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Avec la victoire de Joe Biden, de nouvelles perspectives pour la relation commerciale transatlantique

BLOG - 10 Novembre 2020

La victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine était attendue et même espérée par les Européens qui ont retenu leur souffle ces derniers jours, le résultat se faisant attendre. Alors que les félicitations arrivent nombreuses d’Europe, les attentions se tournent déjà vers la future relation transatlantique. Celle-ci, notamment en matière commerciale, a souffert de ces quatre années de présidence Trump. Les droits de douane sur les exportations européennes d'acier et d'aluminium, les menaces répétées du Président Trump d'imposer de nouveaux droits de douane sur les produits européens ainsi que l’interminable différend Airbus-Boeing ont empoisonné le dialogue entre les deux plus grands partenaires commerciaux au monde. 

L’Union européenne a toujours considéré les États-Unis comme un partenaire privilégié, qui partage ses valeurs, mais les Européens ont pâti de l’imprévisibilité et de l’approche transactionnelle de l’administration Trump. L’élection de Joe Biden offre à présent une fenêtre de tir pour relancer une discussion plus constructive. Il serait toutefois irréaliste d’imaginer un retour en 2016 : les équilibres mondiaux ont changé, tout comme la vision du multilatéralisme des deux côtés de l’Atlantique.

Les Européens sont prêts pour un dialogue constructif, mais pas à n’importe quel prix

En dépit de leurs points de vue divergents sur la relation avec Washington, les États-membres n’ont cessé, ces quatre dernières années, de souhaiter des relations commerciales plus apaisées. Les travaux se sont ainsi poursuivis au niveau technique, conduisant même à des avancées politiques significatives, telle que la déclaration conjointe Trump-Juncker de juillet 2018. Le Président américain et le Président de la Commission européenne s’étaient alors engagés à bâtir des relations commerciales solides. Cette déclaration a conduit, en avril 2019, à l’approbation par le Conseil de l’Union européenne de la réouverture des négociations avec les États-Unis concernant l'élimination des droits de douane sur les produits industriels et sur l'évaluation de la conformité.

L’Union européenne a toujours considéré les États-Unis comme un partenaire privilégié, qui partage ses valeurs, mais les Européens ont pâti de l’imprévisibilité et de l’approche transactionnelle de l’administration Trump.

Plus récemment, en août 2020, les États-Unis et l’Union européenne ont annoncé leurs premières réductions de droits de douane négociées en plus de deux décennies. Elles visent principalement le homard américain et une gamme de produits européens, comme certaines verreries de cristal et des briquets. Si l’accord paraît limité, il touche un produit symbolique américain, montrant avant tout la bonne volonté de l’Union européenne. 

Ces signes d’ouverture se sont accompagnés de fermeté, notamment quant à la nécessité d’une relation équilibrée. Le mandat approuvé par le Conseil de l'Union européenne en avril 2019 a ainsi établi des lignes rouges claires : les négociations commerciales ne pourront être conclues tant que les droits de douane imposés en mai 2018 sur les exportations européennes d'acier et d'aluminium resteront en vigueur.

En mars 2019, le Parlement européen s'était également opposé à la réouverture des négociations, au motif que l'Union européenne, contrairement aux États-Unis, avait déjà fait de nombreuses concessions.

Il existe aujourd'hui une forte volonté des Européens d’ouvrir un dialogue constructif avec les Américains. Cependant, ni les signes de bonne volonté de l'Union européenne ni l’espoir créé par la victoire de Joe Biden ne doivent cacher une réalité : l'échec des négociations du partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) a laissé des traces et les Européens ne sont plus dans le même état d’esprit qu’avant 2016. 

Le TTIP était extrêmement ambitieux - avec le recul, certainement trop ambitieux. Son périmètre, de l'agriculture, des produits industriels et de consommation, des services aux questions réglementaires et aux marchés publics, était trop vaste. La conduite de quinze cycles de négociations sans accord sur un seul chapitre montre également que la méthode de négociation n'était pas appropriée. 

L’opinion publique est aujourd’hui moins favorable aux accords commerciaux : les manifestations organisées dans plusieurs villes européennes contre le TTIP et le CETA en 2015 et 2016 ainsi que des campagnes comme "Stop TTIP" ont marqué les esprits. Elles ont mis en relief les critiques envers le manque de transparence des négociations ainsi que la crainte de normes moins protectrices en matière de santé et de sécurité, d’environnement et de droit des consommateurs. Toute négociation commerciale devra, aujourd’hui, prendre en compte l’opinion publique dès le début.

Les citoyens européens ont également une vision moins favorable des États-Unis que par le passé, comme l’a souligné le Pew Research Center en septembre 2020. Seulement 26 % des Allemands et 24 % des Belges ont une opinion positive des États-Unis. En France, ce taux s’élève à 31 %, ce qui est aussi faible qu’en mars 2003, au plus fort des tensions franco-américaines liées à la guerre en Irak. 

