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COP21 : et après ?

10 Avril 2016
17h30 - 19h

L’Institut Montaigne a souhaité donner la parole aux acteurs qui cherchent à apporter des solutions à ces problèmes. Pour faire avancer les débats sur ces enjeux qui dépassent les seules logiques économiques et politiques, il est nécessaire d’élaborer dès aujourd’hui les pistes d’action concrètes qui pourront fonder les orientations futures.


• Après les objectifs, les moyens
 



L’ambassadrice de la France en charge des négociations climatiques a rappelé les trois principaux acquis de la dernière conférence des parties : l’accord émane des initiatives des pays ; il donne une direction globale ; enfin, il fixe à l’ensemble des pays des rendez-vous réguliers qui jalonneront la démarche. Autant de signaux positifs envoyés aux différentes parties prenantes qui ont largement contribué au succès du 12 décembre 2015 : entreprises, ONG et société civile au sens large. Ainsi, la COP21 a consacré une méthode tout autant que des objectifs : la mobilisation devra se maintenir dans la durée par la convergence des intérêts individuels. En somme, la démarche n’est plus top down, mais bien bottom up.

C’est dans ce cadre que les entreprises ont indéniablement un rôle clé à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique : plutôt que de simplement se conformer aux objectifs fixés par la puissance publique, voire de s’y opposer chaque fois qu’ils contreviennent à leurs intérêts, il leur appartient de prendre l’initiative et de montrer comment il est possible de passer efficacement à l’action. Dès lors, les pouvoirs publics doivent créer les conditions favorables à cette émulation des acteurs privés, pour stimuler et encourager l’innovation en faveur du climat. À titre d’exemple, Veolia s’est engagée, en amont de la COP21, à réduire de 50% ses émissions de gaz à effet de serre en cinq ans. Au-delà de ces objectifs ambitieux, l’entreprise propose également à ses clients – dont font notamment partie les pouvoirs publics – de les aider à diminuer leurs émissions. Autrement dit, les entreprises ont l’opportunité de faire partie de la solution plus que du problème.



Cependant, comme le rappelle Antoine Frérot, le président-directeur général de Veolia, tant que polluer demeurera moins coûteux que de dépolluer, il sera difficile d’inciter les acteurs économiques à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. C’est tout l’enjeu de l’internalisation des externalités négatives. Il s’agit concrètement d’intégrer les nuisances causées à la collectivité et à l’environnement par les acteurs économiques dans les équations financières, afin d’influencer les comportements. Pour ce faire, plusieurs moyens ont déjà été proposés : réglementation normative, redevance pour le dépollueur, marché du carbone, taxe du carbone, etc. Ces moyens, pour la plupart, ne sont pas mutuellement exclusifs, mais leur pertinence varie selon les situations.   


•    Le prix du carbone, entre initiatives locales et réglementation internationale
 

Quoiqu’il n’en soit pas fait mention explicite dans l’Accord de Paris, le prix du carbone est l’un des enjeux fondamentaux de la lutte contre le réchauffement climatique et l’un des chantiers majeurs de l’après COP21. Indépendamment de la méthode de valorisation retenue – soit par un mécanisme de marché de quota, soit par une taxe sur la production –, de nombreuses entreprises souhaitent qu’un signal-prix clair leur soit donné pour réorienter leurs investissements.

Aujourd’hui, les situations sont extrêmement diverses : dans certains pays, le prix de la tonne de CO2 atteint environ 100 €, alors qu’il peut avoir un prix négatif dans d’autres pays si des subventions y sont octroyées à certaines énergies carbonées. Comment faire converger ces situations sans créer des perdants de la lutte contre le réchauffement climatique ? Faut-il créer une organisation visant à arbitrer les différends entre pays ayant adopté des prix du carbone différents, sur le modèle du fonctionnement de l’OMC concernant les échanges mondiaux ? L’idée peut séduire, mais sa mise en œuvre n’est envisageable qu’à moyen voire long terme.



Aussi les entreprises cherchent-elles à prendre les devants en la matière afin d’adapter efficacement leur stratégie. Jean-Pierre Clamadieu, le président de Solvay, rappelle à cet égard que, six mois avant la Conférence de Paris, six entreprises pétrolières européennes ont appelé de leurs vœux un prix du carbone mondial homogène, alors même qu’un tel dispositif pèserait lourdement sur leurs coûts de production. Dans cette attente, les initiatives foisonnent pour anticiper une telle évolution. Solvay, acteur de premier rang de la chimie, a ainsi opté pour l’adoption d’un prix du carbone en interne. Idem pour Saint-Gobain, qui a même choisi de fixer deux prix du carbone, l’un d’eux étant nettement plus important (aux alentours de 100 € la tonne), afin d’évaluer à plus long terme les décisions  d’investissement.


• Mesurer pour progresser
 

Les problématiques liées à l’établissement d’un prix du carbone mettent en évidence l’importance de mesurer objectivement les progrès réalisés. En interne, la mesure permet d’assurer l’amélioration continue des pratiques ; sur les marchés, elle rend possibles la comparaison et la mise en concurrence des acteurs. En somme, elle constitue « une brique de cohérence » pour l’action internationale, selon Henri de Castries, président-directeur général d’AXA.

Il en va en outre de la transparence du système. Un prix du carbone constitue ainsi un prérequis indispensable à la mobilisation des acteurs financiers, dont les investissements doivent pouvoir être évalués sur des critères objectifs.  Pierre-André de Chalendar, le président de Saint-Gobain, précise que de nombreux industriels se sont d’ores et déjà dotés d’outils de reporting élaborés pour mesurer les progrès réalisés en matière de gestion des externalités négatives. La sincérité et l’exactitude de ces procédés sont contrôlées par des audits extérieurs et les résultats figurent dans les rapports annuels. Les logiques sous-tendant la lutte contre le réchauffement climatique sont donc déjà intégrées aux logiques de gestion de certaines entreprises.

Si la prise de conscience des acteurs économiques ne répond pas seulement des négociations internationales, l’instauration d’un cadre réglementaire global ne pourrait qu’accélérer l’adaptation de leurs modèles d’affaires. Laurence Tubiana, dont la candidature au poste de secrétaire générale de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique a été officiellement déposée début avril, a salué les initiatives présentées, en souhaitant toutefois que le rythme d’innovation s’accélère afin de répondre à l’urgence des défis climatiques.




 

COP21 : et après ? 11/04/2016

 

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