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Paris-Rome : je t’aime, moi non plus ?

BLOG - 4 Février 2019

Migrants, politique européenne, ex-terroristes italiens installés en France, Chantiers de l’Atlantique, gilets jaunes, tous ces sujets sont prétextes à polémiques entre Rome et Paris, le plus souvent (mais pas toujours) à l’initiative de la première. Cela témoigne d’une crise politique qui s’avère la plus profonde entre la France et l’Italie depuis 1945. Cette année-là, d’avril à juin, la tension fut forte entre le Général de Gaulle qui entendait mettre la main sur le Val d’Aoste, et le nouveau gouvernement anti-fasciste. Le Président Truman mit fin à la brouille et les troupes françaises furent retirées. Dans les années 60, il y eut des frictions entre la conception de l’Europe des nations de De Gaulle et les visées fédéralistes des gouvernements démocrates-chrétiens. Des mésententes éclatèrent lors des différents gouvernements Silvio Berlusconi et les autorités françaises. En 1995, l’Italie vota une motion à l’ONU condamnant la reprise des essais nucléaires par le Président Jacques Chirac, lequel, par mesure de rétorsion, annula le sommet franco-italien, une première depuis 1983, date à laquelle ces rencontres avaient été initiées. Mais à chaque fois, plus ou moins vite, ces controverses étaient vite oubliées. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Car les deux gouvernements ont le plus grand mal à nouer des rapports apaisés. En atteste l’impossibilité de tenir, en 2018, leur rencontre annuelle initialement prévue en Italie. Ou encore l’enlisement de la signature du Traité du Quirinale (du nom du Palais de la Présidence de la République) voulue en janvier 2018 par le Président Macron et le Président du Conseil Gentiloni qui devait sceller l’amitié et la coopération entre les deux pays et dont le texte a été préparé par un groupe de six "Sages", trois Français, trois Italiens, qui ont travaillé dans un excellent climat. Et tout laisse supposer que cette crise ne fera que continuer au moins jusqu’aux élections européennes.

Mais à chaque fois, plus ou moins vite, les controverses entre la France et l'Italie étaient vite oubliées. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

En effet, aussi bien Matteo Salvini, vice-président du Conseil, ministre de l’intérieur et dirigeant de la Ligue, que Luigi Di Maio, lui aussi vice-président du Conseil, ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, qu’Emmanuel Macron, du moins jusqu’à une date récente, ont besoin de s’ériger en adversaires réciproques en vue précisément du scrutin du mois de mai prochain.

En outre, du côté italien, attaquer la France et le chef de l’Etat permet de ressouder le gouvernement qui régulièrement étale ses divergences entre ministres de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles. En France, le Président Macron, le 21 juin 2018, avait fustigé "la lèpre populiste" dans un fameux discours à Quimper et plusieurs de ses ministres lui avaient souvent emboîté le pas. Depuis quelques semaines, Paris a changé d’attitude et s’emploie à ne pas mettre de l’huile sur le feu. Mais cela n’empêchera pas Matteo Salvini et Luigi Di Maio de continuer à s’en prendre au gouvernement français.

D’autant que, vu d’Italie, les motifs d’irritation envers la France, largement exploités par les populistes transalpins, sont nombreux et ne datent pas de la formation du gouvernement dirigé par Giuseppe Conte. L’Italie, depuis des années, s’inquiète du rachat de nombreuses entreprises, banques et sociétés d’assurance par des entreprises françaises. Elle n’a pas accepté l’intervention française en Libye en 2011 et soupçonne la France de vouloir l’évincer de ce pays qu’elle considère comme relevant de sa zone d’influence.

Depuis quelques semaines, Paris a changé d’attitude et s’emploie à ne pas mettre de l’huile sur le feu.

Elle estime avoir été abandonnée lors de l’arrivée massive de migrants et dénonce la fermeture des frontières alors que les dirigeants français font de grands discours en faveur des droits de l’Homme. Tout cela renvoyant aux rapports ambivalents que l’Italie a tissés avec la France au fil d’une histoire de longue durée qui remonte à l’Unité italienne caractérisés, d’un côté, par une forte attirance et une certaine admiration et, de l’autre, une exaspération contre l’arrogance française et une frustration continue engendrée par le sentiment de ne pas être pris assez en considération.

Les rapports politiques franco-italiens sont donc en ce moment au plus bas, même si dans certains secteurs, de réelles coopérations se poursuivent comme si de rien n’était, grâce, entre autres, aux excellentes relations tissées entre Ministres. Néanmoins, nos deux pays demeurent les deuxièmes partenaires commerciaux. Par ailleurs, les relations économiques, technologiques, universitaires et culturelles continuent et se renforcent. Des initiatives communes, à l’instar de l’action menée par les organisations patronales Confindustria et le MEDEF en faveur de l’Europe, se multiplient. Au niveau de la société civile, les liens demeurent forts et puissants de part et d’autre des Alpes. Bien davantage, tous ceux qui agissent en faveur de l’amitié et de la collaboration franco-italienne redoublent d’effort en ce moment de crise politique et cherchent à contrecarrer un sentiment anti-français qui tend à se répandre dans la péninsule. Il en va de l’intérêt du bilatéralisme franco-italien et de l’Europe.

 

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