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De quelle Europe avons-nous besoin ?

9 Avril 2017


A l’occasion de la sortie de notre rapport L’Europe dont nous avons besoinnous recevions :

  • Ramon Fernandezdirecteur général délégué, en charge des finances et de la stratégie, groupe Orange, (président de notre groupe de travail sur l’Europe) ;

  • Pierre Moscovicicommissaire européen aux affaires économiques et financières, à la fiscalité et à l’union douanière ;

  • Emmanuel Moulin, Managing Director, Mediobanca, (membre du groupe de travail) ;

  • Marwan Lahoudancien directeur général délégué à la stratégie, Airbus Group, membre du Comité directeur de l’Institut Montaigne ;

  • Jean Lemierreprésident du conseil d'administration, BNP Paribas, (membre du groupe de travail).


Ainsi que les représentants de François Fillon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron :

  • Alain Cadecdéputé européen, représentant de François Fillon ;

  • Isabelle Thomasdéputée européenne, représentante de Benoît Hamon ;

  • Sylvie Goulard, députée européenne, représentante d’Emmanuel Macron. 


Les échanges étaient animés par Sylvie Kauffmann, directrice éditoriale au Monde, et Nicholas Vinocur, correspondant à Politico.  
 
En cinq points, l’avis des experts et des trois députés européens :

 

1 – L’Europe à la croisée des chemins



Pour Pierre Moscovici, la période que traverse actuellement l’Europe est à la fois angoissante et stimulante. Angoissante, du fait de l’incroyable défi que représente le Brexit et du contexte électoral européen. Stimulante, parce que la période est propice à un sursaut et à une relance du processus d’intégration. L’Europe n’a pas d’autre choix que de prendre la mesure de la situation. L’unité du continent est maintenant contestée en interne, mais également sur la scène internationale par certaines puissances, à commencer par la Russie de Vladimir Poutine, ou les Etats-Unis de Donald Trump.

 

2 – Un rôle décisif pour la France



Pour Ramon Fernandez, l’issue de la prochaine élection présidentielle sera déterminante pour l’avenir de l’Union européenne (UE). En effet, le rétablissement de la confiance entre les Etats membres, et surtout entre la France et l’Allemagne, est indispensable pour relancer le projet européen. Les premières réformes du prochain président de la République seront ainsi scrutées de près par nos principaux partenaires.

Selon Pierre Moscovici, un accord informel pourrait être passé entre l’Allemagne, qui accepterait de mettre ses excédents commerciaux au service de l’investissement en Europe, et la France, qui réduirait ses déficits et mènerait à bien les réformes structurelles dont elle a besoin. L’arrivée prochaine de nouveaux gouvernements dans les deux pays ouvre une fenêtre de tir à cet effet.

 

3 – Faire converger les économies européennes, surtout au sein de la zone euro



Pour Jean Lemierre et Ramon Fernandez, malgré de nombreuses critiques, l’euro est un atout indéniable en ce qu’il a permis de maintenir une inflation réduite. Néanmoins, la monnaie unique n’a pas permis la convergence des économies européennes, et les disparités des taux de croissance et de chômage font courir un risque politique important pour la zone. La construction de la zone euro semble ainsi inachevée. Pour Pierre Moscovici, citant Jacques Delors, “l’euro protège, mais il ne dynamise pas”.

Pour Isabelle Thomassoutien de Benoît Hamon, renforcer les institutions de la zone euro équivaut à partager davantage la souveraineté des Etats membres, ce qui requiert de mettre en place des procédures de contrôle démocratique. Sans une appropriation par les enceintes parlementaires nationales des décisions macroéconomiques prises pour la zone euro, les opinions publiques continueront à se détourner du projet européen.

Pour Sylvie Goulard, soutien d’Emmanuel Macron, il faut commencer par respecter enfin les règles - notamment budgétaires - de la zone euro, avant de concevoir de nouvelles institutions ou de nouveaux outils. C’est la condition indispensable au retour de la confiance entre les différents gouvernements.

Alain Cadec, soutien de François Fillon, place lui au rang de priorité la convergence économique entre la France et l’Allemagne, ainsi que le rétablissement d’une volonté politique commune aux deux gouvernements.

 

4 – Marché intérieur, politique commerciale, politique de la concurrence :
quels leviers actionner ?



Pour Emmanuel Moulin, le retour à la prospérité économique en Europe nécessite que l’on achève la construction du marché intérieur. Pour cela, il faut poursuivre la “défragmentation” des marchés nationaux dans de très nombreux secteurs d’activités, comme la banque ou les télécoms. Concernant la politique commerciale, l’UE doit prendre acte du risque actuel de retour du protectionnisme et faire preuve de moins de naïveté.

Pour Alain Cadec, l’Europe doit défendre davantage ses intérêts commerciaux en faisant respecter le principe de réciprocité dans ses accords commerciaux.

Sylvie Goulard considère qu’il est nécessaire pour l’Europe qu’elle continue à défendre le principe d’ouverture des échanges et à faire de sa politique commerciale un des principaux outils de son action internationale.

Isabelle Thomas considère que la politique commerciale européenne devrait protéger davantage certains secteurs, ceci afin de permettre à l’Europe de bénéficier à terme d’une autonomie agroalimentaire et énergétique.

 

5 – Assurer la sécurité des citoyens européens



Selon Marwan Lahoud, pour la première fois depuis plusieurs décennies, les Etats membres partagent une même conception des menaces qui pèsent sur le continent : le terrorisme et le retour des puissances russe ou encore turque. De même, la France comme l’Allemagne partagent le même diagnostic sur la nécessité d’augmenter leur effort de défense. Toutefois, il est nécessaire de s’interroger préalablement sur la stratégie que les Etats membres entendent mener collectivement.

Sylvie Goulard a rappelé la réticence historique de la France à la mise en place d’une politique de sécurité et de défense européenne. La France semble avoir évolué sur ce point, mais elle doit encore en convaincre ses principaux partenaires. L’Allemagne a elle aussi évolué politiquement au cours des dernières années. La récente augmentation de son budget de la défense représente une véritable  révolution culturelle pour sa classe politique.

En accord avec Sylvie Goulard, Alain Cadec a insisté sur l’importance de maintenir une coopération étroite en matière de défense et de sécurité avec le Royaume-Uni, et ce malgré la sortie de ce pays de l’UE.

(Isabelle Thomas n’a pas pu prendre part à cette dernière discussion). 

Retrouvez l'intégralité de cette conférence sur notre page Facebook.

 

 

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