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Exemple : Education, Europe, Santé

La tentation protectionniste

BLOG - 16 Février 2009

La crise du capitalisme mondialisé, qui a touché l’immobilier à partir de 2006 avant de s’élargir au crédit en 2007, à la finance en 2008 puis à l’économie en 2009, obéit à une dynamique déflationniste qui génère de puissantes pressions protectionnistes.

Sur le plan économique, la violente contraction de l’activité et de l’emploi provoque un fort repli des échanges internationaux (-2,5% en 2008), tandis que la priorité légitime accordée au sauvetage des banques débouche sur une nationalisation de fait du crédit. Sur le plan politique, le recours à la garantie du contribuable a pour corollaire des contreparties destinées à favoriser les entreprises et les emplois nationaux. Sur le plan social, la déflation lamine les classes moyennes et enracine un chômage de masse, déstabilisant les nations libres. Le protectionnisme s’affirme ainsi comme la déclinaison économique du nationalisme.

L’implosion de la mondialisation provoque une renationalisation de l’activité et des politiques économiques, dont le protectionnisme est la première manifestation : clause de Buy American sur l’acier envisagée dans le cadre du plan de relance de l’administration Obama aux Etats-Unis ; baisse de la TVA à l’export en Inde ; taxes sur les voitures importées en Russie ; interdiction des jouets chinois pour six mois en Chine ; projet d’autorisation préalable pour les importations au Brésil ; grèves dans les raffineries autour du slogan « Des emplois anglais pour les travailleurs anglais » au Royaume-Uni ; campagne hostile aux travailleurs issus d’Europe centrale en Irlande ; plan automobile liant les prêts bonifiés à hauteur de 6,5 milliards d’euros au maintien de la production et de l’emploi sur le territoire national en France.

Or le protectionnisme n’est nullement un remède mais une affection opportuniste qui aggrave la récession. La crise des années 1930 en a apporté la démonstration, qui vit la généralisation des mesures de protection à la suite du vote du tarif Smoot-Hawley aux Etats-Unis en 1930. S'en suivirent des dévaluations compétitives après l’échec de la conférence de Londres en 1933, lesquelles provoquèrent un effondrement de 75% des échanges mondiaux entre 1929 et 1938, contribuant à transformer la déflation en grande dépression. Le protectionnisme accélère de fait la baisse de l’activité en entraînant la désintégration du commerce international par le jeu des mesures de représailles. Il pèse négativement sur le pourvoir d’achat en raison de la hausse des prix des produits et des services protégés. Il exacerbe le nationalisme et les conflits internationaux. En Europe, il constitue une menace directe pour les deux grands acquis de l’Union, le grand marché et la monnaie unique.

La théorie comme l’histoire économiques soulignent que la lutte contre le protectionnisme et la coordination des politiques de relance sont déterminantes pour casser la dynamique de la déflation par la dette. C’est pourquoi, il est très important que le G20, le 15 novembre à New York, puis le G7, le 15 février à Rome, aient condamné sans ambiguïté le protectionnisme. Il faut désormais que les actes suivent les mots. Car la forme première du protectionnisme est à chercher dans la dévaluation compétitive, qui se généralise depuis les pays émergents jusqu’au Royaume-Uni. Voilà pourquoi il est vital de parvenir à nouer, dans le cadre du G20, une négociation entre les grands pôles de l’économie mondiale liant la préservation du libre-échange dans le cadre du cycle de Doha, la définition d’un ordre monétaire, l’adoption de principe et de règles communs en matière de protection de l’environnement.

 

Commentaires
sam 28/02/2009 - 16:49 Par Barescut

Il n'y a pas besoin de savantes théories économiques pour comprendre que la liberté du commerce est un facteur d'enrichisement. Si je produit un bien mieux (au sens que cela me demandera moins d'efforts qu'à lui) que mon voisin et si lui en produit un autre mieux que moi, on a tout interet à faire des échanges. Pour la même quantité produite cela nous libérera du temps que l'on pourra consacrer à produire autre chose en plus. Rien n'empeche cependant (cf les amish) de vouloir protéger un mode de vie particulier et de s'interdire donc certaines pratiques génératrices de confort mais il faut savoir que le prix à payer est de décrocher considérablement par rapport aux autres pays. Si le monde faisait la folie d'éclater en petites communautés autarciques, les quelques sages décidant de maintenir des échanges prendraient une avance considérable sur les autres à la fois par leur efficacité mais aussi parce qu'ils auraient les moyens d'écrémer toutes les matières premières qui leur sont utiles.
Bien entendu, le libéralisme des échanges ne vaut qu'avec ceux qui jouent le jeu (pas de dumping pour remporter des marchés, suivi ensuite d'une forte augmentation quand il n'y a plus de concurrents) et avec ceux pour lesquels il n'y a apas de problèmes "moraux" (quasi esclavagisme, utilisation des bénéfices pour surarmer le pays...). Le commerce est un enrichissement mutuel, mieux vaut le réserver à ceux qui partagent nos valeurs fondamentales (ou qui sont au moins sur la bonne voie).
Le protectionnisme est une erreur absolue qui fait forcément décrocher celui qui le pratique. Si par exemple on essaie de protéger notre industrie automobile, le résultat évident est qu'il faudra payer nos automobiles plus cher et qu'elles perdront définitivement toute chance d'être vendues sur les marchés mondiaux. Les répercussions s'enchainent alors : moins de recettes, moins de possibilités d'importer le nécessaire (pétrole...), en bref, déclin inéluctable.


