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Exemple : Education, Europe, Santé

Où en est la compétitivité de la France ?

BLOG - 23 Avril 2012

Tribune de Claude Bébéar, président de l'Institut Montaigne parue dans "l'ENA hors les murs" de mars 2012.

La dégradation de la compétitivité de la France dure depuis plus de 10 ans. Les risques de la voir dépassée et affaiblie dans le concert des grandes économies européennes sont réels.

Malgré cela, la France demeure un pays à fort potentiel au sein d’une économie mondialisée et dispose d’atouts indéniables. L’exemple allemand devrait nous inciter à agir en nous montrant que les réformes de structure paient. Il est encore possible de concilier, en Europe, compétitivité et cohésion sociale.

Des trésors de compétitivité à valoriser

La France est la cinquième puissance commerciale mondiale. Sa richesse, sa qualité de vie, sa situation géographique exceptionnelle sont des atouts indéniables. Notre pays affiche une croissance démographique saine, une des meilleures en Europe. La productivité de sa main d’œuvre est parmi les plus élevées au monde et dépasse celle de l’Allemagne. La qualité de son savoir technique et de certaines de ses formations supérieures est reconnue internationalement. Son infrastructure est classée au quatrième rang mondial par le Forum Economique Mondial.  Les grands groupes français occupent bien souvent des positions de leader et, dans chaque métier, on trouve un champion français au rang des cinq meilleurs. Plus d’une trentaine d’entreprises françaises figurent parmi les cinq cents plus grandes multinationales du monde, soit plus qu’en Allemagne ou au Royaume Uni. Certaines entreprises françaises de taille intermédiaire ont également pris le chemin de la mondialisation et s’en portent très bien, que ce soit dans l’industrie, les cosmétiques ou le luxe.

Les manifestations d’une compétitivité en déclin

Ces atouts incontestables contrastent avec la perte de vitesse de notre économie. Entre 2002 et 2010, la balance commerciale de la France est passée d’un solde excédentaire à un déficit de plus de 64 milliards d’euros. La délocalisation de la production à l'étranger pour les plus grandes entreprises et la difficulté des PME à grandir et à prendre le relais expliquent en partie cette baisse. La perte de compétitivité de notre pays se traduit également par un taux de chômage qui frise les 10 %. Le taux d’activité stagne et est de six points inférieur à celui de l’Allemagne (76,6 % en 2010 en Allemagne contre 70,6 % en France). Le taux de chômage des jeunes frôle les 22 % tandis que celui de l’Allemagne est parmi les plus faibles au monde. 

Depuis 1974 les budgets de nos gouvernements n’ont pas été une seule année en équilibre. Les dépenses de l’Etat ont atteint plus de 56% de notre PIB, mais nos recettes, malgré un taux de prélèvement parmi les plus élevés en Europe, ne suivent pas. Le déficit structurel de notre budget a atteint un niveau record de 4,9% en 2010.

Quatre priorités s’imposent pour renforcer la compétitivité de la France : premièrement, il est nécessaire d’assainir nos finances publiques et de réorienter de manière décisive la fiscalité ; deuxièmement, les petites et moyennes entreprises françaises doivent se voir offrir de meilleures conditions pour se tourner vers l’innovation, accroître leur productivité, et surtout atteindre une taille suffisante pour pouvoir exporter ; troisièmement, la France devra se remettre au travail et la courbe du chômage, notamment des jeunes et des seniors, doit être inversée. Enfin, une réforme de l’école et la poursuite de celle des universités de l’université devront contribuer à faire éclore une économie du savoir plus entrepreneuriale, plus innovante et plus équitable.

Redresser les finances publiques et mettre en place une fiscalité au service de la "social-compétitivité"

Le déséquilibre des finances publiques et l’endettement de la France sont des freins considérables à la croissance de son économie. Le redressement budgétaire est urgent et passera par une réduction ciblée des dépenses de l’Etat afin de dégager de nouvelles marges de manœuvre. Si la France bénéficie encore de conditions raisonnables pour accéder aux marchés de capitaux, cela ne suffit plus à calmer les craintes liées aux conséquences d’une dégradation de la signature de l’État et à un éventuel emballement du coût de la dette française. Dans un contexte de tensions croissantes sur les marchés, l’Institut Montaigne propose  d’introduire des "Bons d’épargne", titres perpétuels et négociables, souscrits par des résidents et qui permettraient de redomestiquer une partie de notre dette publique.

