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"Il y a d’immenses opportunités pour les entreprises françaises au Brésil aujourd’hui ". Trois questions à José Pio Borges

BLOG - 11 Janvier 2018

L’Institut Montaigne souhaite promouvoir l’échange d’idées avec des think tanks internationaux et entrer différemment dans l’actualité d’un pays donné. Le Brazilian Center for International Relations (CEBRI), avec la contribution de son Président José Pio Borges, aborde la situation et les enjeux du Brésil.

En avril dernier, le ministre brésilien des affaires étrangères Aloysio Nunes a déclaré : “la politique étrangère fait partie intégrante d’une stratégie de renforcement de la compétitivité de l’économie brésilienne”. Selon vous, l’administration actuelle a-t-elle réussi à implanter cette vision ?

Malgré les difficultés liées à la brièveté de son mandat, le président Michel Temer a réussi à former l’une des meilleures équipes économiques que le pays ait connu depuis longtemps. Ce succès se constate non seulement au ministère des finances et à la Banque centrale du Brésil mais également dans d’autres secteurs et institutions du pays. Le ministère de l’énergie a, par exemple, réussi un important redressement et Petrobás est aujourd’hui dirigée par Pedro Parente, un ingénieur brésilien reconnu, ancien ministre de la planification, du budget et de la gestion, et ancien chef de cabinet du président Fernando Henrique Cardoso. L’ANP, l'Agence nationale du pétrole, du gaz naturel et des biocombustibles du Brésil est gérée par Décio Oddone, qui a auparavant mené une longue carrière chez Petrobás. Enfin, Eletrobras est actuellement dirigée par Wilson Ferreira, un dirigeant reconnu dans le secteur de l’énergie.

En peu de temps, ce gouvernement a réussi à rétablir la situation en revenant sur l’une des plus grandes erreurs de politique industrielle de l’histoire du Brésil. En effet, pendant les quatorze dernières années, les décisions des gouvernements précédents ont provoqué des dommages considérables, retardant l’exploitation de champs pétroliers pré-salifères prometteurs (des gisements enfouis sous d’épaisses couches de sel), en revenant sur des réglementations pourtant efficaces, en introduisant des exigences de “contenu national” ou en créant des taxes paralysant les investissements, ce qui a conduit de nombreux investisseurs étrangers à quitter le Brésil. 

L’accroissement de la productivité doit rester une priorité nationale. Au cours des quinze dernières années, la productivité brésilienne n’a augmenté que dans le secteur agricole et a stagné dans le secteur industriel. Cela s’explique notamment par le retour à d’anciennes habitudes protectionnistes, assumées ou non, au travers de mesures telles que des marchés réservés, l’obligation de contenu national et l’introduction d’obstacles non-tarifaires. Toutefois, le retour à de tels procédés tend à se ralentir et nous espérons que le pays continuera sur cette lancée.
Dans cette optique, l’entrée du Brésil dans l’OCDE constituerait une avancée majeure. Pour ce faire, le soutien de la France est primordial. L’adhésion à l’OCDE permettrait au pays d’améliorer sa notation et de rétablir la confiance des investisseurs. Cela représenterait d’autre part une avancée diplomatique importante pour le Brésil, qui deviendrait le seul pays au monde à être membre à la fois du groupement des BRICS et de l’OCDE. 

Dans un peu plus d’un an, en janvier 2019, le Brésil endossera la présidence temporaire des BRICS et accueillera le 11ème sommet du groupement. A cette occasion, seront réunis quelques uns des plus puissants dirigeants du monde, dont Xi Jinping, récemment réélu pour un nouveau mandat. Quels sont, selon vous, les enjeux et les objectifs du Brésil dans les mois à venir et en amont de cet événement ?

Il y a vingt ans, le Brésil exportait la majorité de ses produits agricoles vers les Etats-Unis et l’Europe. Aujourd’hui, la grande majorité de ses exportations sont dirigées vers l’Asie - principalement la Chine -, le Moyen Orient et d’autres régions du monde.
 
Les négociations pour l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain associant le Canada, les Etats-Unis et le Mexique) ont été abandonnées et celles entre l’Union européenne et le Mercosur sont au point mort. Même si un accord venait à être trouvé, ses effets positifs ne commenceraient à être ressentis que dans une vingtaine d’années… Un délai beaucoup trop long !

En effet, tandis que les échanges intra-Mercosur n’augmentent que de 5 % par an, nos échanges commerciaux avec la Chine augmentent de 15 % par an. Le Brésil a pratiquement triplé sa production agricole, devenant l’un des plus grands producteurs de soja et de maïs. Au vu du potentiel prometteur de ces nouveaux marchés, nous estimons que le pays peut encore doubler sa production de protéines végétales et animales dans les années à venir. Il est possible aussi que le Brésil devienne un important fournisseur de pétrole pour l’Asie, s’ajoutant à ses exportations aéronautiques, de minerai de fer, de pâte et de papier entre autres.
 
En outre, le projet de la nouvelle Route de la Soie représente une très grande source d’investissements pouvant répondre au besoin urgent qu’a le Brésil d’investir dans des infrastructures. Par conséquent, le groupement des BRICS est et demeure un concept et une initiative importante. D’ici 2019, nous pensons que le Brésil sera prêt à saisir l’opportunité de ce sommet pour proposer et aboutir à de nouveaux accords avec les autres pays membres.

Que pensez-vous de la relation franco-brésilienne et comment pourrions-nous l’améliorer ?

Le Brésil et la France partagent une longue relation amicale. Lorsque j’étais au lycée, le français était enseigné avant l’anglais et nous lisions davantage de littérature française que de littérature britannique ou américaine. Les entreprises françaises sont implantées au Brésil depuis longtemps, et certaines y ont connu un grand succès. La Banco Frances e Brasileiro était par exemple l’une des plus grandes banques brésiliennes, et n’a dû être vendue qu’en raison des difficultés du Crédit Lyonnais dans d’autres régions. Les sociétés françaises connaissent bien le Brésil et ne quittent pas le pays quand ce dernier traverse des périodes difficiles. 

Nous pensons qu’il y a d’immenses opportunités pour les entreprises françaises au Brésil aujourd’hui : notamment pour celles qui sont très actives dans la nouvelle phase d’exploitation de champs pétroliers et plus généralement dans le secteur de l’énergie. Nous espérons et encourageons la France à jouer, dans les décennies à venir, un rôle central dans ce nouveau cycle d’investissement, et tout particulièrement dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie.
 
D’autre part, le CEBRI est persuadé que la France et l’Allemagne endosseront un rôle particulièrement important au sein de l’Union européenne, mais aussi sur la scène internationale. L’administration américaine actuelle dont le credo est “America First”, délaisse l’internationalisme et tout progrès vers une compréhension mutuelle, transférant une responsabilité croissante à ces deux pays, et dans une certaine mesure à la Chine. Le CEBRI a d’ailleurs lancé un groupe de réflexion afin de suivre l’évolution des rôles respectifs de la France et de l’Allemagne dans ce contexte changeant.
 

 

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