jeu 02/04/2009 - 17:34 Par L'indépendant

Il est évident que le libre-échangisme mondial (qui découle de l'ultra-libéralisme), par la concurrence étrangère et les délocalisations d'entreprises qu'il entraîne, détruit notre économie et nos emplois. Il est grand temps d'en revenir au bon sens protectionniste et d'en finir avec le politiquement correct mondialiste, n'en déplaise aux tenants de la pensée unique !


dim 25/10/2009 - 19:21 Par Bonnot

Bonjour Mr Baverez :
Je vous ecrit sous pseudo afin de me couvrir un peu...
Je souscris assez globalement à vos positions depuis "La France qui tombe" à ce billet sur les méfaits du protectionnisme...
Mon interrogation porte sur la gue-guerre des changes qui sévit ces temps-ci entre Yuan-Chinois et Dollar-Américain : Quelle est là notre marge de manoeuvre à nous européens ?
Serait-il opportun de changer les règles de fonctionnement de la BCE en lui imposant non seulement de lutter contre l'inflation mais aussi de soutenir la croissance ? (je pense par ex. à un tx plafond d'inflation à 2% conjointement à un tx plancher de croissance à 3% en Euroland voilà qui forcerait un peu Mr Trichet à véritablement travailler)
Bien évidement ce "petit" changement nous imposerait un Maastricht-2, donc un nvx traité européen et la consultation +/- directe de 350 Millions d'Européens !

Question bis suite à votre position ci-dessus sur la dette ; que pensez vous donc du grand emprunt souhaité par notre Président ?

Je n'attends pas de votre part une réponse directe et personnelle à mon adresse mail
Un simple article dans vos vecteurs de comm. usuels ou sur ce site sera tt à fait suffisant...

Salutations distinguées

BONNOT


lun 02/11/2009 - 12:36 Par Nicolas Baverez

Le système monétaire international est malheureusement l'angle mort du G20. Contrairement à Bretton Woods, les questions monétaires ont été pour l'heure tenues hors des discussions. Elles sont cependant décisives en raison du rôle des déséquilibres des changes dans la crise du modèle de la mondialisation : dollar en situation de monopole miné par le laxisme de la politique monétaire et par le double déficit public et commercial ; yuan renminbi inconvertible alors que la Chine est désormais la seconde économie et le premier exportateur mondial ; surévaluation endémique de l'euro. Par ailleurs, les dévaluations compétitives représentent aujourd'hui la forme la plus efficace et la plus marquée de protectionnisme. Enfin, les négociations économiques clés du XXIème siècle se noueront autour du lien entre les monnaies, le commerce et l'environnement.

Le dollar devrait continuer à voir s'éroder sa valeur et son monopole de monnaie de réserve international sans pour autant s'effondrer. D'abord parce que la Chine continue à avoir intérêt à soutenir le dollar pour préserver ses débouchés à l'exportation et pour maintenir la sous-évaluation du yuan. Ensuite parce qu'il n'existe pas pour l'heure de substitut, les Etats-Unis, en dépit de leur affaiblissement, restant les seuls à disposer d'un potentiel de croissance, d'un Etat de droit et d'une réassurance stratégique indispensables pour prétendre au statut de monnaie internationale.

Dans ce contexte, l'euro a tout pour devenir la variable d'ajustement de la sortie de crise, l'Euroland payant la surévaluation de sa monnaie d'un enlisement dans une stagdéflation à la japonaise et un chômage de masse. Dans l'idéal, il est certain que le mandat de la BCE devrait être élargi au-delà de la seule stabilité monétaire, mais ceci suppose une révision du traité de Maastricht ; or celle-ci, à la lumière des avatars du traité de Lisbonne, est exclue. Il reste cependant possible, dans le cadre juridique existant, d'adopter une politique monétaire plus réactive et en phase avec l'évolution de l'économie réelle : taux zéro ; assouplissement quantitatif. De même, les régles de fonctionnement de la BCE devraient être modifiées afin d'imposer un principe de transparence avec la publication des comptes rendus des comités de politique monétaire. Enfin, l'institutionalisation d'un gouvernement économique européen - dans la continuité de la réunion du 12 octobre 2008 à Paris et à l'exemple du processus utilisé pour le G20 - permettrait d'offrir une réassurance politique à l'euro tout en créant un contre-pouvoir effectif face à la BCE.

En ce qui concerne l'emprunt, veuillez trouver ci-dessous deux articles publiés dans les colonnes du Point en juin et en octobre derniers.

>> "Emprunter plus pour dépenser plus"
>> "La République des déficits"


mar 03/11/2009 - 14:21 Par Barescut

La mondialisation ou son opposé qu'est le protectionnisme sont des alibis commode pour éviter de regarder en face nos propres faiblesses. Si nos malheurs ne venaient que de l'ouverture des frontières, il suffirait effectivement de les fermer pour revenir à l'état précédent. Mais cet état précédent n'est il pas idéalisé ? Qui se contenterait (chez nous !) du niveau de vie que nous avions il y a 50 ans ? Il est puéril de penser qu'il suffirait de quelques manipulations magiques sur les outils financiers internationaux pour atteindre le paradis. La vérité est simplement que l'augmentation de la productivité (dans les pays européens) n'a jamais cessé mais que nous en affectons une part significative à la réduction du travail et une part encore plus grande à l'alimentation de structures parasitaires de plus en plus nombreuses (réglementation foisonnante et peu justifiée, armées de fonctionnaires pour la faire respecter...), le bilan étant sans doute négatif ! le résultat est la panne générale de nos sociétés. Peu importe les accidents conjoncturels que nous qualifions de crise, le vrai problème est la tendance de fonds qui est malheureusement favorable aux "parasites" et défavorable aux entreprenneurs créateurs primaires de richesse.