Si les institutions européennes restent transatlantistes, ce sentiment est aujourd'hui moins unanime, notamment au Parlement européen. L'Union européenne a souffert de l'imprévisibilité et du manque de fiabilité du Président Trump. L’élection de Joe Biden suffira-t-elle, à elle seule, à effacer les années Trump ? Rebâtir la confiance prendra du temps. 

La nécessité d'une nouvelle relation commerciale – quel partenariat pour demain ?

Toute négociation commerciale devra, aujourd’hui, prendre en compte l’opinion publique dès le début.

La relation commerciale entre les États-Unis et l’Union européenne, forte de 1 000 milliards de dollars par an d’échanges bilatéraux, reste le pilier de l’économie mondiale. Elle sera essentielle à la reprise économique post-Covid.

Avec Joe Biden, les Européens attendent d'abord un changement de style : ils espèrent retrouver confiance, respect mutuel et équilibre. Au cours de sa campagne, malgré la priorité donnée aux affaires intérieures, Joe Biden a clairement exprimé sa volonté de rétablir une coopération forte avec les partenaires des États-Unis, en particulier les Européens, sur des questions telles que la montée de la Chine, le commerce et le climat, en commençant par le réengagement des États-Unis dans l’Accord de Paris. 

Ce partenariat sera d’abord essentiel pour défendre les valeurs et les intérêts qui unissent l'Union européenne et les États-Unis. Tous deux partagent des préoccupations communes, de la sécurisation des chaînes d'approvisionnement à la lutte contre les pratiques commerciales chinoises déloyales, comme l’a souligné Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes.

Il est temps d'aborder le dialogue commercial avec un nouveau logiciel, qui ne doit plus être celui du TTIP. Quel que soit le cadre, un processus équilibré, étape par étape et qui réponde aux défis actuels, sera essentiel. 

Tout d’abord, négocier sur l'élimination des droits de douane sur les produits industriels et sur l'évaluation de la conformité, comme proposé par le mandat de l'Union européenne, et étendre progressivement le périmètre si les discussions aboutissent, pourrait être un bon début pour reconstruire la confiance. 

Pour autant, la politique commerciale dépasse aujourd’hui largement la seule question des accords de libre-échange et traduit en réalité des enjeux technologiques, écologiques et de souveraineté. Le dialogue transatlantique doit s’établir autour d’efforts communs pour construire un véritable partenariat géoéconomique. Celui-ci est nécessaire pour s’attaquer aux problèmes systémiques et façonner un système commercial mondial dans lequel les services, en particulier les services numériques, supplantent progressivement en valeur les flux de produits manufacturés. 

La relation commerciale entre les États-Unis et l’Union européenne, forte de 1 000 milliards de dollars par an d’échanges bilatéraux, reste le pilier de l’économie mondiale.

Les sujets d’intérêt commun sont nombreux, à commencer par la montée en puissance de la Chine qui, tout en étant un partenaire commercial majeur des États-Unis et de l’Union européenne, est un concurrent économique, un rival systémique et un perturbateur technologique qui ne respecte pas les règles internationales. Le contrôle des investissements étrangers et des exportations, le commerce numérique et les enjeux technologiques autour de la cybersécurité, la confidentialité des données, la 5G, l'intelligence artificielle, la lutte contre le changement climatique et la sécurité des chaînes d'approvisionnement sont autant de sujets d’ambitions communes où un dialogue et une coopération, notamment réglementaires, seront essentiels.

Plutôt que de s’enferrer dans une négociation ardue sur des standards agricoles, les États Unis et l’Union européenne gagneraient à consacrer leur énergie à des domaines stratégiques, pour lesquels les standards sont encore naissants.

Relancer les relations commerciales transatlantiques implique également d’avoir un dialogue franc au sujet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’ordre commercial mondial est actuellement déséquilibré, au profit de la Chine. Les règles de l’OMC sont en décalage avec la réalité des échanges commerciaux d’aujourd’hui. Il est essentiel de les actualiser mais aussi de surmonter l’impasse dans laquelle se trouve le système de règlement des différends ainsi que de renforcer le rôle de surveillance de l’OMC. L'Union européenne et les États-Unis ont façonné ce système commercial mondial pendant des décennies. Tous deux font dans l’ensemble le même diagnostic, même s’ils divergent sur les remèdes : une refonte en profondeur de l'OMC est désormais fondamentale pour rétablir une concurrence commerciale mondiale équitable. Seule une coopération forte entre les États-Unis et l'Union européenne la rendra possible. 

Retrouver confiance dans la relation transatlantique est un premier pas indispensable. C’est toutefois en abordant sans naïveté l’administration Biden que les Européens pourront bâtir, au-delà d’un simple accord de libre-échange, un partenariat géoéconomique durable.

 

Copyright : OHANNES EISELE / AFP

 

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