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Les défis de Boris Johnson : de la conquête à l'exercice du pouvoir

BLOG - 23 Juillet 2019

Boris Johnson, qui vient d’être élu Premier ministre par les membres du parti conservateur britannique, succédera à Theresa May à la tête du pays. Dans un contexte chaotique de sortie de l’Union européenne, Georgina Wright, Senior Researcher sur le Brexit à l’Institute for Government, souligne les trois grands défis qui attendent celui qu’on appelle "BoJo". Elle précise qu’en plus de mener à terme le Brexit, Boris Johnson devra proposer une nouvelle vision pour tenter d’unifier un pays profondément divisé.

Un peu moins de 160 000 membres du parti conservateur ont soumis leurs bulletins de vote pour élire non seulement le leader du parti – mais aussi celui qui remplacera Theresa May à la tête du pouvoir britannique. Le vainqueur ? Boris Johnson, l’ancien Ministre des affaires étrangères (2016-2018) et maire de Londres (2008-2016). Si les rumeurs sont vraies, il veut occuper la fonction de Premier ministre depuis longtemps : personnalité phare de la "Leave campaign" lors du Référendum pour sortir de l’Union européenne, il s’était déjà présenté comme candidat pour remplacer David Cameron en 2016 (il finira par se retirer de la course et acceptera le poste du ministre des Affaires étrangères au sein du Cabinet de Theresa May).

À quelques mois de la sortie de l’Union européenne, sa priorité, comme celle de Theresa May, sera de mener à bout le Brexit. Mais un défi plus grand l’attend également : celui de définir une nouvelle vision prometteuse pour l’avenir du pays. Pour cela, il lui faudra transformer son pouvoir en puissance – c’est-à-dire mobiliser à la fois son parti, le Parlement et convaincre les Britanniques qu’un meilleur avenir les attend. S’il échoue, des élections anticipées auront lieu – élections qu’il n’est, selon les derniers sondages,  pas garanti de remporter.

Sa première mission sera celle de choisir son Cabinet. Reste aussi à désigner les ministres "juniors" (l'équivalent de Secrétaires d’Etat en France). Comme Theresa May, Boris Johnson pourrait chercher à reproduire un équilibre "remain" vs. "leave" ; mais il pourrait également inclure plus de membres du European Research Group (ERG), le groupe hardline pro-Brexit du Parlement britannique. Sa stratégie ? Le Premier ministre aura plus de chance de s’assurer que ses ministres votent avec le gouvernement – chose importante quand le Parti Conservateur ne bénéficie que d’une majorité de quatre sièges au sein du Parlement.

Un défi plus grand attend également Boris Johnson : celui de définir une nouvelle vision prometteuse pour l’avenir du pays.

Sa deuxième mission sera celle de choisir son équipe de conseillers. Typiquement, l’entourage du Premier Ministre comprendra des fonctionnaires du gouvernement et des nominations politiques. Sir Edward Lister, son député lorsque Boris Johnson était maire de Londres, est déjà soupçonné de le rejoindre. Le choix de celui ou celle qui remplacera Olly Robbins, le sherpa en charge des négociations du Brexit pour Theresa May, sera aussi clé.

Pour réussir, Boris Johnson devra s’entourer non seulement de personnes de confiance, mais aussi d’experts en matière du Brexit, du commerce extérieur et de politique étrangère, qui seront capables de travailler étroitement avec les hauts fonctionnaires du gouvernement.

Son troisième challenge sera celui de mener à terme le Brexit. Lors de sa campagne, Boris Johnson a promis de retirer le Royaume-Uni de l’Union européenne coûte que coûte le 31 octobre 2019 (date de la dernière échéance). Il espère pouvoir renégocier avec l’Union européenne. Même si l’UE accepte – ce qu’elle refuse pour l’instant – Boris Johnson hérite du même problème que Theresa May : comment améliorer l’accord avec l’Union européenne de façon à s’assurer le soutien au Parlement britannique (et vice-versa) ? Après tout, l’accord sur la table est le résultat de longues négociations et l’objet de compromis entre les deux parties. Même s’ils acceptent de renégocier, les changements ne seront sans doute pas fondamentaux.

Ensuite, il lui faudra convaincre le Parlement. Là aussi, il lui reste peu de temps. La "summer recess" (pause estivale) débute le 25 juillet et, à peine rentrés de vacances le 3 septembre, les parlementaires britanniques repartent en "recess" du 7 septembre pour les "party conferences". Cette "recess" dure typiquement trois semaines. Durant cette période, aucune session parlementaire n’aura lieu. Chose difficile lorsque l’on essaye de faire passer un accord de retrait.

L’Union européenne se prépare au pire et continue avec ses dispositions pour un no deal. Le gouvernement britannique devra faire de même. Même si Mark Sedwill, le Cabinet Secretary – le plus haut fonctionnaire du gouvernement britannique – assure que le gouvernement "est aussi prêt qu’il ne puisse l'être pour un no deal", les entreprises – surtout les petites et moyennes – ne le sont pas. Et la date du 31 octobre approche à grand pas. Un report technique de quelques semaines pour préparer pour un no deal reste une possibilité.

Mais beaucoup doutent de la volonté du nouveau Premier ministre de sortir le Royaume-Uni sans accord : les délais à la frontière, les changements soudains en matière de commerce et les divisions au sein du Parlement (Philip Hammond et Dominic Grieve ont déjà dit qu’ils feraient tout pour s’opposer à un no deal) risquent de créer bien des divisions bien plus profondes au sein du pays – sans compter un "rift" avec les partenaires européens. Boris Johnson n’aura peut-être d’autre choix que de faire appel à des élections anticipées ou un second référendum (et par défaut, une nouvelle prolongation de la période de négociations avec l’Union européenne).

Mais son plus grand défi sera celui de présenter une nouvelle vision pour l’avenir du pays qui aille au-delà du Brexit. Pour ce faire, il lui faudra plus qu’une victoire électorale.

 

Copyright : LEON NEAL / AFP

 

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