La France a connu une forte perte de compétitivité dans la période récente, notamment par rapport à l’Allemagne. Ce décrochage s’explique en grande partie par la dérive des coûts salariaux français au regard de l’Allemagne (+20% sur 10 ans). Notre système fiscal devrait être soumis à un "choc de productivité", qui diminuerait la taxation du travail, taxerait davantage les assiettes fiscales non mobiles et réduirait les freins fiscaux à l’innovation et à la création d’emplois par les entreprises.

La hausse de la TVA de 1,6 point, annoncée très récemment pour alléger les charges sur les salaires, est un pas dans la bonne direction. Pour avoir un effet réel sur l’emploi et la compétitivité, les transferts pourraient être encore plus importants. On pourrait envisager une "TVA-compétitivité" s’élevant à 23% en contrepartie d’un allégement massif des charges patronales à vocation universelle comme les cotisations familles ainsi qu’un allègement général des taxes sur le cycle de production. Ce seraient alors près de 30 milliards d’euros de prélèvements qui pourraient être transférés. En outre, notre système de santé est le plus cher au monde après celui des Etats-Unis. Afin d’alléger le poids des charges sur les entreprises, pourquoi ne pas envisager de financer la santé à travers un mécanisme assurantiel assorti d’un financement  par l’impôt - CSG ou TVA- de la part des dépenses de santé qui relèvent de la solidarité nationale ?

Cultiver la croissance de nos PME

Sur les 2,8 millions d’emplois créés en France ces 20 dernières années, 2,3 millions l’ont été par des PME. Elles constituent un levier indispensable de la compétitivité dans notre pays. Pourtant, la France peine à faire émerger des PME de taille internationale, comparables à leurs concurrentes allemandes ou britanniques.
Des blocages d’ordre financier, administratif et culturel existent qui empêchent le développement de nos petites et moyennes entreprises. L’environnement législatif et fiscal, d’une complexité décourageante, devrait être simplifié pour elles.

Les grandes entreprises françaises ont un rôle important à jouer, notamment lorsqu’elles sont à la recherche d’innovations technologiques. En France, les relations entre PME et grands groupes sont vécues le plus souvent selon un rapport de forces déséquilibré entre "fournisseurs" et "donneurs d’ordre". A cet égard, les délais de paiement sont emblématiques du poids que les donneurs d’ordre font peser sur leurs sous-traitants. A l’instar de ce qui se fait Outre-Rhin, les grandes entreprises françaises devraient développer à une plus grande échelle des fonds de capital-risque destinés aux PME, et  inclure leurs partenaires PME dans leurs stratégies de développement et d’investissements à l’international.

Inverser la courbe du chômage

Les performances de nos voisins qui ont gagné le pari de la compétitivité allient à la fois taux d’activité élevés - surtout chez les jeunes et les seniors - et taux de chômage bas, tout en offrant des revenus attractifs. En France, 80 % des emplois sont occupés par la population des 25-55 ans. Le taux d’emploi des seniors a fait des progrès mais reste faible. L’effort doit être poursuivi, notamment à travers une réforme systémique des retraites permettant à chacun de prendre sa retraite quand il l’entend. Le cumul emploi-retraite devrait être encouragé. Les jeunes peu qualifiés devront aussi être mieux intégrés dans la vie économique. Des efforts de suivi, d’orientation et de réintégration des jeunes décrocheurs vers des formations qualifiantes devront être effectués. 

La dualité existante sur le marché du travail entre CDD et CDI, la complexité du droit et la rigidité des contrats proposés n’est pas pour favoriser l’emploi. Pour donner plus de souplesse au marché du travail, l’Institut Montaigne a proposé de supprimer les contrats à durée déterminée et de généraliser le CDI en assouplissant ses conditions de rupture. Ceci peut se faire en maintenant un lien social de qualité. Des relations sociales plus performantes et pacifiées en Allemagne ont permis aux entreprises comme aux employés de négocier les impératifs parfois contradictoires de compétitivité, de maintien dans l’emploi et de salaires. Les résultats en Allemagne après des années de réformes et restructurations sont probants. Le taux de chômage y est bas, les entreprises allemandes en bonne santé, le lien social dans les entreprises est maintenu.

