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Inclassable Mouvement 5 étoiles ?

BLOG - 11 Avril 2018

Le 5 mars dernier, le Mouvement 5 Étoiles (Movimento 5 Stelle, M5S) a obtenu 32,7 % des suffrages aux élections législatives italiennes. Avec 222 élus à la Chambre des députés, le M5S devient le premier parti du pays en nombre d’électeurs. Malgré son succès, il fait toujours figure d’ovni dans le paysage politique européen.
 
Après s’être mis d’accord sur la répartition de la présidence du Sénat et de la Chambre des députés, le M5S et la Ligue - parti populiste de droite et autre grand vainqueur des dernières élections législatives - négocient actuellement la formation d’un gouvernement, que de nombreux commentateurs pensaient impossible il y a encore quelques semaines. Le M5S a également émis l’hypothèse d’un accord de coalition avec le Parti démocrate, de centre gauche, qui pour l’instant demeure divisé à ce sujet. 
 
Si le M5S devait participer à la prochaine coalition - et peut-être obtenir le poste de Président du conseil des ministres - comment serait gouvernée l’Italie ? Faut-il s’attendre à ce que le Mouvement 5 Étoiles fasse preuve d’une forme de flexibilité politique, à l’image de ses récents revirements programmatiques ?

Un programme politique disparate 

Le M5S se présente avant tout comme l’expression d’une vox populi et non comme un parti politique affilié à une tradition idéologique, droite ou gauche, conservateur ou progressiste, etc. L’élément central de son discours consiste en une opposition entre l’élite – ou la caste – , accusée de corruption, et le peuple. L’appel au “bon sens” semble dicter leur programme. Dans le domaine économique, on trouve ainsi les propositions suivantes :

  • suppression de “400 lois inutiles” pour limiter la bureaucratie ;
  • augmentation de l’offre en formation continue pour les demandeurs d’emplois ;
  • abolition de plusieurs taxes ;
  • réforme bancaire pour séparer les activités de dépôt et de financement ;
  • création d’une banque d’investissement publique pour les petites entreprises, les agriculteurs et les familles ;
  • création d’une plateforme de commerce en ligne pour l’exportation des produits “made in Italy”.

Un certain nombre de propositions concerne également le développement durable et l’écologie :

  • le développement de l’économie verte et la création de 200 000 emplois dans le secteur du recyclage des déchets ;
  • l’investissement de 50 milliards d’euros dans l’innovation, l’énergie renouvelable ou l’entretien des terres.

Enfin, le M5S propose :

  • d’augmenter considérablement le nombre de forces de l’ordre et de construire deux nouvelles prisons ;
  • de renforcer la lutte contre la mafia ;
  • de réformer le droit d’asile pour raccourcir le délai d’examen des demandes et augmenter le nombre des procédures de retours ;
  • de réformer la justice pour raccourcir les délais de procédure ;
  • d’augmenter les dépenses d’éducation.

Il est à noter que la sortie de l’euro ne fait plus partie des propositions défendues par le M5S, une évolution programmatique qui le rapproche du Front National (FN) de Marine Le Pen, après sa défaite à la dernière élection présidentielle. Toutefois, contrairement à son voisin français, le parti italien souhaite conserver son positionnement “ni de droite, ni de gauche”, tandis-que le discours du FN - prochainement Rassemblement National - semble revenir à ses fondamentaux situés à la droite de l’échiquier politique.

Un non-parti ?

Fondé en 2009, à la suite de discussions sur internet initiées en 2005, le M5S a rapidement conquis une large part de l’opinion italienne, rassemblant un électorat aussi hétéroclite que son programme. Le mouvement se caractérise par une très forte horizontalité – marquée par une absence complète de professionnels rémunérés par le mouvement – mais également par l’importance donnée à ses dirigeants. Le mouvement fut dans un premier temps entièrement centré autour de la personnalité du septuagénaire et ancien humoriste Beppe Grillo, remplacé par le jeune Luigi di Maio en 2017.
 
Ce changement de porte-parole, qui explique en partie la victoire du M5S aux dernières élections, a permis au mouvement de montrer une image plus consensuelle et de tourner la page de son prédécesseur, connu pour ses Vaffanculo Day organisés pour dénoncer l’élite politique italienne. Luigi di Maio ne revendique ainsi plus l’appellation "populiste" pour son parti et a tenté de mettre en avant les compétences de son mouvement au cours de la campagne.

Pour ses activités militantes, le M5S utilise largement les réseaux sociaux et internet, conformément à sa volonté déclarée de ramener les citoyens au cœur de la décision politique et de favoriser la démocratie directe et participative. De telles méthodes le rapprochent du mouvement Podemos en Espagne, ou encore de la campagne électorale d’Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle française de 2017. Toutefois, ces deux partis proposent une ligne idéologique claire, tandis-que le M5S se distingue par sa “flexibilité stratégique” comme en témoigne sa volonté actuelle d’entamer des négociations avec le Parti démocrate pour former un gouvernement ou les déclarations récentes de Luigi di Maio en faveur d’une gestion budgétaire conforme au Traité de Maastricht.
 
Dans ces conditions, il paraît aussi impossible de prédire la composition de la future coalition au pouvoir que la politique que le M5S mènera s’il devait entrer au gouvernement. Faut-il alors s’attendre à une gestion opportuniste et imprévisible ? Ou à une application précise de son programme électoral ?

 

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