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Salaire minimum en Allemagne : quel impact ?

BLOG - 13 Juillet 2016


Plusieurs économies développées ont pris la décision d'augmenter le montant du salaire minimum obligatoire. C'est le cas du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'État de New-York ou de la Californie. Si cette mesure vise à améliorer le pouvoir d'achat et ainsi stimuler la consommation, son impact sur la croissance et la compétitivité diffère selon les cas de figure.


A compter du 1er janvier 2017, le salaire minimum allemand passera de 8,50 euros bruts de l'heure à 8,84 euros. Après le Royaume-Uni, où le salaire minimum (National Living Wage) était passé de 9,20 euros à 9,67 euros le 1er avril dernier, c'est donc au tour de Berlin de revoir à la hausse la rémunération minimale des plus bas salaires.

Nous avons récemment analysé les réformes de flexibilisation des marchés du travail menées en Allemagne au cours des années 2000. Un an après, nous revenions sur la mise en place en janvier 2015 d’un salaire minimum et constations que son impact sur le taux de chômage semblait être nul.

A la différence de la France, où un salaire minimum existe depuis 1950, l’Allemagne ne disposait jusqu’ici d’aucun salaire minimum légal. En effet, le dialogue social allemand privilégie traditionnellement les conventions collectives et les accords d’entreprises, lesquelles fixaient parfois des salaires minimaux pour les salariés concernés.

La loi portant création d’un salaire minimum votée par le Bundestag en 2014 prévoit une revalorisation du salaire tous les deux ans par une commission spécialisée où siège des représentants des partenaires sociaux ainsi que deux conseillers scientifiques. C’est cette commission qui a décidé l’augmentation qui sera applicable à partir du 1er janvier 2017 et qui se base sur l’augmentation moyenne des rémunérations dans les conventions collectives entre janvier 2015 et juin 2016.

Outre la question des conséquences économiques de l’introduction d’un salaire minimum légal en Allemagne, la question s’est récemment posée de savoir si cette mesure ne freinait pas l’intégration des réfugiés sur le marché du travail allemand. 

Premiers bilans de l’instauration d’un salaire minimum en Allemagne
 
L’Office fédéral des statistiques allemand a réalisé une première analyse de l’impact du salaire minimum quatre mois après sa mise en place. Il concernait alors près de 1,9 million de salariés dont 61 % de femmes.
 
De plus, ces emplois ont rendu le statut de "minijobs" moins attractif. Ce type d’emploi, dont le salaire est limité à 450 euros par mois et dont les salariés ne cotisent ni pour la retraite ni pour l’assurance-chômage, avait ainsi diminué de 3,5 % au cours du premier semestre 2015.
 
D’un point de vue macroéconomique, le salaire minimum n’a pas eu d’impact négatif sur le PIB allemand. Sa croissance était de 1,6 % en 2014 et s’est maintenue à 1,5 % en 2016
 
Un an après sa mise en place, le think tank allemand WSI Institute of Economic and Social Research a publié une étude approfondie sur son impact économique. Au cours de cette année, le taux d’emploi a continué à augmenter, contrairement aux nombreuses prévisions économiques avancées durant le débat qui précédait le vote de la loi. Alors que l’Insee prévoit un taux de chômage de 9,6 % pour la fin 2016 en France, il n’était que de 6,1 % en Allemagne en juin.

Un frein à l’intégration des demandeurs d’asile ?
 
L’arrivée d’un très grand nombre de migrants en Allemagne au cours des mois passés a rouvert le débat sur l’efficacité du salaire minimum. Certains dirigeants de la CDU, parti chrétien démocrate actuellement au pouvoir au sein de la coalition CDU/CSU-SPD, ont proposé d’exclure les demandeurs d’asile du champ d'application du salaire minimum légal afin de faciliter leur intégration sur le marché du travail.
 
Le SPD s’est fermement opposé à cette proposition qui aurait selon lui pour conséquence de créer une concurrence déloyale entre les différentes catégories de chômeurs.
 
Le 16 avril 2016, les différents partis membres de la coalition au pouvoir sont tombés d’accord pour suspendre pendant trois ans l’obligation qui était faite à tout recruteur de vérifier qu’aucun Allemand ou Européen ne soit susceptible d’être intéressé par un poste avant de recruter un réfugié pour celui-ci. L’accord prévoit également la création de 100 000 emplois, dont la plupart correspondent à des travaux d’intérêt général, rémunérés 1 euro de l’heure et réservés aux demandeurs d’asile. En contrepartie de ces nouveaux droits, les bénéficiaires devront accepter de résider dans les localités désignées par l’État.


Pour aller plus loin :
Augmentation du salaire minimum au Royaume-Uni : décryptage

Etat de New York, Californie : le pari du salaire minimum à 15 $


 

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