Aller au contenu principal
Exemple : Education, Europe, Santé

Y a-t-il quelqu'un pour empêcher la réélection de Donald Trump ?

BLOG - 10 Février 2020

"Impeachment" repoussé, Chine empêtrée dans le coronavirus, résultats économiques époustouflants, désastre démocrate dans l'Iowa : tout semble sourire au président américain, qui peut raisonnablement espérer un deuxième mandat. Mais il reste dix mois, une éternité en politique. L'enjeu est de savoir si, dans le climat populiste qui règne aux États-Unis, la voix de la modération, incarnée par un Pete Buttigieg, peut encore l'emporter.

"Fort bien, mais a-t-il de la chance ?" s'enquérait Napoléon, lorsqu'on lui vantait les mérites d'un officier. Sur ce plan, l'empereur aurait choisi Donald Trump. L'actuel président des États-Unis bénéficie en effet d'une chance insolente. L'économie américaine a rarement été aussi florissante, même si cette réussite doit peu à son action et s'accompagne d'un approfondissement de la dette. Ses adversaires démocrates ont joué avec le feu en se servant de la carte de l'"impeachment". Éthiquement juste, leur entreprise était-elle politiquement raisonnable, la composition du Sénat rendant le verdict final quasi certain ? En voyant Donald Trump brandir fièrement les titres des journaux annonçant en gros caractères son acquittement, on peut penser que ce pari s'est retourné contre eux.

La faute de Pelosi

En Iowa, le dépouillement interminable des résultats de la primaire a viré au ridicule et n'a fait qu'un vaincu, le Parti démocrate et, en son sein, tout particulièrement Joe Biden, arrivé quatrième au terme d'une campagne molle. Il est difficile de désigner un véritable vainqueur, si ce n'est Donald Trump et peut-être Michael Bloomberg, qui a bénéficié de sa non-participation. "Cerise sur le gâteau" pour Trump, Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, s'est laissée aller à une provocation inutile, en déchirant devant les caméras du monde entier le texte du discours sur l'état de l'Union que venait de prononcer, devant les deux chambres réunies, le président des États-Unis : même si ce dernier avait eu l'impolitesse de refuser la main qu'elle lui tendait. Sur le plan international, la Chine confrontée au coronavirus - qui est peut-être en train de se transformer en une véritable pandémie - doit faire preuve de plus de "compréhension" en matière de commerce. Et les Iraniens détruisent en plein vol l'avion civil qui transporte leurs propres concitoyens au lendemain de l'assassinat par l'Amérique du général Soleimani.

Avec un taux d'approbation qui s'est élevé à 49 % au cours des derniers jours, Donald Trump est-il déjà sûr de l'emporter en novembre ?

Avec un taux d'approbation qui s'est élevé à 49 % au cours des derniers jours, Donald Trump est-il déjà sûr de l'emporter en novembre ? Le Parti républicain fait bloc derrière lui, le Parti démocrate est plus que jamais divisé sur l'essentiel, et ne semble toujours pas avoir trouvé l'homme (ou la femme) providentiel(le). On sent parmi les élites européennes comme une forme de résignation. Il faudra bien s'accommoder de quatre années supplémentaires de Donald Trump.

Dangereuse résignation

Néanmoins, on peut se demander si cette résignation à la réélection de Donald Trump n'est pas un peu prématurée ? Aujourd'hui il paraît irrésistible, mais qu'en sera-t-il demain ? Dix mois, c'est une éternité en politique.

D'ici à la convention démocrate de juillet, le parti peut-il dépasser ses divisions et se réunir derrière un candidat qui soit pour l'année 2020 l'équivalent de ce que fut Barack Obama en 2008 ? Poser la question ainsi c'est s'interroger sur les chances de Pete Buttigieg de l'emporter sur Donald Trump. L'ancien maire de South Bend de trente-huit ans est, jusqu'à la caricature, le contraire absolu du héros des républicains. Tout les oppose, l'âge, la taille, l'éducation, l'expérience militaire, les valeurs, jusqu'aux préférences sexuelles.

Peut-il faire le poids face à un président candidat qui est un véritable tueur et peut s'appuyer désormais sur ses résultats, pour demander "quatre ans de plus" à son électorat ? Les atouts de "Mayor Pete" - son intelligence, sa culture, son cursus universitaire d'Harvard à Oxford, sa maîtrise des langues - peuvent presque apparaître comme des handicaps dans le climat populiste qui règne aux États-Unis.

Société divisée

Comment une société divisée de manière aussi brutale - comme elle ne l'a pas été peut-être depuis les années de la guerre civile américaine (1861-1865) - pourrait-elle être réceptive au message d'unité et de réconciliation qui anime le jeune candidat démocrate ? Un message qui n'est clairement pas celui de Bernie Sanders, qui a presque fait jeu égal dans l'Iowa avec le centriste passionnément modéré. Il ne saurait y avoir au bout du processus de sélection deux lignes et deux candidats démocrates, face à un seul candidat républicain. Bernie Sanders peut "piocher" des voix dans l'électorat de Donald Trump, il reste objectivement le meilleur allié de ce dernier. Entre le socialisme et le capitalisme, une confortable majorité d'Américains choisira le capitalisme.

Bernie Sanders reste objectivement le meilleur allié de Donald Trump. Entre le socialisme et le capitalisme, une confortable majorité d'Américains choisira le capitalisme.

Pourtant l'histoire n'est pas encore définitivement écrite. Le camp des démocrates, en dépit de ses divisions et de ses contradictions, s'accroche à des raisons d'espérer qui sont bien réelles. Donald Trump ne l'a emporté que d'un fil en 2016 et encore en nombre de délégués et pas en nombre de voix. Aux élections de mi-mandat de novembre 2018 pour la Chambre des représentants, le Parti républicain a connu une sévère défaite. Une coalition de jeunes, de Noirs, d'Hispaniques et plus encore de femmes éduquées a puni le président et son parti pour ses excès et sa vulgarité misogyne, sinon son racisme. Cette coalition peut-elle se reformer dans les États clés en novembre et amener le camp des modérés à la victoire ?

La démocratie en danger

Ce qui est en jeu n'est pas seulement l'avenir politique des États-Unis, mais celui de la démocratie. Le spectacle qu'a donné le Parti républicain au cours des derniers jours - à l'exception notable du sénateur de l'Utah Mitt Romney, qui a su faire preuve de courage et de dignité en dénonçant les dérives de Donald Trump pour ce qu'elles étaient, des fautes graves - a tout simplement été honteux. Plagiant Winston Churchill, pourra-t-on dire d'eux un jour qu'"après le déshonneur, ils connaîtront la défaite" ? On aimerait y croire. On est très loin de ce scénario aujourd'hui.

 

Avec l'aimable autorisation des Echos (publié le 10/02/2020)

 

Copyright : JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

 

A voir aussi

Ajouter un commentaire

Commentaire

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type='1 A I'> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id='jump-*'> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Seules les images hébergées sur ce site peuvent être placées dans une balise <img>.

Envoyer cette page par email

L'adresse email du destinataire n'est pas valide
Institut Montaigne
59, rue la Boétie 75008 Paris

© Institut Montaigne 2017