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One Planet Summit : une rencontre “au sommet” pour le Climat - Trois questions à Amy Dahan

BLOG - 2 Octobre 2018

Par Institut Montaigne

Sur l’initiative du Président Emmanuel Macron avec le soutien d’Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies, et Jim Yong Kim, président de la Banque Mondiale, le One Planet Summit a été créé en 2017 en complément de l’organisation des COP afin de fédérer acteurs publics et privés autour des causes climatiques. Qu’attendre de ce rendez-vous ? Explications par Amy Dahan, directrice de recherche émérite CNRS et co-auteure de Gouverner le climat ? : Vingt ans de négociations internationales (Presses de Sciences Po).

Suite à la tenue du One Planet Summit en 2017 à Paris, quels étaient les enjeux de cette seconde édition organisée à New-York la semaine dernière ? 

Trois ans après la tenue à Paris de la COP21 et un an après la première édition du One Planet Summit, cette nouvelle rencontre internationale à New-York confirme une chose : les mesures prises en faveur de la protection de l’environnement ne sont pas à la hauteur des engagements pris en 2015

Une telle rencontre a toutefois un intérêt : elle réaffirme la thématique sur le territoire américain, contrastant fortement avec la politique américaine du président Trump à l’égard de l’environnement ces derniers mois. Cette conférence permet également la réaffirmation d’un consensus général sur les enjeux. Mais concrètement, les pays sont dans une position de retrait et ont fait beaucoup moins d’efforts que nécessaire.

Certains pays comme la Chine revendiquent le leadership de la lutte contre le changement climatique au sein des institutions internationales et cherchent à assumer davantage de responsabilités. Dans le cas spécifique de la Chine, il s’agit aussi bien d’une volonté géopolitique que d’une nécessité politique intérieure et d’une question de santé publique, la population chinoise acceptant de moins en moins la pollution de l’air dans les centres urbains. Cependant, lors du sommet à New-York, davantage soucieuse d’enjeux commerciaux qu’environnementaux, la délégation chinoise est, elle aussi, restée en retrait. Il reste que les enjeux de politique industrielle et d’approvisionnement énergétique préoccupent la Chine, et sont parfois peu conciliables avec un discours volontaire sur la défense de l’environnement. 

Où en sommes-nous dans la protection de l'environnement à l'échelle globale ? La finance a-t-elle opéré son "verdissement" ?

A l’échelle internationale, la mise en œuvre des objectifs de la COP21 n’est pas à la hauteur des déclarations. La gouvernance climatique s’apparente en réalité à une gouvernance incantatoire, où la simple répétition des objectifs se veut performative. Qu’il s’agisse de nouvelles régulations, de transformations industrielles ou encore de mix énergétique, très peu de mesures sont concrètement mises en œuvre en application des engagements de 2015. 

De plus, alors que l’Europe représente dans son ensemble une puissance économique énorme, elle se caractérise par sa faiblesse politique et l’absence de position commune de la part des Etats membres. 

En Allemagne par exemple, la question climatique est en retrait, en raison notamment de pressions de l’aile droite du gouvernement. Le pays continue d’émettre bien davantage de gaz à effet de serre par habitant que la France et de faire tourner des centrales à charbon alors même qu’il s’était engagé à investir davantage dans les énergies renouvelables tout en limitant la place du charbon.

Certains pays, en revanche, se saisissent avec ambition des enjeux environnementaux et investissent dans la recherche, à l’image des pays du nord de l’Europe (Danemark, Norvège, Suède ou encore Islande), en particulier dans le domaine de l’éolien offshore ou de la géothermie. 

Face à ces petits pays au sein desquels la technologie est fortement développée, la France prend du retard. Malgré les faibles émissions françaises de gaz à effet de serre en raison d’un secteur nucléaire omniprésent au sein du mix énergétique, la question du coût de renouvellement des infrastructures nucléaires posera inéluctablement un problème, particulièrement au regard des dérapages budgétaires des réacteurs EPR censés incarner ce renouvellement. Davantage de pédagogie sur ces enjeux semble nécessaire et la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie devrait permettre de sensibiliser les citoyens et mettre en place les conditions d’un vrai débat en France sur ces questions. 

