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Europe / Monde

Emmanuel Macron orphelin d'Angela Merkel

BLOG - 5 Novembre 2018

Les défaites électorales et l'usure du pouvoir ont eu raison de la chancelière qui, aux yeux du monde, incarnait l'Europe. La tâche s'annonce rude pour le président français, qui va devoir reprendre le flambeau.

Pour l'Allemagne, comme pour l'Europe, une page se tourne. Pendant plus d'une décennie Angela Merkel a été une présence rassurante, non seulement au gouvernail de son pays mais à celui de l'Europe tout entière.

Elle ne fut pas la seule à jouer un rôle positif dans ces années troublées. Le président français Nicolas Sarkozy, en étroite collaboration avec le Premier ministre britannique Gordon Brown, sut concilier la lucidité et l'énergie nécessaires pour faire face à la crise financière de 2007-2008. A la tête de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, puis Mario Draghi jouèrent le rôle que l'on attendait d'eux.

Voie médiane

Mais le pilier de stabilité de l'Europe, celle qui fit preuve de gravitas en toutes circonstances, ce fut Angela Merkel. Le monde international ne s'y trompait pas. Ceux qui souhaitaient une Europe forte et stable, comme les Etats-Unis de Barack Obama ou même la Chine de Xi Jinping, la respectaient. Ils la traitaient non seulement comme la chancelière de la première puissance économique et démographique de l'Union, mais comme l'incarnation de l'Europe. Une Europe qui grâce à elle disposait d'une boussole indiquant le plus souvent de manière sûre la voie médiane à suivre.

Ceux qui souhaitaient une Europe forte et stable, comme les Etats-Unis de Barack Obama ou même la Chine de Xi Jinping, la respectaient.

Même en matière de politique internationale, est-il possible d'affirmer, avec le recul du temps, qu'elle a eu tort de ne pas suivre la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis dans l'aventure libyenne ? A l'inverse, ceux qui souhaitent une Europe divisée et faible, comme l'Amérique de Donald Trump ou la Russie de Vladimir Poutine, en ont fait leur cible privilégiée.

Traitement éthique des migrants

"Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains", écrivait Gustave Flaubert dans Salammbô. Il ne faut certes pas idéaliser Angela Merkel. Son projet européen ne fit pas preuve d'une imagination débordante. Dans sa politique, "l'humain d'abord" (le traitement des migrants) alternait parfois avec "l'Allemagne d'abord", sur la question des surplus budgétaires de son pays ou sur la dette grecque. Mais au bout du compte, c'est "l'Europe d'abord" qui prévalut la plupart du temps. Et pour cela nous lui devons admiration et reconnaissance.

Mais aujourd'hui son temps est passé. Sera-t-elle capable de rester à son poste de chancelière jusqu'à la fin de son quatrième mandat, en 2021 ? On peut en douter. Elle est confrontée à l'érosion naturelle du pouvoir. Même Vladimir Poutine en Russie, à la tête d'un régime autoritaire ou d'une démocratie parfaitement illibérale, connaît une chute brutale de popularité. Après dix-huit années d'exercice ininterrompu du pouvoir, comme président ou comme Premier ministre, ce n'est pas une surprise.

Erosion naturelle du pouvoir

Cette usure a été accélérée dans le cas d'Angela Merkel par son traitement, éthique plus que politique, de la crise des migrants et, au-delà, par l'esprit du temps (le Zeitgeist). La chancelière vient de connaître des défaites successives lors des dernières élections régionales. Au point de renoncer à la présidence de son parti pour sauver l'essentiel à ses yeux, son maintien à la tête du pays.

Son départ programmé n'est une bonne nouvelle ni pour son pays ni pour l'Europe. Dans l'immédiat, sa faiblesse politique aggrave les incertitudes à la veille des élections européennes de mai 2019. Elle fait aussi, potentiellement, une victime collatérale principale : son allié politique et partenaire privilégié, le président français Emmanuel Macron.

Victime collatérale

Pourtant il n'y a pas que des leçons négatives à tirer de la situation actuelle de l'Allemagne ou de celle de l'Europe en général. La défaite spectaculaire des deux grands partis qui se sont partagé le pouvoir depuis des décennies, la CDU/CSU et le SPD, profite certes au parti d'extrême droite l'AfD, mais plus encore aux écologistes. Des Verts qui en Allemagne sont non seulement soucieux de l'avenir de la planète, mais aussi européens et centristes.

Protection de la planète et défense de la démocratie pourraient-elles de plus en plus aller de pair ? En cette période de réchauffement climatique, l'urgence écologique s'impose toujours davantage comme une évidence. Or, construire des murs pour se protéger de "l'autre" de manière unilatérale ne répond en rien aux défis de la planète, bien au contraire.

Dans cette période de transition difficile que traverse l'Allemagne, la responsabilité d'Emmanuel Macron est considérable.

Aux Etats-Unis, l'homme qui envoie l'armée pour protéger l'Amérique d'une très hypothétique invasion est celui-là même qui se retire avec fracas de l'Accord de Paris sur le climat. Il n'y a pas de réponse strictement nationale au réchauffement climatique. Pour que les Verts décident d'aller vers le centre dans la majorité des pays d'Europe, comme ils le font déjà en Allemagne, une leçon politique évidente s'impose. Le centre doit "se verdir" pour la sauvegarde de la planète comme pour celle de la démocratie.

Fatigue personnelle

En Allemagne la fatigue politique et sans doute personnelle d'Angela Merkel - comment pourrait-il en être autrement après une période si longue d'exercice du pouvoir ? - pose le problème de l'unité de son parti. La CDU restera-elle sur la ligne centriste imposée par la chancelière ? Ce serait le cas si Annegret Kramp-Karrenbauer (dite "AKK"), la secrétaire générale du parti, désignée implicitement par Angela Merkel comme sa dauphine, l'emportait. Mais la tentation est forte de ramener la CDU beaucoup plus à droite. Il existe des Laurent Wauquiez allemands, comme Jens Spahn, l'actuel ministre de la Santé.

Qui sont les successeurs potentiels d'Angela Merkel ?

Dans cette période de transition difficile que traverse l'Allemagne, la responsabilité d'Emmanuel Macron est considérable. Il incarne le parti de la raison positive face à celui des émotions négatives. Il doit avant tout tenir le cap, quelle que soit la force des vents contraires. Pour ne pas se sentir trop seul, il doit nouer de nouvelles alliances. Une occasion pour la France de consolider sinon de recréer des liens avec des pays trop longtemps négligés comme l'Espagne, l'Irlande, les Pays-Bas et bien d'autres, qui n'ont pas cédé à la tentation populiste. En Europe, au-delà d'Angela Merkel, il doit y avoir de la vie et de l'espoir.

 

Avec l'aimable autorisation des Echos (publié le 02/11/18).

 

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