mar 17/11/2009 - 16:38 Par BONNOT

Massivement d'accord avec vous Barescut : je propose d'ailleurs ci après, à qui voudra bien le lire, mon modèle pour sortir de notre hydroencephalite de machin parapublics :
1 - dans tous les domaines où nous visons de sortir de notre "modèle", il nous faut créer une autorité de régulation la + indépendante possible ; c'es tun peu ce qui a été fait avec l'ARCEP et l'Autorité de régulation de l'Energie...
2 - nos concessionnements vers le marché de ces pans entiers de notre sphère poarapublique devront se faire sur base d'un contrat de concession qui, lui, garantira l'intéret général et fixera des objectifs de résultats mesurables et mesurés par l'Autorité de régulation concernée. En cas de non respect de ces critères contractuels, l'opérateur en question sera lourdement pénalisé FINANCIEREMENT (Cf : cas des groupes de téléphonie qui se sont mangés 500M€ de pénalité par la DGCCRF pour entente anticoncurrentielle illégale sur les prix...)
Le meilleur contrexemple que je puisse donner simplement dans l'instant est celui de l'externalisation du Rail Britannique par J.Major fin des années 80... ce retour au marché est unanimement critiqué parceque British Rail ferait des impasses sur la sécurité de son réseau histoire de dépenser moins et de contenir ainsi ses coûts... : NON : British Rail ne se concentre pas assez sur la sécurité par ce qu'il n'en n'est pas PENALISE :
rerédiger son contrat de concession en rajoutant que chaque mort sur le rail c'est 100 M€ de pénalisation et le rail britannique va devenir plus sur que le rail français !!!

De plus, Il faudra penser à inclure dans les contrats de concession des clauses tarifaires précises dans la durée ( sur la durée de la concession par ex : hausse des tarifs inférieurs à 2%/an...)
De plus, il faudra mettre en place une tarification "sociale" : par ex : parlons des concessions de distribution d'eau (unanimement critiquées auj'hui, elles ont surtout servi de vache à lait aux partis politiques depuis 30 ans...) un RMiste paye son eau au même prix qu'un cadre sup ; on pourrait très bien immaginer une grille tarifaire avec un coût du m3 d'eau variant de 50cts à 5 ou 6 €/m3 en fonction des revenus...

De plus les concessions seraient attribuées par un processus de type appels d'offre u Code des Marchés Publics ; donc c'est le mieux disant qui serait systématiquement choisi lors du renouvellement des concessions (tous les 5 ou 10 ans)
Dans le cas de métiers où les investissements en infrastructures sont peu ou pas rentabilisables en moins de 10 ans, on peut très bien immaginer des clauses de reversibilité/transférabilité lors de la remise aux enchères de la concession à son terme...

Je souhaiterai développer un exemple particulier qui va faire hurler toutes nos bonnes consciences de gauche :
Concessionnons vers des acteurs du marché(que je dénommerai ci-après Entreprises d'enseignement),l'Education Nationale :
Dans une approche pragmatique on pourrait partir sur une entreprise par établissement mais ce n'est pa une obligation, il pourrait y avoir des "consortiums" ou des "regroupements" d'acteurs, ça n'est pas génant.
Les programmes scolaires et les examens seraient contrôlés par la puissance publiquer et son agence de régulation ( l'équivalent en + dynamique de l'Inspection de l'Education Nationale) avec qq. petites variantes :
cette acteur de la régulation aura autorité pour CASSER une concession si les clauses régissant la concession ne sont pas respectées ( disons au bout de 2 ou 3 visites ; comme le feraient les DRIRE auj'hui...)
Chaque Etablissement serait payé par les parents qui recevraient de la puissance publique un "chèque éducation" (par ex. par trimestre de façon à permettre les mobilités familiales...) (chèque non encaissable pour aller le picoler évidemment !)
Les entreprises d'enseignement ( à priori de droit commun) s'installant dans des quartiers difficiles auraient des incitations fiscales ;
Les élèves handicapés auraient un chèque éducation plus elevé que les autres
parceque s'occuper d'un élève handicapé c'est plus lourds et parce qu'ainsi les entreprises d'enseignement auraient iontérêt à les courtiser car ils rapportent PLUS !
l'intérêt général et l'intérêt de l'entreprise d'enseignement deviendraient alors concourrants ( on appelle ça gagnant-gagnant dans le privé...
Les enseignants seraient des salariés de droit commun (CDI), il y aurait alors l'emergence d'une convention collective de l'enseignement et une mobilité accrue des enseignants : il y aurait un marché du prof de maths de terminale et un marché du prof d'EPS en primaire ; les bons profs étant courtisés et bien payés, comme les bons ingénieurs ou les bons commerciaux auj'hui... ; les autres aspirant à devenir bon évidemment !
voilà qui redorerait le blason de la fonction enseignante qui y retrouverait une véritable légitimité sociale.
Les parents disposant du chèque éducation choisiront naturellement l'établissement pour leur progéniture en fonction des résultats des établissements aux tests et examens publics et publiés semestriellement dans toute la presse...
Les profs auront intérêt pour valoiriser leur carrière à rejoindre un établissement prestigieux ayant de bons résultats ; les administatifs ( Dir d'ecole seront d'autenthiques Chefs d'entreprise recrutant librement leurs enseignants et répondant à un conseil d'administration quasi-classique ; En cas de faillite d'un établissement, l'autorité de régulation disposera d'un fond de secours pour éviter de jetter à la rue en cours d'année ds centaines d'élèves.
Ce fond de secours sera constitué par un dépot de garantie que déposeront toutes les entreprises d'enseignement à la signature de leur concession.

