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Europe / Monde

Elections législatives en Hongrie : quelles leçons pour l'Union européenne ? Entretien avec Zsuzsanna Szelényi

BLOG - 20 Avril 2018

Par Institut Montaigne

Le 8 avril dernier, le parti de droite Fidesz est sorti gagnant des élections législatives hongroises pour la troisième fois consécutive, maintenant ainsi Viktor Orbán au pouvoir pour quatre années supplémentaires. Afin de décrypter ces résultats et leurs implications européennes, nous avons interviewé Zsuzsanna Szelényi, députée à l’Assemblée hongroise jusqu’en 2018.

Comment peut-on expliquer l’écrasante victoire du parti conservateur de Viktor Orbán?

L’issue de ces élections n’avait rien de surprenant dans la mesure où le Fidesz a été fortement avantagé par les médias et le gouvernement. Cependant, le fait que Viktor Orbán soit parvenu à mobiliser des centaines de milliers d’électeurs nouveaux est inédit.

Trois raisons principales peuvent expliquer pourquoi plus de 48 % de l’électorat a approuvé son projet politique :

  • Cela fait maintenant trois ans que le paysage politique hongrois est dominé par une virulente campagne anti-immigration, majoritairement financée par des fonds gouvernementaux. La prévalence de ce discours s’en ressent dans le débat politique et le temps accordé à d’autres sujets, comme la corruption, en est fortement réduit.
  • L’organisation des élections pose elle-même question. L’OSCE a indiqué que ces élections se caractérisaient par une confusion permanente entre les ressources de l’État d’une part et les ressources du parti en place d’autre part. Il est également question de partialité des médias, dans un pays où les organes de presse indépendants subissent des menaces régulières. D’une manière générale, l’opposition hongroise est très contrainte : elle peine à faire entendre sa voix et a des moyens financiers très limités. La campagne électorale s’est donc déroulée dans un contexte de corruption croissante et dans un État de plus en plus contrôlé par une oligarchie.
  • Viktor Orbán est parvenu à diviser l’opposition hongroise en plaçant son parti au centre de l’échiquier politique. Les partis d’opposition sont à présent affaiblis et incapables de s’unir. A ce titre, ces élections peuvent être perçues comme la défaite de l’opposition plus que comme la victoire de Viktor Orbán.

Quelle est la position de Viktor Orbán sur la construction européenne ?

Il est important de souligner que Viktor Orbán est l’une des seules personnalités politiques européennes à proposer un contre-discours efficace pour l’Europe. Sa rhétorique, notamment contre l’immigration, est à la fois entendue, comprise et appréciée, pour la simple raison qu’aucun narratif pro-européen n’est en mesure de la concurrencer.
 
Viktor Orbán développe l’idée d’une Europe forte basée sur des États-Nations forts (pour reprendre les termes de Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti au pouvoir en Pologne, en visite en Hongrie avant les élections). Cette conception souverainiste s’appuie sur trois piliers :

  • une critique des institutions européennes, jugées faibles et inefficaces ;
  • une dénonciation des élites bruxelloises jugées trop éloignées des préoccupations des peuples ;
  • une rhétorique contre les migrants, vus comme une “menace existentielle”.

Le projet politique de Viktor Orbán n’est pas de quitter l’UE : bénéficiant d’une connaissance très fine des personnalités, des enjeux et du fonctionnement européens, il souhaite en modifier les institutions pour lui donner une direction conforme à ses conceptions politiques. Sa capacité à forger des alliances avec d’autres pays membres, en particulier en Europe centrale et orientale, lui donne une grande force pour cela.

Quelles sont les marges de manœuvre de l’UE pour répondre à la stratégie européenne de Viktor Orbán ?

Nous devons d’abord chercher à comprendre les raisons pour lesquelles les citoyens hongrois sont si sensibles à la rhétorique anti-immigration de Viktor Orbán, construite bien avant l’arrivée des migrants sur le sol hongrois. Le 12 janvier 2015, juste après les attentats de Charlie Hebdo, Orbán s’est adressé à des journalistes de la télévision publique en ces termes : “Tant que je serai Premier ministre, la Hongrie ne deviendra pas une terre d’immigration. Nous ne voulons pas voir parmi nous des communautés de taille importante avec des caractéristiques culturelles et des origines différentes. Nous souhaitons préserver la Hongrie”.
 
Il ne faut pas oublier qu’historiquement, les Hongrois (et les habitants d’Europe centrale en général) ont très peu vécu avec des populations de culture différente, principalement parce que ces pays vivaient dans une certaine autarcie à l’époque soviétique. Cet élément n’est pas sans impact sur l’appréciation par les Hongrois de leur relation avec les populations venues d’autres continents.
 
En ce qui concerne le lien entre la Hongrie et l’UE, force est de constater que l’attitude des pays occidentaux a souvent été teintée de condescendance, ce qui a nourri la déception des habitants d’Europe centrale, autrefois impatients à l’idée de devenir un pays membre. Si les Hongrois demeurent néanmoins plus pro-européens que les Européens de l’Ouest, ils ne s’en sentent pas moins frustrés et dupés - de quoi donner du grain à moudre à Viktor Orbán.     

Il faut éviter d’humilier le peuple hongrois en mettant ce pays sous tutelle, pour le forcer à respecter les principes de l’État de droit. Une bonne alternative pourrait être de faire dépendre l’octroi de fonds structurels au respect des règles communautaires. Certaines mesures incitatives, prises dans la perspective de l’adhésion de la Hongrie au sein de la zone euro, constituent également un outil important pour influencer le gouvernement hongrois.
 
Enfin, à l’échelle de l’Union cette fois, un nouvel équilibre des pouvoirs doit être établi. Le renouveau de l’idée européenne passera par la construction d’un récit positif de l’UE, issu d’un large consensus et en meilleure adéquation avec les nouvelles réalités géopolitiques.

 

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