En ce qui concerne plus particulièrement la finance verte, il s’avère que la mise en œuvre de taxes carbone se fait encore de manière trop faible et localisée. Or la transition énergétique nécessite un déplacement considérable de masses monétaires à l’échelle mondiale vers les énergies renouvelables et vers la reconversion des processus industriels et des transports très émetteurs de CO2. Il y a également peu d’avancées quant à l’isolation des bâtiments, quand on sait que ce secteur représente, en Europe, 40 % des émissions de gaz à effet de serre (chauffage, climatisation, etc). Développer la finance verte exige aussi une lutte accrue contre l’évasion fiscale, celle-ci représentant un manque à gagner de ressources qui pourraient être investies dans la décarbonation de l’économie. C’est un paradoxe que les entreprises américaines de nouvelles technologies se déclarent en faveur de la lutte contre le changement climatique tout en pratiquant l’évitement fiscal.

Lors de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, nombreux ont été les économistes à plaider pour la mise en place de mécanismes de régulation financière dont le produit pourrait être directement mis au service de la transition énergétique. La reconversion des processus industriels traditionnels que sont par exemple le béton ou le secteur du bâtiment doit également être évoquée. 

Que peut-on attendre de la COP24 qui se tient en décembre prochain en Pologne ? Quelles orientations devraient être, selon vous, prises ? 

L’organisation de la prochaine COP24 en Pologne donne un signal négatif, aussi bien symboliquement, avec très peu d’attentes sur son issue, que face à la réalité d’un pays qui produit 80 % de son électricité au charbon. C’est également la troisième fois que ce pays accueille une COP (2008 et 2013), et il a organisé un grand salon consacré aux énergies fossiles lors de l’accueil de la COP19 à Varsovie.

L’intérêt de ce sommet pourrait cependant résider dans le positionnement et les rapports de force au sein des pays en développement et la sensibilisation de leurs populations à la question climatique, notamment en Inde qui, malgré un ratio d’émissions par habitant faible, doit affronter de nombreuses problématiques liées à la pollution des eaux, de l’air, à l’urbanisation galopante etc. Cette COP sera donc l’occasion de mesurer la mobilisation des populations de ce groupe de pays, de suivre les positions et les efforts de leurs gouvernements. 

Si cette COP suscite peu d’attentes, c’est également en raison de la vérification programmée des engagements adoptés en 2015 : pour une application dès 2020 pour les pays développés, et seulement 2023 pour les pays en développements. Cette vérification doit d’ailleurs être détaillée, au regard du bilan d’étape - déjà négatif - de l’application de l’accord de Paris. 

La place de certaines technologies doit également être précisée, telles que les technologies dites d’émissions négatives (NET), censées arriver à absorber plus de carbone dans l’atmosphère qu’elles n’en émettraient. Elles se concrétiseraient notamment par des reforestations ciblées ou par le développement de centrales à charbon moins polluantes, en captant le carbone avant les émissions puis en l’injectant et le stockant dans le sol.

Si depuis 15 ans, le Brésil comptabilisait déjà les efforts menés contre la déforestation de l’Amazonie dans son calcul de diminution des émissions de gaz à effet de serre, une nouvelle comptabilité carbone tend à s’imposer dans les scénarios (jusqu’à la fin du XXIè siècle) du GIEC, intégrant désormais des technologies dites BECCS (Bioenergy with carbon capture and storage), qui combinent à grande échelle l’utilisation des terres et le stockage du carbone. Or cette comptabilité fictive - qui répond aux desiderata des pays les plus vulnérables qui ont imposé dans l’Accord de Paris la mention de ne pas dépasser si possible les 1,5° - n’est pas très crédible. Les technologies n’existent pas encore, et dans ces scénarios, le BECCS exige l’utilisation de surfaces énormes pour absorber le carbone, au détriment d’autres usages de l’espace et des terres (agriculture, alimentation, urbanisation etc). Le rapport du GIEC sur cette question sera rendu public en octobre et aura sûrement de grands échos à la COP 24.

En conclusion, si aucune vérification des engagements n’est prévue avant 2020, force est de constater que certains pays investissent dans la recherche, font un effort de pédagogie, et questionnent leur modèle. Dans cette dynamique, un premier cercle de pays européens pourrait prendre la main sur la question climatique et la mettre en cohérence avec d’autres objectifs de politiques publiques tels le verdissement de la finance ou la lutte contre les inégalités. Le sommet de New-York constitue, par le manque d’avancées dans ce domaine, une déception. La question se pose de savoir si un tel discours sera porté en amont des élections européennes, et le cas échéant, par qui ? 

 

Crédit photo : Ludovic Marin / AFP

 

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