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Seine-Saint-Denis : se donner les moyens de réussir

BLOG - 29 Mai 2020

Dans le rapport Seine-Saint-Denis : les batailles de l’emploi et de l’insertion, publié en mai 2020, l’Institut Montaigne s’est d’abord attaché à établir un état des lieux documenté et chiffré de la situation économique et sociale du département pour ensuite questionner les causes profondes et multiples de la stagnation des indicateurs de pauvreté et de chômage.

Il en ressort quelques messages clés que nous pouvons détailler ci-dessous :

1 - Depuis quarante ans, la Seine-Saint-Denis a, à juste titre, bénéficié de toutes les politiques publiques territorialisées et a fait l’objet de nombreux dispositifs prioritaires.

Il ne s’agit donc pas d’un territoire abandonné, ni par l’État, ni par ses collectivités locales qui sont très actives. Le volontarisme dont a fait l'objet le département pour redynamiser son territoire, après une longue phase de désindustrialisation, s'est concrétisé par des actions d'envergure comme : la construction du Stade de France à Saint-Denis, l'implantation d'agences et d'organismes publics nationaux ou la création d'un nouvel hôpital de l'APHP. Durant les vingt prochaines années, la Seine-Saint-Denis fera l'objet d'une vague exceptionnelle de grands travaux, notamment dans le cadre du Grand Paris, estimée à 20 milliards d'euros.

Les politiques fiscales incitatives ont facilité l’implantation de sièges de grandes entreprises, faisant du département de la Seine-Saint-Denis l’un des plus dynamiques en termes de création d’emplois.

Dans le domaine de l’éducation, la classification de 52 collèges et de 293 écoles de Seine-Saint-Denis en réseau d’éducation prioritaire (REP) devrait se traduire par l’allocation de moyens supplémentaires. En matière de rénovation urbaine, l’ANRU a été très présente, avec quelques opérations très emblématiques : la communauté d’agglomération de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil a bénéficié du plus important plan de rénovation urbaine avec un investissement de près de 600 millions d’euros pour une agglomération qui compte environ 60 000 habitants. En matière de développement économique, les politiques fiscales incitatives ont facilité l’implantation de sièges de grandes entreprises, faisant du département de la Seine-Saint-Denis l’un des plus dynamiques en termes de création d’emplois.

2 - Pourtant, la Seine-Saint-Denis demeure un territoire de pauvreté réelle où près de 30 % de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté, un territoire où le chômage frappe durement, et particulièrement les jeunes puisqu’il concerne 28 % des 18-24 ans, et un territoire d’échec scolaire, le département comptant 39 % de décrocheurs.

Le rapport ne nie aucunement le manque de moyens pour résoudre des difficultés économiques et sociales endémiques, largement documentés dans plusieurs rapports dont le récent rapport parlementaire des députés François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo. Nous rappelons qu’en plus des efforts consentis ces dernières décennies, les investissements à venir doivent représenter une opportunité pour relever dans le département des défis qui sont d’une ampleur exceptionnelle, incomparables avec ceux de la plupart des territoires français.

Le rapport pointe particulièrement le fait que le financement du revenu de solidarité active (RSA)  ne semble pas soutenable pour le département, alors que le territoire accueille chaque jour des familles très modestes venues du reste de la France ou de l’étranger souhaitant s’installer. La décentralisation du RSA en 2008, alors demandée par les associations d’élus, n’a pas anticipé des circonstances comme la crise économique de 2008, qui a fait grimper les coûts du RSA dans des proportions sans comparaisons avec la hausse des recettes transférées, conduisant à une situation ingérable. En 2018, le coût du versement des prestations de RSA s’élevait à 505 millions d’euros, pour seulement 317 millions de recettes correspondant aux transferts de l’État, laissant un "solde" de 188 millions d’euros. Conséquence, les crédits pour les actions d’insertion sont parmi les plus bas de France, ce qui place le territoire dans un cercle vicieux : la faiblesse de la politique d’insertion induit de moindres retours à l’emploi pour les allocataires du RSA ; le maintien d’un stock trop important d'allocataires du RSA impacte lui même le montant dédié aux politiques d’insertion dans l’emploi, etc.

Pour faire face à ces coûts, la solidarité nationale semble indispensable. La solution d’une reprise du financement du RSA par l’État au nom de la solidarité nationale, accompagnée d’un vrai engagement sur des actions d’insertion des allocataires - qui doivent accélérer le retour à l’emploi et donc les sorties du RSA - est l’une des toutes premières mesures proposées. Elle s’inspire d’une décision récente prise pour La Réunion.

D’autres domaines nécessitent des financements complémentaires comme le Français Langue Étrangère (apprentissage du français par les adultes) ou l’insertion des jeunes diplômés : de nombreux acteurs locaux - très actifs - issus de l’économie sociale et solidaire (ESS) tels que Mozaïk RH ou Nos quartiers ont du talent (NQT), mandatés pour accompagner les élèves jusqu’à l’emploi, devraient être davantage utilisés (donc financés) pour faire réussir les jeunes du territoire qui se sont lancés dans des études supérieures.

Favoriser la collaboration entre les acteurs afin d’accroître l’efficacité de la gestion des moyens existants.

3 - L’urgence est réelle. Le rapport souligne, comme le font les élus du territoire d’ailleurs, la nécessité d’une mise en œuvre rapide des décisions annoncées par le Premier ministre en octobre 2019.

4 - Les sujets de moyens ne doivent pas occulter la nécessité d’identifier des outils permettant de favoriser la collaboration entre les acteurs afin d’accroître l’efficacité de la gestion des moyens existants.

La question essentielle de l’efficacité de la collaboration entre les acteurs est à dissocier totalement des enjeux de gouvernance locaux : il est possible de mieux travailler sur les parcours des citoyens ou sur des projets collectifs, sans changer aucunement la gouvernance.

En matière de collaboration, le rapport fait le constat que les outils historiques de la politique de la ville - comme les contrats de ville - ne permettent plus assez de favoriser la construction d’objectifs communs et que de nombreux acteurs agissent de manière concurrente ou en ordre dispersé, atténuant ainsi l’impact des actions conduites. Autre façon de décrire la réalité : trop d’actions sont gérées trop en silo, dans le cadre respectif des compétences de chacun, et de nombreux "interstices" situés à l’intersection de politiques publiques ne sont pas bien traités. Ces dysfonctionnements structurels expliquent en partie l’impact relatif des politiques publiques mises en œuvre dans le domaine de l’emploi et de l’insertion.

La collaboration entre les acteurs n’est pas la cerise sur le gâteau. Elle est un élément majeur sans laquelle le département ne saurait valoriser ses atouts.

5 - Pour finir, il est important d’insister sur les deux opportunités "historiques" qui doivent permettre de soutenir l’emploi et l’insertion en Seine-Saint-Denis : les grands travaux et la transformation digitale de l’économie. Les enjeux de coopération entre tous les acteurs sont clés également dans ces domaines, pour en faire des opportunités d’accès à l’emploi pour des dizaines de milliers de Séquanos-Dionysiens.

Ce rapport s’inscrit dans la lignée des nombreuses publications ayant déjà fait le constat des difficultés auxquelles fait face la Seine-Saint-Denis. Il se démarque néanmoins par sa volonté d’optimisme et son souhait de mettre en œuvre toutes les conditions pour que les investissements majeurs prévus dans le département et la transformation digitale de l’économie puissent, enfin, apporter emplois et revenus pour les habitants.

 

 

Copyright : Ludovic MARIN / AFP

 

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