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Universités : au-delà du grand emprunt, se poser les bonnes questions

ARTICLES - 27 Avril 2011


Article publié dans La Tribune du 21 avril 2011

Au milieu des années 1990, mes études supérieures à l'université m'ont permis de croiser la route d'enseignants exceptionnels et généreux qui travaillaient, comme leurs étudiants, dans le plus profond dénuement - encore ignorai-je alors la modestie de leur rémunération !

Des amphithéâtres vétustes et surchargés, des bibliothèques dont le fonds n'avait jamais été renouvelé, pas de bureaux ni de lieux de sociabilité... Une université refermée sur elle-même, sans conseil d'insertion professionnelle, ni stratégie d'intégration internationale. On dissuadait alors, implicitement ou explicitement, les étudiants de partir à l'étranger, même avec Erasmus. Enfin, un encadrement pédagogique ramené à sa plus simple expression. Difficile donc d'entretenir un lien fort et durable avec cette Alma Mater. Je me souviens d'une université pauvre mais digne, irréformable mais presque fière de l'être.

Depuis, la contractualisation entre les universités et l'État, le relais financier pris par les collectivités locales pour la réhabilitation des campus et la réforme Licence-Master-Doctorat de 1998 ont contribué à transformer le paysage universitaire. La loi d'août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités, le plan Campus ainsi que les investissements d'avenir (22 milliards d'euros pour l'enseignement supérieur et la recherche) constituent un véritable bouleversement, une opportunité à saisir.

Les jurys internationaux du Commissariat général à l'investissement viennent de révéler aux Français un paysage universitaire dont on peut légitimement être fier : 7 projets présélectionnés au titre des initiatives d'excellence, 100 laboratoires d'excellence, 52 projets d'équipement d'excellence, 6 projets d'instituts hospitalo-universitaires de classe mondiale... Ne boudons pas notre plaisir et soulignons en outre que l'Île-de-France ne monopolise pas ces moyens exceptionnels.

Bien sûr certaines universités sont déçues et certains auraient souhaité que le grand emprunt soit avant tout un outil d'aménagement du territoire. Le pari doit être autre : un système d'enseignement supérieur et de recherche tiré par des champions nationaux de taille européenne et de rang mondial. Articulés à la nécessaire autonomie des universités, ces choix forts doivent être assumés et donner lieu à une évaluation très rigoureuse. Tous ceux qui croient en l'avenir de l'université française vont devoir faire preuve de pédagogie vis-à-vis des décideurs politiques. D'abord, la majorité parlementaire qui a accompagné le mouvement de transformation de notre enseignement supérieur pourra estimer que d'autres enjeux méritent aujourd'hui attention. Ensuite, du côté de l'opposition, on pourra être tenté de revenir sur les acquis de l'autonomie, comme sur la pratique récente de concentration des moyens nouveaux sur des pôles d'excellence.

Enfin, la préférence de nombreux dirigeants politiques pour le court terme risque d'entretenir une forme d'impatience quant aux résultats des réformes et des moyens engagés.

Trois questions méritent d'être adressées aux futurs candidats à l'élection présidentielle. La première : vont-ils pérenniser et optimiser le cadre législatif de l'autonomie ? La seconde : vont-ils placer définitivement les leviers de notre politique publique universitaire entre les mains de nos universités suivant un triptyque bien connu "incitation, expérimentation et évaluation" ? La troisième : vont-ils poser les bonnes questions ? Comment améliorer la qualité de vie, de travail et l'orientation des étudiants ? Comment faire progresser l'insertion professionnelle ? Comment renforcer le potentiel international de nos universités ? Comment intégrer davantage encore recherche et enseignement ? Comment adapter la gouvernance à ces objectifs ambitieux ? Pourra-t-on relever ces défis à moyens constants et grâce au seul financement public ?

Enfin, l'État acceptera-t-il que les solutions à ces interrogations viennent pour une large part de nos universités elles-mêmes, enfin devenues adultes ? Au fond, aura-t-il définitivement accepté l'autonomie de nos universités ?

- Enseignement supérieur : toutes les propositions de l'Institut Montaigne

 

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