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Royaume-Uni : Des nouvelles promesses pour les travailleurs précaires affectés par la crise du Covid-19

ARTICLES - 9 Avril 2020

Au Royaume-Uni comme en France, les "travailleurs du front", qui s’occupent notamment des soins aux malades, de l’approvisionnement en biens de première nécessité et de la logistique du dernier kilomètre, sont devenus les plus visibles.

Encore davantage qu’en France, ce sont aussi les travailleurs qui se trouvent le plus souvent dans des formes "atypiques" d’emplois — temps partiel, contrats "zéro heure" ou travail indépendant — pour lesquels la protection sociale fait défaut. Ce sont en particulier environ 5 millions de travailleurs indépendants qui se trouvent aujourd’hui particulièrement exposés à la crise. Certains travaillent sans protection et courent le risque d’attraper le virus. D’autres sont sans revenus du fait de l’arrêt de leur activité.

C’est pourquoi, fin mars, le syndicat IWGB (Independent Workers of Great Britain), créé en 2012 pour représenter les travailleurs précaires de la gig economy, est monté au créneau. Il accuse le gouvernement de Boris Johnson de faire de la "discrimination" contre tous ceux qui ont des emplois précaires, femmes et minorités ethniques en tête. En effet, les mesures annoncées pour assurer 80 % des revenus des salariés mis au chômage technique ne concernaient pas les travailleurs indépendants et les travailleurs précaires.

De plus, comme le soulignait l’IWGB, les travailleurs précaires, comme ceux qui livrent des repas pour le compte des plateformes Deliveroo ou Uber Eats, ne bénéficient pas d’un revenu de remplacement s’ils tombent malades. Ils n’ont donc aucune incitation à se placer en quarantaine s’ils ont des symptômes de la maladie. Le risque est qu’ils deviennent des propagateurs du virus auprès des clients de ces services de livraison de repas à domicile.

La crise actuelle questionne le modèle social et les choix de société faits par les Britanniques depuis quatre décennies.

Pour Jason Moyer-Lee, le secrétaire général de l’IWGB, "de nombreux travailleurs précaires et peu rémunérés se trouvent aux avant-postes lors de cette crise, s’occupant de nos chaînes d’approvisionnement, livrant des repas ou du matériel médical, s’occupant des enfants du personnel médical (...). Pourtant ce sont aussi les travailleurs les moins protégés (...) ceux qui tombent malades et doivent se mettre en quarantaine se retrouvent sans revenus. Quant à ceux qui sont licenciés parce que leur activité s’arrête, ils ne reçoivent rien, faute d’être salariés."

En cette période de crise exceptionnelle, le syndicat semble avoir rapidement été entendu. Après quelques jours de flottement, le chancelier britannique, Rishi Sunak, a annoncé des mesures pour couvrir les travailleurs en question. Dorénavant, les travailleurs indépendants pourront également toucher 80 % de leurs revenus mensuels (avec un plafond de 2500£), calculés sur la base de la moyenne des trois années qui précèdent.

Cette couverture est inédite. Il s’agit d’un système complexe qu’il faut maintenant déployer à grande échelle : il faudra donc attendre juin pour qu’il soit opérationnel. En attendant, les travailleurs démunis pourront faire la demande d’un prêt dans le cadre du Coronavirus Business Interruption Loan Scheme mis en place pour les entreprises. De même, en France, on a annoncé en urgence, et de manière inédite, une couverture chômage via un "fonds de solidarité" pour les travailleurs indépendants. Mais, faute de précédent, il reste des difficultés de mise en œuvre et de définition.

À bien des égards, le Royaume-Uni est confronté de manière particulièrement brutale aux conséquences de la pandémie actuelle. Alors que le Premier ministre Boris Johnson, lui-même atteint par le virus depuis près de deux semaines, vient d’être placé en soins intensifs, le système de santé (NHS), déjà en tension en temps normal, peine à tenir la charge infligée par la pandémie. Enfin, les nombreux travailleurs précaires, dont dépend au quotidien la société britannique, sont particulièrement exposés aux conséquences de la crise.

Comme le montrent les travailleurs utilisant les plateformes de travail à la demande, la crise actuelle questionne le modèle social et les choix de société faits par les Britanniques depuis quatre décennies. Même avec des mesures extraordinaires, ce pays, qui s’apprêtait à quitter l’Union européenne à la fin de cette année, va vivre avec la crise du Covid-19 un moment de vérité d’une violence sans précédent. Espérons que le Royaume-Uni en sortira renforcé par de nouvelles institutions, comme cette nouvelle assurance chômage de crise pour les travailleurs indépendants.

 

Copyright : Pascal GUYOT / AFP

 

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