On peut ajouter que les entreprises d'enseignement pourront vendre leurs compétence à d'autres ( formation continue, rescolarisation de citoyens ayant trébuché dans leur parcours initial,...)On peut même immaginer pour les entreprises d'enseignement supérieur, une composante Recherche couplée à l'Enseignement de façon à ne pas trop perturber le schéma Enseignat chercheurd'auj'hui...
idem sur ce point, les entreprises d'enseignement pourront devenir (partiellement) des labos de Recherche et les établissements où enseignent des Prix Nobel seront naturellement très prisés, les autres moins...CDFD

Voilà en qq. lignes mon point de vue sur l'enseignement et où on voit bien que la qualité d'unservice public, c'est la contracualisation de son exécution.
Un service n'a de public que son FINANCEMENT ; son exécution appartient à quasi 100% AU MARCHE
(à l'exception de qq. niches comme les sous-marins nucléaires pour lesquels il n' y a PAS de marché)
Auj'hui un bon exemple de ce schéma, ce sont les cliniques privées : elles rendent des missions de service public mais leurs personnels ne travaillent PAS pour la puissance publique.
Et si l'une d'entre elle est défallante des règles de sécurité sanitaire : l'autorité publique (AFSAPS, Préfecture,...)se fait fort de fermer l'incompétent dans l'heure ! le client paye son écot et se fait rembourser en tt ou partie par la Sécu, c'est donc bien majoritairement de l'argent public qui finance ce service public là ! CQFD

Voilà ma perception ddu sujet que je soumets à votre sagacité collective, sans droit de propriété intellectuelle aucun, échangez les vous, appropriez les vous, et faîtes que ce pays avance sur le chemin du redressement national

@mitiés
BONNOT


lun 21/02/2011 - 13:56 Par Recherche de radicules ferroviaires à revitaliser

Créer souvent sans subvention 200 PME ferroviaires dans un gagnant-gagnant avec les Entreprises Publiques

www.yvelinesradio.com/inf...

Le service public ferroviaire a sorti la France du marasme d’après-guerre et soutenu l’esprit de conquête des 30 glorieuses. Nous avons développé les systèmes de première classe qui ont fait les choux gras de notre industrie, de nos opérateurs et de nos ingénieries à travers le monde.

Avec l’ouverture à la concurrence, la France est frappée d’un mal que les subsides publics ne suffisent plus à contrôler. Trois pathologies principales désorganisent les plans les plus prometteurs :
• L’insuffisance des financements seulement publics par rapport aux perspectives,
• Le ferroviaire comme le militaire sont les variables d’ajustement d’une trésorerie publique défaillante,
• Des outils trop performants donc trop onéreux pour servir des niches qu’on abandonne (10 % du réseau national !).
Depuis des décennies, la route confisque toute la croissance du marché. La part du ferroviaire décroît en valeur relative et même en valeur absolue.

Dès 2005, Jacques BARROT, alors commissaire européen, déplorait que « Le partenariat public-privé connaisse des difficultés en France, alors que des entreprises françaises y réussissaient parfaitement dans d’autres Etats membres.»

Aujourd’hui, 20 milliards € de grands projets sont lancés en PPP dont les ¾ dans le ferroviaire où nous commençons à tester l’Ecole française du PPP.

L’Amérique du nord, l’Allemagne et d’autres ont retrouvé l’efficacité de leur ferroviaire en favorisant la revitalisation de ces bouts de lignes, par quelques centaines de petites entreprises privées qui telles des radicules, des radicelles, des capillaires ont rabattu jusqu’à 50% d’activités supplémentaires sur les opérateurs de 1ière classe.

Ces cantonales sont l’occasion de rappeler que :
1. 1 à 3 PME de rabattement sont à créer dans chaque département pour traiter passager, fret et messagerie,
2. Ces PME fondent leur pérennité en doublant leur chiffre d’affaires « Transport » par des recettes annexes créatrices de valeurs et d’emplois,
3. Ces suppléments d’activité permettent aux Entreprises Publiques de dépasser leur point mort, retrouvant une productivité augmentée et des ressources financières pour réagir aux évolutions du marché que la route ne doit plus pouvoir confisquer aussi facilement.

Les experts voient un quadruplement de la part de marché du ferroviaire. Cela ne se fera pas sans un apport massif d’argent. Le politique en a pris conscience avec son plan SNIT et quelques 150 md€ pour le ferroviaire. Son financement peut être conforté dans cette démarche PME.

Créer ces PME répond à 4 objectifs de la France :
1. la prise de conscience que les PME constituent le gros de l’emploi,
2. l’objectif de développement durable,
3. l’usage traditionnel du ferroviaire comme levier de développement,
4. la création d’un intérêt qui confortera le SNIT en crédibilisant des augmentations d’activités capables de séduire des investisseurs et de générer des suppléments de trésorerie pour rembourser les dettes.


mar 13/04/2010 - 12:57 Par Alain Camille

Je reviens sur la discussion qui a opposé ce matin sur france Info, juste avant 9 heures, N.Baverez à Frémiaux, sur le sujet des retraites. J'ai pris l'émission sur la fin, mais suffisamment tôt pour constater qu'une fois de plus NB considérait que la situation faite aux fonctionnaires retraités était beaucoup plus favorable que celle des retraités du privé.
Alors, je lui donne un cas concret afin qu'il vérifie ses assertions.
Mon épouse et moi-même sommes aujourd'hui retraités. Nous sommes nés tous les deux en 1946 et avons obtenu notre licence en droit à la fin des années 60. Nous avons commencé nos carrières respectives à un an près à la même époque ( service militaire) et mon épouse à poursuivi sa carrière 2 ans de plus que moi. Toutefois, j'ai validé 11 trimestres d'emploi divers effectués lors de mes années d'études, alors qu'elle n'en a validé aucun au titre de cette période.
J'ai fait toute ma carrière à la DGI où j'ai terminé avec le grade de directeur divisionnaire. Dans le même temps, mon épouse faisait toute sa carrière dans la même banque française et la terminait dans une fonction de directrice des financements.
Je précise que si l'on doit apprécier le niveau de technicité et de responsabilité des deux métiers, celui du public l'emporte incontestablement.
Aujourd'hui, la retraite de mon épouse est supérieure de 60% à la mienne.
Il convient donc que N.Baverez nuance fortement son propos s'il veut demeurer crédible et qu'il appuie son argumentation sur des éléments chiffrés circonstanciés. A défaut, il rejoindrait la cohorte, hélas déjà bien fournie des simples propagandistes.


