluera-t-elle sans le Royaume-Uni à la table des négociations ? Quel rôle pour l’OTAN dans cette nouvelle configuration et quelles conséquences pour le pivot stratégique en Asie ? Les incertitudes sont fortes en matière d’affaires internationales.
 
3. Malgré la singularité de la présence britannique dans l’UE, le Royaume-Uni était très engagé dans les discussions et les négociations à Bruxelles. Le risque de déstabilisation et de dysfonctionnement des institutions européennes n’est pas négligeable, tout comme celui d’un réflexe de repli nationaliste par les Etats membres.
 
4. Dans le cadre de ce contexte très incertain, l’UE doit indiscutablement incarner la stabilité et le Royaume-Uni doit, quant à lui, prendre ses responsabilités. Parmi les nombreux sujets révélés par le Brexit sur le plan international, les questions concernant l’avenir du TTIP, la place de plus en plus importante qu’occupe la Russie de V. Poutine ainsi que le gel des projets européens, à commencer par la politique d’élargissement, doivent être urgemment abordés et discutés.
 
Néanmoins, le Royaume-Uni ne peut pas faire abstraction de sa situation géographique et stratégique. Si le rêve churchillien de création d’« Etats-Unis d’Europe » ne deviendra jamais réalité, l’UE demeure le partenaire principal du Royaume-Uni que la relation bilatérale avec les USA ne peut pas, à elle seule, remplacer.
 
Remarques diverses
 
Le Brexit peut avoir une incidence positive sur le renforcement de la relation franco-allemande, notamment sur les questions de défense et de sécurité. Paradoxalement, ce rapprochement peut ramener, à terme, le Royaume-Uni dans le giron européen.
 
Le gouvernement britannique devra prouver, dans les années à venir, que quitter l’Union européenne était le meilleur choix possible. Il est probable qu’il mette l’emphase sur les bénéfices tirés des accords commerciaux bilatéraux par rapport à ceux auxquels les pays membres de l’UE sont tenus. En revanche, en matière de sécurité, le Royaume-Uni devra nécessairement engager une coopération efficace avec les Européens.
 
Le plus gros défi auquel l’administration britannique est confrontée est son impréparation au Brexit. Il n’y a pas d’horizon connu ni de cadre cohérent pour conduire les six négociations qui l’attend :
 
1. Les modalités du « divorce » (article 50)

2. L’avenir de la relation UE/R-U

3. La nature de la transition vers cette nouvelle relation

4. Le mode d’adhésion à l’OMC

5. Les relations entre le Royaume-Uni et ses partenaires principaux

6. La coopération sur les questions de défense et de sécurité avec l’UE
 
En votant pour la sortie de l’UE, les Britanniques ont fait le pari qu’ils seraient plus forts seuls qu’en étant membre de l’UE. L’histoire leur donnera raison ou non. Qu’elle que soit la réponse, elle sera déterminante pour l’avenir de la construction européenne. 

 

Envoyer cette page par email

L'adresse email du destinataire n'est pas valide
Institut Montaigne
59, rue la Boétie 75008 Paris

© Institut Montaigne 2017