Réforme de l’enseignement à tous les niveaux

La compétitivité de notre économie est étroitement liée à la réussite scolaire de nos enfants. Le chômage structurel que connaît notre économie depuis un quart de siècle est en grande partie le résultat de l’échec scolaire massif que produit notre système éducatif. Pour renforcer la compétitivité et la cohésion sociale de notre pays, l’école primaire doit être réformée et la lutte contre l’illettrisme doit devenir une priorité nationale. Les performances de nos élèves en matière de lecture et de mathématiques sont à la traîne des autres pays avancés de l’OCDE. Confrontée à un défi similaire, l’Allemagne a réussi à améliorer ses performances. Nous pouvons en faire autant. La lutte contre l’illettrisme et la prévention de l’échec scolaire doit commencer très tôt, dès la maternelle et la petite enfance. Plusieurs programmes de recherche ont prouvé qu’il est possible d’améliorer rapidement et très significativement les performances en lecture et mathématiques en utilisant les bonnes méthodes chez les jeunes enfants à partir de deux ans. Expérimenter ces programmes de lutte contre l’échec scolaire à grande échelle est l’ambition de l’association "Agir pour l’école" créée en décembre 2010.

Les réformes de l’université entamées récemment doivent être poursuivies et approfondies. La plus grande autonomie accordée aux universités en 2010 et les investissements d’avenir visant à créer des pôles d’excellence au sein du système universitaire français sont un grand pas dans la bonne direction. Mais ces initiatives doivent être évaluées et suivies de près. Les rapprochements entre le monde économique et le monde des universités doivent être systématisés pour favoriser l’innovation et améliorer la situation financière des universités, gage de leur autonomie réelle. En particulier, les étudiants devraient être encouragés à créer leurs propres entreprises et start-up en favorisant les incubateurs d’entreprises autour de pôles universitaires, où se rencontrent investisseurs, petites et moyennes entreprises, et grands groupes.

Le redressement de la compétitivité française exige un effort national où pouvoirs publics et entreprises doivent prendre leur part. Seul un redressement de sa compétitivité permettra à notre pays de maintenir sa place dans le concert des nations et d’assurer sa cohésion sociale.

Aller plus loin :

- Une fiscalité au service de la "social compétitivité", rapport - mars 2012
- Financement des entreprises : propositions pour la présidentielle, rapport - mars 2012
- Vaincre l'échec à l'école primaire, rapport - avril 2010

 

Commentaires
lun 23/04/2012 - 20:55 Par Nadine(51)

"un think tank dépourvu de toute attache partisane"... c'est une blague ?


mer 25/04/2012 - 16:04 Par Institut Montaigne

Bonjour Nadine,
L’Institut Montaigne est indépendant de tout parti politique comme de toute organisation syndicale. Notre institut travaille depuis dix ans à la formulation de propositions d’intérêt général, conçues dans un souci constant d’indépendance et de neutralité. Cette exigence se manifeste notamment à travers notre comité directeur, composé de personnalités de sensibilités politiques diverses, ainsi que par la composition équilibrée de ses groupes de travail. De plus, nos événements donnent systématiquement lieu à des débats contradictoires.
Ce souci de neutralité s’est manifesté à de nombreuses reprises, par exemple lors de notre refus de participer au "conseil des Think tanks" de l’UMP en 2011. De la même façon, nous aurions refusé de participer à une entreprise similaire émanant d’un autre parti politique. Notre vocation en effet est de rencontrer, d’échanger et de convaincre des décideurs politiques de tout bord.
Nos travaux miroitent bien cette volonté bipartisane, comme en témoigne encore notre récent travail sur la fiscalité, "Pour une fiscalité au service de la social-compétivité", fruit d’un groupe de travail comportant des personnalités proches de la gauche et de la droite.


ven 06/07/2012 - 13:08 Par Monrdhil

Si l'Institut Montaigne est effectivement non partisan (au sens de rattachement à un parti), il n'en est pas moins partisan (au sens ayant un parti pris) avec une orientation libérale.
C'est du moins ce qui semble sortir de nombreux de ses travaux.


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