ven 30/04/2010 - 21:27 Par castelin michel

la collusion des internationalistes et des capitalistes dans la mondialisation furieuse ira jusqu'au bout ! Non pas du succès, mais de l'échec cuisant qui est réservé aux idéologies.

Vos digressions en sont, hélas, une parfaite démonstration.

Vous perdez votre temps. Renouez avec votre Histoire. Elle est ceci:

L’Histoire de la France c’est :
Brennus, Charles Martel, Jeanne D’Arc, Valmy et De Gaulle ! (ceux qui ont dit NON !)
OU BIEN :
Vercingétorix, Charles VI, les Princes de La Fronde, les émigrés de Coblence et Pétain ! (ceux qui se sont soumis, compromis, ou ont franchement collaboré).

Réglons nos pas sur les premiers...

Castelin michel


mer 05/05/2010 - 13:43 Par castelin michel

Grèce, euro, Union européenne. Souvenez-vous.
Manipulation, mensonge, morgue ou panique contenue ? Toute la plate-bande européiste verrouille la pensée unique. Traités de Maëstricht, de Lisbonne, création de l'euro ? Le terrorisme politico-intello-médiatique interdit d’évoquer le commencement de l’ombre d’un doute quelconque. Et pourtant, souvenez-vous...

Le social ? Souvenez-vous !
"Le traité de Maëstricht est le premier traité européen qui comporte un grand volet social"- M.Rocard, sept1992.
‘’Comment peut-on dire que l'Europe sera moins sociale demain qu'aujourd'hui? Alors que ce sera plus d'emplois, plus de protection sociale et moins d'exclusion..." Mme Aubry, discours à Béthune, 12sept1992. (en 2012 : quels autres sornettes et mensonges ?).
"J'aimerai convaincre chaque français que le traité d'union européenne se traduira en France par plus de croissance, plus d'emploi, plus de solidarité." M.Sapin, "Le Figaro" 20août1992.
"Pour la France, la monnaie unique, c'est la voie royale pour lutter contre le chômage", M.Sapin, sept 1992. (car, en plus, il insiste lourdement !).
"Chaque Etat conservera la maîtrise de sa politique budgétaire et fiscale, dans des limites qui ne seront pas plus étroites que celles d'aujourd'hui." M.Balladur, "Le Monde", 29avril1992. (étroite ? vous avez dit étroite ? Quelle vision !).

L’économie ? Souvenez-vous !
‘’On ne peut pas tout attendre de l’Etat. L’économie ne peut plus désormais être administrée.’’ M.Jospin- 12sept1999-FR2, plan de licenciement chez Michelin.
"Les Européens doivent apprendre à acheter leur vin en Australie ou en Californie, leur viande en Argentine ou au Mexique, leur blé en Ukraine ou aux Etats-Unis". M.Lamy, président OMC ! août 2003. (merci pour les Paysans français et vive l’écologie ! Pertes et profits : suicides).
"Ce que nous devons faire, c'est favoriser les délocalisations au sein de l'Europe". Danuta Hübner, polonaise, commissaire européen, février 2005.
"Les délocalisations sont des décisions que les entreprises peuvent et doivent prendre". M.Barroso, Président de la Commission européenne, février 2005. (avec la bénédiction de tous les gouvernements français, Gauche, Droite et syndicats confondus).

La démocratie ? Souvenez-vous !
"Il faut savoir que les pays ne peuvent plus faire ce qu'ils veulent". Pedro Solbes, espagnol, alors Commissaire européen, février 2001.
"Faire l'empire européen, tout le monde le veut !" Dominique Strauss-Kahn, juin 2004. (en 2012 : quelle autre utopie ? quel autre facétie ?).
"Ce référendum est une connerie. Nous avons fait la connerie de le demander et Jacques Chirac a fait la connerie de le convoquer". M.Strauss-Kahn, janvier 2005. (Serait-ce plus facile de dissoudre la France ? Le dire en 2012 !).
"Si la réponse est non, il faudra recommencer le vote car il faut absolument que ce soit oui !". M. Dehaene, ancien premier ministre belge, juillet 2004. (C’était sans compter l’entourloupe de M.Sarkosy et du Congrès pour trahir les Français).
"La Constitution européenne nous apportera un ministre des affaires étrangères qui nous permettra de parler d'une seule voix tout en gardant la nôtre". M.Copé, février 2005, (alors Porte-Parole du Gouvernement. Quel porte-voix !)
"Le traité de Maëstricht fait la quasi-unanimité de la classe politique. Les hommes politiques que nous avons élus sont tout de même mieux avertis que le commun des mortels !" Mme Badinter, septembre 1992.(une vraie démocrate ! rire ou pleurer ? mais elle sévit toujours et avec elle tant d’autres).

Soumission ou coopération ? Souvenez-vous !
"Pour faire l'Europe, il faut défaire un peu la France". M.Von Thadden, ancien coordinateur des relations franco-allemandes, juin 2001. (réactions de MM.Chirac et Jospin ? avachissement).

