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"Jamais la démocratie américaine n’aura été à ce point bafouée et en danger"

BLOG - 4 Novembre 2020

À l’heure où nous publions cet article, les résultats du scrutin présidentiel américain n’ont pas encore révélé le gagnant de l’élection. L’élection est serrée et les résultats provisoires sont déjà contestés. Olivier Duhamel, notre contributeur sur les questions politiques et institutionnelles, fait le point.

Dans une interview, vous aviez annoncé que "Trump devrait être battu". Et le "devrait" était prédictif. Diriez-vous que vous vous êtes donc trompé ?

Aucun doute sur ce point. Dans cet entretien, ainsi que dans l'émission Mediapolis sur Europe 1, je n’ai cessé d’annoncer la défaite de Trump alors qu’il va très possiblement être élu et que, en toute hypothèse, il aura résisté à la poussée démocrate. En 2016, j’avais prévu sa victoire. En 2020, j’ai été trop convaincu de sa défaite.

J’envisageais cependant aussi un scénario alternatif, celui d’une élection très serrée et contestée. Ce qui se produit.

Dont acte. Reste l’erreur sur le scénario qui vous semblait le plus probable. Comment l’expliquez-vous ?

J’ai attaché trop d’importance à la fiabilité des sondages, qui donnaient tous Biden "gagnant" et quasi tous "très largement gagnant". C’est une première cause de mon erreur. Je n’ai pas assez prêté attention au fait que l’avance de Biden était plus faible dans les États indécis que sur le vote national. Et j’ai cru que les instituts avaient corrigé leurs ratés de 2016, mieux corrigé leurs résultats bruts pour tenir compte des non-diplômés, identifié le vote caché pour Trump. Mais l’essentiel est ailleurs.

Vous avez insisté à tort sur le handicap que représentait pour Trump sa mauvaise gestion du Coronavirus, est-ce cela ?

C’est en effet la deuxième explication de mon erreur. "It’s the coronavirus, stupid!" a martelé Biden. "No. I did it great. And it’s the economy, stupid!" lui a répliqué Trump. Nombre d’électeurs l’ont entendu. Deuxième raison mais toujours pas la principale.

Alors quelle est la source la plus importante qui vous a conduit à privilégier le scénario qui ne s’est pas réalisé ?

Je n’ai pas assez prêté attention au fait que l’avance de Biden était plus faible dans les États indécis que sur le vote national.

J’ai surestimé le "vote contre", surestimé le rejet de Trump. Insulter Biden ne lui a pas nui. Mettre en cause le résultat en cas d’échec ou de non-victoire incontestable ne lui a pas nui. Affirmer qu’il ne pouvait perdre qu’en cas de fraude ne lui a pas tant nui, etc. Lorsque l’on commet une erreur de prévision, il faut les reconnaître et chercher à en identifier les causes afin de mieux comprendre le réel.

Pour être clair, j’ai sous-estimé la force persistante du populisme. Et je n’emploie pas ce mot avec mépris. Je ne méprise pas les électeurs populistes, qui le sont souvent parce que trop souvent méprisés. Je méprise Trump qui les flatte avec le pire.

Reste votre scénario alternatif, celui que vous appelez "une élection serrée et contestée". Il se réalise.

Hélas, j’ai eu tort là où j’aurais aimé avoir raison, et raison là où j’aurais aimé avoir eu tort. Nous assistons à cette chose incroyable (mais annoncée) qu’un candidat - pire, un Président sortant - se proclame vainqueur avant la fin du dépouillement, accuse sans preuve son concurrent (adversaire pour lui, "ennemi" même) de fraude, appelle à ne pas décompter des millions de bulletins de vote valablement émis, et menace de recourir à la Cour suprême - sans procédure pour y accéder immédiatement - à laquelle il s’est assuré (ou estime s’être assuré) une majorité en sa faveur. Jamais dans l’histoire américaine un Président n’a ainsi remis en cause frontalement le suffrage universel.

Jamais la démocratie américaine n’aura été à ce point bafouée et en danger.

Et la suite ?

I. DÉCOMPTES

5 à 7 novembre, un des deux candidats atteint les 270 grands électeurs. 

  • Si Trump : Biden accepte le résultat. Fin de l’Histoire.
  • Au 4 novembre, midi (heure côte Est), Biden légèrement favori. 
  • Si Biden : Trump multiplie les demandes de recompte (déjà dans le Wisconsin) et recours judiciaires (déjà des centaines engagés).

Le décompte est fait par le bureau des élections de chaque État.

Des centaines de bénévoles y participent sous le contrôle d’agents publics du Bureau et de représentants des candidats.

Au total, il y a eu environs 100 millions de votes anticipés, dont 60 millions par correspondance, 40 millions dans des bureaux de vote et 60 millions d’électeurs le 3 novembre, jour du vote.

Les irrégularités, le plus souvent involontaires (erreurs d’adresses, de signatures, etc.) étaient inférieures à 2 % des votes par correspondance en 2016. Elle sont annulées avant la proclamation des résultats par le secrétaire d’État de l’État (fonctionnaire indépendant).

II. RECOURS

Novembre - 14 décembre : multiplication des recours contre les résultats donnés dans plusieurs États, sauf si Trump sous pression, et vu ce que serait l’avance de Biden, reconnait sa défaite.

  • Recours d’abord devant les Cours des États.
  • Recours exceptionnel possible devant la Cour suprême des États-Unis pour motif impérieux et général. 
  • Appels des décisions défavorables jusqu’à la Cour suprême de l’État. 
  • Possibilité d’un recours direct devant la Cour fédérale de l’État pour violation du 14e amendement (principe d’égalité). 
  • Recours si nécessaire à la Cour suprême des États-Unis d’Amérique qui peut arrêter les décomptes, valider tel décompte, invalider tel autre. La Cour, bien qu’orientée en faveur de Trump, doit se prononcer en droit. Autrement dit elle dispose des marges de manœuvre, mais dans le cadre de contraintes. 

III. ÉLECTION

14 décembre. Élection du  Président et du Vice-président par les grands électeurs dans leur État à la majorité absolue (270).
 
4 janvier. En cas d’absence de majorité absolue, élection par la Chambre des représentants, une voix par État. 
 

 

Copyright : Olivier DOULIERY / AFP

 

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