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Turquie, une nouvelle ère présidentielle sous Erdogan ? Entretien avec Soli Özel

BLOG - 28 Juin 2018

Par Institut Montaigne

Prévues pour novembre 2019, les élections présidentielles et législatives turques ont finalement eu lieu le 24 juin dernier. Alors que l’incertitude régnait encore à la veille du scrutin, Recep Tayyip Erdogan - qui concentre la majorité absolue des voix (52,2 %) - et son Alliance populaire - qui obtient la majorité des sièges au Parlement, avec plus de 53 % des suffrages - l’emportent finalement. Soli Özel, professeur de relations internationales à l'Université Kadir Has à Istanbul et Visiting fellow à l'Institut Montaigne, décrypte les résultats de ces élections. 

Le président Erdogan est sorti vainqueur de cette élection avec une majorité des votes au premier tour (52,5 %). Quelles sont les implications de cette victoire pour l’avenir du pays ?

Ces élections ont inauguré un nouveau système en Turquie. Les détails de ce système sont encore inconnus, mais il est évident que le président Erdogan a obtenu tous les pouvoirs qu’il souhaitait. Si aucun événement imprévisible ne vient perturber ces cinq prochaines années, Erdogan s’appliquera à marquer le pays de son empreinte. Le Président prétend que ce nouveau système permettra de libérer la gouvernance turque des blocages bureaucratiques qui la ralentissent, et de gagner en efficacité. 

L’Alliance du peuple (Cumhur), constituée du parti de la justice et du développement (AKP) d’Erdogan et du parti d’action nationaliste (MHP), s’annonce durable. Étant donnée son idéologie, il semble peu probable que le MHP s’oppose à la politique d’Erdogan en matière de droits de l’Homme. Le parti pourrait exprimer des critiques quant à la corruption à l’oeuvre dans le pays, sans toutefois pouvoir le contraindre véritablement.  

La campagne électorale et les résultats des élections ont démontré la montée en puissance d’une opposition à Erdogan, celle-ci remportant 34 % des suffrages pour le volet législatif. Quel rôle cette opposition peut-elle jouer dans les années à venir ?

Il y a toujours eu une opposition en Turquie. Mais, pour la première fois, lors de cette élection, les différents mouvements ont pu s’allier et ainsi profiter de la loi proposée à l’Assemblée nationale par Erdogan afin d’éviter un échec de son allié, le MHP. Cette loi établit qu’au sein des alliances, les petits partis sont exemptés de la règle des 10 % - qui prévoit que les partis ayant obtenu moins de 10 % des votes ne peuvent être représentés à l’Assemblée -, leur assurant ainsi une représentation. Si le HDP a été exclu de la coalition d’opposition, il est tout de même parvenu à obtenir 11,6 % des voix, ce qui lui vaut de conserver sa présence à l’Assemblée nationale.  

Néanmoins, avec le nouveau système adopté suite à la réforme constitutionnelle approuvée par le référendum de 2017, qui entre en vigueur après ces élections, le Parlement est considérablement affaibli. D’une démocratie parlementaire, la Turquie est passée à un système présidentiel dans lequel tout se passe au niveau de l’exécutif, ce qui laisse peu de marge de manoeuvre à l’opposition. Celle-ci aurait éventuellement pu constituer un point de balance par rapport au pouvoir exécutif, si elle avait obtenu la majorité des sièges à l’Assemblée nationale. Mais les nationalistes conservateurs de la coalition d’Erdogan l’ont emporté, ce qui réduit d’autant plus la possibilité de l’opposition de peser sur les décisions.

Le parti pro-kurde HDP a obtenu 11,6 % des voix, lui octroyant 68 sièges au Parlement. Quels sont les enjeux pour le président réélu ?

Le parti HDP est en effet parvenu à dépasser le barrage des 10 %. Cette victoire du parti pro-kurde est en partie due à un vote important des citoyens turcs, non kurdes, vivant à l’Ouest du pays et ayant opté pour un vote stratégique, qui consiste à garantir une représentation du HDP au Parlement afin que l'opposition constitue un bloc majoritaire. Si cette stratégie a été bénéfique au HDP, elle n’a cependant pas permis à l’opposition d’obtenir une majorité à l’Assemblée.

La présence du parti au Parlement lui permettra d’y porter la voix kurde ainsi qu’une tendance de gauche qu’il représente. Le HDP risque cependant d’avoir peu d’influence sur les décisions et le nouveau système largement présidentiel ne lui permettra pas de déstabiliser Erdogan. 
 

 

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