L’UE (laboratoire de la mondialisation furieuse) s’affirme toujours davantage pour ce qu’elle est : la connivence factuelle et sournoise des internationalistes et des capitalistes. Un agrégat d’idéologues. Comme M.Guiliani (fondation Schumann- Fr5-Cdans l’air- 3mai2010), ils jubilent ! certains de pouvoir imposer davantage de dictature supranationale à des populations désespérées et bâillonnées. Ils méprisent les Peuples, détruisent les Nations et neutralisent l’efficience des Etats.

Les Grecs aujourd’hui, demain beaucoup d’autres dont les Français, lobotomisés par quarante ans d’idéologies internationaliste et capitaliste, vont ré-apprendre deux réalités : la souveraineté et l’indépendance ennoblissent, responsabilisent et sanctionnent.
Elles sanctionnent- positivement ou négativement- en proportion du respect que l’on porte à ces deux valeurs universelles et salvatrices.

Castelin michel-13600 La Ciotat- 03mai2010


mer 05/05/2010 - 19:38 Par nicolas

Je suis désolé d'être un peu agressif mais la crise permet encore une fois de mettre en avant des textes publiés par des économistes, des "savants" qui n'ont rien vu venir ou rien pu prévenir et pourtant l'espace médiatique leur appartient toujours : de quel droit ? sur la base de quels résultats ? est ce encore une fois le cursus scolaire qui prévaut sur la prémonitions des analyses ? Monsieur Baverez, vous n'êtes en rien clairvoyant


mer 08/09/2010 - 12:18 Par terminet schuppon bernard

cher monsieur. sur la chine, et votre article dans le monde, vous trouverez entre parentheses des complements d'informations sur la chine actuelle.bien a vous.bernard terminet schuppon/27 annees en chine.

