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Convergences et divergences en Europe centrale

BLOG - 17 Janvier 2018

Samedi 13 janvier, les citoyens tchèques se rendaient aux urnes pour le premier tour de l’élection présidentielle. Miloš Zeman, le chef de l’Etat sortant, eurosceptique et fervent opposant à la politique migratoire de l’Union européenne (UE), est arrivé en première position et affrontera le pro-européen Jiří Drahoš au second tour.

Dans cette Europe centrale complexe où les frontières n’ont cessé d’aller et venir au gré des Royaumes et des Empires, une convergence idéologique paraît se dessiner entre les gouvernements de la région. Cent ans après la disparition de l’empire austro-hongrois, l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la Tchéquie se retrouvent autour de vues politiques communes : critique de la politique bruxelloise, promotion du nationalisme et ferme opposition à l’immigration extra-européenne. 

Vers un "Visegrád 5" ?

Heinz-Christian Strache, le président du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), devenu Vice-chancelier de la République d’Autriche après l’accord conclu avec le parti conservateur de Sebastian Kurz, l’ÖVP, s’est prononcé en faveur d’une entrée de son pays dans le groupe de Visegrád durant la campagne électorale pour les élections législatives du 15 octobre 2017.

Le groupe – plus communément appelé "V4" – a été créé en 1991 par la Pologne de Lech Wałęsa, la Tchécoslovaquie de Václav Havel et la Hongrie de József Antall. En 1994, après la partition de la Tchécoslovaquie, le groupe réunira quatre pays. Le nom fait référence à l’alliance signée par  les rois de Pologne, Hongrie et Bohème en 1335 dans le village de Visegrád.

Paradoxe de l’histoire, il s’agissait alors d’un accord économique dont l’objectif était de rediriger les routes commerciales vers la Bohème, afin d’échapper au contrôle de... Vienne !.

Malgré les déclarations de Heinz-Christian Strache, l’adhésion de l’Autriche au groupe des quatre ne semble pas à l’ordre du jour. La crise migratoire de 2015 a permis au V4 de gagner une influence certaine au sein de l’UE. Après l’arrivée de plusieurs centaines de personnes en provenance de Turquie et transitant par les Balkans en direction de l’Allemagne, les quatre capitales ont mis en commun leurs efforts pour s’opposer au mécanisme de relocalisation des migrants proposé par l’UE. Cette alliance politique a conféré au groupe une forte visibilité au sein de l’Union et a pu les rendre attractifs pour un certain nombre de mouvements politiques eurosceptiques du continent.

Pour autant, l’unité des quatre pays n’est pas acquise sur tous les dossiers politiques importants. Emmanuel Macron est d’ailleurs parvenu avec habileté à obtenir l’accord de la Slovaquie et de la Tchéquie sur la réforme de la directive sur les travailleurs détachés, malgré la forte opposition de la Pologne et de la Hongrie.

Malgré leur possible concordance de vues actuelle, plusieurs options politiques majeures font l’objet de divergences au sein des pays du V4 et de l’Autriche. Varsovie, Budapest, Prague et Bratislava appartiennent à l’OTAN, tandis que Vienne n’a jamais souhaité intégrer l’Alliance et défend depuis 1955 une position de neutralité en matière de politique étrangère.
 
En octobre dernier, la Pologne a rappelé son soutien à l’adhésion de la Turquie à l’UE, tandis que l’Autriche – où la mémoire des guerres avec l’Empire ottoman est encore vive – y est opposée. De même, la Pologne se montre traditionnellement hostile à son puissant voisin russe, alors que Viktor Orbán paraît avoir fait de sa proximité avec Vladimir Poutine une des principales orientations de sa politique étrangère.
 
Au sein de l’UE, ces cinq pays n’ont pas atteint le même degré d’intégration et seules la Slovaquie et l’Autriche ont adopté la monnaie unique. Enfin, il est important de rappeler que seul Vienne est un contributeur net au budget de l’UE, les quatre autres pays recevant plus de transferts financiers de la part de l’UE qu’ils ne participent au budget européen.

Une remise en cause radicale de l’Union européenne ? 

Le changement de Premier ministre en Pologne en décembre et le remaniement ministériel opéré au début du mois de janvier laissent à penser que Varsovie pourrait vouloir se montrer plus conciliante au sein de l’UE depuis la mise en œuvre par la Commission européenne de l’article 7 du Traité sur l’UE à son encontre (prévoyant une possible suspension des droits de vote au Conseil en cas de manquement aux valeurs de l’Union et au terme d’une procédure précise). Au sein du gouvernement, les figures les plus critiquées par les institutions bruxelloises, Paris et Berlin, ont ainsi été écartées.
 
Cette possible volonté d’accommodement pourrait être symptomatique du paradoxe des gouvernements de la région. S’ils peuvent être opposés philosophiquement au projet d’une "Union sans cesse plus étroite" telle que définie par le Traité sur l’UE et se montrent les plus fervents opposants à la politique migratoire défendue par Bruxelles, ces gouvernements ont bien compris l’avantage économique qu’ils retirent de leur participation à l’UE et à son marché intérieur. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a ainsi déclaré en juillet 2017 vouloir continuer la coopération régionale au sein du groupe de Visegrád mais que l’UE constituait "l’intérêt vital" de son pays.

La défense d’une sortie pure et simple de l’UE – sur le modèle du Brexit britannique – ou du souverainisme défendu par le Front National de Florian Philippot (durant la campagne présidentielle française) ne correspond pas exactement à la ligne politique ambivalente de ces pays. La crainte d’être emporté à leur corps défendant dans une Europe fédérale dominée par la France et l’Allemagne est tout aussi réelle que celle d’être maintenu à l’écart politiquement. L’option d’une Europe à plusieurs vitesses, souvent défendue par les pays fondateurs de l’Union et présentée comme une solution aux problèmes de gouvernance actuels, est ainsi combattue par ces gouvernements qui y voient une volonté de ne pas les associer à l’avenir du continent. 

Cette position paradoxale explique pourquoi l’intégration régionale au sein même de l’UE est l’option retenue par ces pays. Il s’agit pour eux d’accroître leur influence au sein du continent afin de peser efficacement sur l’avenir de l’Union et sur les politiques menées en commun. Dans la même logique, ces pays souhaitent multiplier leurs relais d’opinion en France comme en Allemagne. La récente visite de Viktor Orbán devant la puissante CSU bavaroise en est l’illustration la plus frappante. 

Tout laisse à penser que le groupe de Visegrád a encore de beaux jours devant lui en tant que force politique majeure au sein de l’UE. Avec le possible retour au pouvoir d’un grande coalition en Allemagne, la question est aujourd’hui de savoir si le V4 parviendra à maintenir son unité et à s’adjoindre le soutien de l’Autriche pour peser efficacement face au renouveau du couple franco-allemand qui se dessine progressivement

 

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