La Chine, deuxième grand
Le Monde, 31.08.10
Nicolas Baverez, économiste et historien
Cette année restera marquée par l'accession de la Chine au rang de deuxième puissance économique mondiale, loin derrière les Etats-Unis mais devant le Japon. Au deuxième trimestre, le PIB chinois s'est en effet élevé à 1 336 milliards de dollars (1 053 milliards d'euros) contre 1 288 milliards de dollars pour le Japon. L'écart ne manquera pas de s'amplifier avec la divergence des rythmes de croissance entre les deux géants asiatiques (10,3 % contre 0,1 %).
[NB oublie de dire est que le PNB par habitant en Chine n’est que de 4900 dollars, au niveau de l’Egypte et au 135ième rang mondial, contre 45 000 aux Etats-Unis et plus de 35 000 $ dans la plupart des pays de l’OCDE. ]
La grande crise de la mondialisation confirme son rôle d'accélérateur de l'histoire, confortant le basculement du capitalisme universel vers l'Extrême-Orient.
[C’est étrange. Les Etats-Unis restent la première source d’investissements étrangers et aussi la première destination des investissements étrangers, devant la Chine. Pourquoi alors dire que le « capitalisme universel bascule vers l’Extrême Orient » ? N’est-ce pas prématuré ? Il est vrai que l’Asie et en particulier la Chine attire beaucoup de capitaux. Mais si on rapporte ces chiffres à la population, on s’aperçoit que le rapport est au moins de 1 à 5 en faveur des Etats-Unis. ]
D'un côté, le couronnement des "trente prodigieuses" qui ont vu la Chine multiplier par 90 ( ?) sa production, avec pour symbole Shanghai, brillant de tous les feux de son Exposition universelle, et qui se prépare à succéder à Londres au XIXe siècle et New York au XXe siècle comme capitale de la mondialisation ( ?) . De l'autre, le déclin du Japon et de l'Europe, enfermés dans la déflation, le chômage de masse, le surendettement (200 % du PIB pour le Japon et 100 % pour l'Europe) et le vieillissement de leur population ( ?)
[Il y a 30 ans, après la catastrophe de la révolution culturelle, le PIB chinois était ridicule, de l’ordre de 20 milliards de dollars. Ce qui, pour un pays de cette taille était une aberration, et le résultat des errements politiques maoïstes. La croissance, il est vrai spectaculaire, est donc avant tout un rattrapage. C’est d’autant plus vrai que, comme le dit Baverez, la Chine fut par le passé une puissance d’envergure mondiale.
Le chômage existe également en Chine. Il est de 20% chez les jeunes diplômés dans les centres urbains. En ville, selon le gouvernement chinois lui-même, 18 millions de citadins seraient sans travail, soit, dans certaines villes, 9% de la main d’œuvre disponible. Quant au chômage dans les campagnes, il pourrait atteindre 20%.
Pékin, dont les chiffres sont trafiqués annonce un déficit de 3% du PIB. En réalité il serait de 15%. (Reuter).
Si on y ajoute les dettes contractées par les provinces, il pourrait être de 60%. Bien sûr il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg, puisque ne sont pas comptabilisées les obligations sociales non honorées de l’Etat (Système de santé et retraites). Sans compter que les dettes non recouvrables des banques chinoises tournent autour des 490 milliards de $. Les comparaisons de Baverez sont donc biaisées.
Baverez parle du vieillissement de la population européenne. Certes. Mais voici ce que les experts chinois et étrangers disent à propos de la Chine :
« Si l’actuel taux de vieillissement de la population n’était pas freiné, près de 300 millions de Chinois auront plus de 60 ans en 2050 avec, dans les villes, 35% de séniors. Une situation difficilement tenable avec un système de retraite indigent et l’absence de filet social, tandis que le déficit d’enfants rend problématique la prise en charge des vieilles personnes par les familles. En Chine le problème a un nom : « 4 - 2 - 1 ». Il désigne une situation où les enfants uniques auront à prendre soin de deux parents et de quatre grands parents.
Par ailleurs un autre problème de long terme que les dithyrambes de Baverez passent sous silence est le déséquilibre filles – garçons. Suite à une longue habitude d’élimination des filles indésirables dans les zones rurales - soit par homicide direct après la naissance, soit par avortement -, (aujourd’hui on compte 119 garçons pour 100 filles), en 2000, 27% des hommes de 40 ans habitant la campagne étaient célibataires, conséquence d’un brutal déclin de la natalité dans les années 60 et 70. Alors que, dans cette tranche d’âge, la proportion nationale de célibataires n’était que 4%, et seulement de 1% pour ceux ayant reçu une éducation supérieure. Ces tendances n’ont pas été inversées.
Les sociologues s’interrogent sur les conséquences à long terme de tels déséquilibres pour la stabilité de la société, traversée par les inévitables tensions lies aux trafics de femmes, et où le déficit de femmes ferait que la famille traditionnelle ne serait plus la base de l’intégration sociale et de l’éducation des enfants ».]
Le miracle des "quatre modernisations" lancées par Deng Xiaoping en 1979 fut fondé sur le rétablissement de la propriété privée et la conversion au marché, la production manufacturière pour le consommateur américain et européen, et l'ouverture contrôlée des frontières. Dopées par la non-convertibilité et la sous-évaluation du yuan, les exportations chinoises (36 % du PIB) ont assis leur domination sur le commerce international, supplantant l'Allemagne et favorisant l'accumulation de 2 400 milliards de dollars de réserves de change.
[Il est faux de dire que Deng Xiaoping a rétabli la propriété privée. En Chine, la terre appartient toujours à l’Etat. Elle a été attribuée en usufruit aux paysans, ce qui est très différent. Mais le Parti peut la leur retirer s’il le décide.
C’est d’ailleurs ce que font les cadres ces provinces pour lancer de lucratifs projets immobiliers qui les enrichissent, revendant la terre confisquée jusqu’à plus de 10 fois son prix d’achat. Cette situation à laquelle l’Etat central peine à mettre un terme parce qu’elle est une des sources de revenus des administrations provinciales et parce que de nombreux cadres y sont impliqués, est une des causes des révoltes paysannes (100 000 par an, soit plus de 200 incidents majeurs par jour, impliquant l’armée et les forces de l’ordre). Ile problème de la propriété de la terre est même un des principaux obstacles au développement des campagnes.
Les réserves de change sont autant un atout qu’un fardeau surtout quand on les laisse s’accumuler comme le fait la Chine. C’est un atout car elles donnent à la Chine une grande capacité d’intervention interne et externe et une assurance financière que les grandes puissances occidentales n’ont pas. Mais elles peuvent aussi être un fardeau. En effet, si le Parti veut les utiliser en Chine, il doit les convertir en monnaie chinoise, ce qui revient à vendre du dollar et à acheter du Yuan, avec deux conséquences indésirables pour Pékin : la hausse du Yuan, qui handicape ses exportations et la baisse du Dollar, qui affaiblit ses réserves. Enfin, s’il souhaite contrôler la spéculation sur le Yuan, il faut qu’il achète du Dollar.
Les réserves chinoises sont encore aujourd’hui – Reuter 5 septembre 2010 - libellées à 65% en $, 26% en Euros, 5% en Livres Sterling et 3 % en Yens Japonais. Le fait que la grande majorité des réserves de change chinoises soient libellées en $ attache irrémédiablement l’économie de la Chine à celle des Etats-Unis. Pékin est ainsi condamné, probablement contre son gré, mais sait-on jamais, à défendre la parité du $ ou à voir fondre ses réserves.
C’est ce que Thimothy Geithner, ministre des finances d’Obama, appelle « l’équilibre financier de la terreur ». Comme on le voit et en dépit de ce qu’on entend, la situation ne donne pas d’avantage particulier à la Chine, mais crée une dépendance réciproque qui relativise les tensions entre Pékin et Washington que la presse monte régulièrement en épingle. ]
Parallèlement, la Chine s'est imposée comme la deuxième destination pour les investissements directs (95 milliards de dollars) après les Etats-Unis, tant pour la compétitivité de ses sites de production que pour l'accès à son marché, désormais en tête pour les ventes d'automobiles. Quatre entreprises chinoises (PetroChina, Industrial and Commercial Bank of China, China Mobile et China Construction Bank) figurent désormais dans les dix premiers groupes mondiaux. Le développement intensif a généré de forts déséquilibres : entre le capital et le travail, comme entre régions et classes sociales (la caste des nouveaux millionnaires et la constitution d'une classe moyenne de 300 millions de personnes dans les régions côtières contrastant avec la misère des campagnes), sans oublier la formation de bulles spéculatives et la dévastation de l'environnement.
La poursuite du développement reste ainsi soumise à des défis majeurs : le rééquilibrage du modèle économique vers la consommation intérieure ; l'urbanisation et le vieillissement de la population ; le rattrapage de la frontière technologique ; la lutte contre la corruption et la garantie d'une sécurité juridique minimale ; la maîtrise des tensions entre la dynamique de la mondialisation et le nationalisme économique au service d'une ambition impériale.
UN PAYS ÉMERGÉ
Force est de constater que le développement de la Chine témoigne d'une grande stabilité ( ?). La qualité du pilotage macroéconomique ne peut manquer d'impressionner. [Non c’est efficace à court terme et surtout très visible dans les indices de croissance, mais pas impressionnant. A moyen terme, il se pourrait même que ce soit dommageable pour la Chine : nous sommes en effet dans une économie dirigiste qui privilégie les investissements publics au profit des grands groupes d’état et dans l’infrastructure. Le secteur privé est laissé pour compte de même que les investissements sociaux - santé, retraites, éducation - où l’investissement public reste insuffisant (Cf Académie des Sciences Sociales de Pékin). Depuis 2000 par exemple, les investissements de l’Etat dans le secteur immobilier au profit des logements sociaux a baissé de 12%.
S’il est vrai que la Chine est en apparence sortie la tête haute de la crise financière mondiale, elle a en réalité régressé dans les efforts d’assouplissement de son économie, en laissant resurgir le dirigisme, tandis que la libération brutale du crédit dans le sillage du plan de relance massif a favorisé le gonflement des bulles immobilières et le retour des créances douteuses des banques.
Celles-ci sont d’ailleurs plus proches d’agences de répartition des fonds publics que de véritables banques, fonctionnant avec des règles prudentielles interdisant l’excès du crédit à des emprunteurs peu solvables (Je m’empresse d’ajouter que les banques occidentales n’ont pas de leçons de gouvernance à donner à la Chine). Enfin les banques chinoises bénéficient du formidable taux d’épargne des Chinois, évaluée à 1150 milliards d’Euros par l’Ambassade de France en Chine en Janvier 2010. Cette épargne se décompose en 200 milliards de dépôts bancaires et 900 milliards d’actions en bourse. ]
Pour enrayer la menace d'une déflation mondiale, Pékin a initié avec succès le plus vaste plan de relance de la planète, portant sur 40 % du PIB. Le yuan s'est engagé dans une prudente réévaluation (prudente en effet pour ne pas dire négligeable depuis le 29 juin, le Yuan s’est apprécié de 0,05 Y – soit 0,0014 $), et s'ouvre à des opérations internationales qui constituent une première étape vers sa convertibilité.
[La question de la convertibilité n’est pas financière mais politique. Aucun expert de la Chine n’anticipe une convertibilité du Yuan à l’horizon visible.
En réalité tant que ne seront pas levées les hypothèques qui pèsent sur la structure de l’économie chinoise - faiblesse financière du secteur privé et de la consommation, poids des entreprises d’Etat qui monopolisent les crédits, secteurs en surproduction, raréfaction de la main d’œuvre bon marché, risques de chômage (Cf Wen Jiabao Premier Ministre N°3 du Bureau Politique, mars 2010) - toutes liées à la stabilité d’une société, dont de larges pans sont encore privés de fonds de retraite et d’assurance maladie, il est illusoire de croire que le Bureau Politique autorisera une hausse substantielle et rapide du Yuan et, à fortiori, sa convertibilité totale, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il en mesure encore très mal les effets pervers pour la stabilité politique du pays.]
Surtout, alors que la reprise patine aux Etats-Unis, au Japon et en Europe, la Chine a pris une avance décisive dans la conversion de son modèle. A la suite des mouvements de grève, le salaire minimum a augmenté de près de 20 % en un an, tandis que se systématisent la couverture maladie et la retraite.
[Suite à la folie capitaliste qui s’était emparée de la Chine dans les années 90, la proportion de couverture des soins qui était de 85% en 1970 était tombée 9,5% en 2003 (Académie des Sciences Sociales). Le pouvoir se bat pour rattraper ses dérives. Depuis 2003, il a obtenu des succès. Les statistiques officielles chinoises, reprises par Baverez sont en effets brillantes, au moins pour la santé : le taux de couverture médicale serait déjà relativement élevé (81 % fin 2009) du fait d’une progression fulgurante dans les zones rurales au cours des dernières années.

Le nombre de souscripteurs au régime de couverture santé spécifique aux régions rurales aurait été multiplié par 10 depuis 2003 ; en 2009, plus de 90 % de la population rurale aurait déjà été couverte. L’extension de la couverture maladie a également été rapide dans les villes. En 2009, 117 millions d’urbains sur 300 villes bénéficiaient du régime de couverture maladie des zones urbaines, mis en place en 2007 seulement. (ce qui ne représente encore que 20% des urbains)

D’autres observateurs sont moins optimistes. Ils notent qu’à ce jour, seulement 40 et 45 % de la population bénéficie d’une forme de pension de retraite en Chine. S’il est vrai que 90 % de la population urbaine est déjà couverte, moins d’un quart des ménages ruraux et des migrants en bénéficient.

De même pour le système de santé, le gouvernement ambitionne une couverture universelle d’ici 2020 alors qu’il part d’un niveau beaucoup plus bas. Pour de nombreux analystes, cet objectif apparaît donc peu réaliste. McKinsey prévoit que seuls 60 % de la population chinoise sera couverte en 2025 et la Banque mondiale estime que le taux de couverture de 90 % de la population ne sera pas atteint avant 2055 (Banque Mondiale 2005)]

La protection de l'environnement est devenue prioritaire, associant la fermeture des installations obsolètes et la conquête d'une position de leader dans les énergies renouvelables. ( ?)
[Contrairement à ce que dit Baverez, l’économie de la Chine n’est pas stable. Elle est au contraire instable et fragile (cf nombreuses déclarations du 1er ministre lui-même sur ce sujet). Ce qui lui confère son apparente stabilité est sa croissance due aux performances du nombre et sa capacité de résilience, qui s’appuie sur un réservoir de main d’œuvre corvéable, encore disponible pour au moins 15 ans, au Centre et à l’Ouest, en dehors des zones côtières, où les salaires montent en même temps que les attentes sociales.
Mais la santé de l’économie dépend aussi d’autres facteurs internes que l’Etat maîtrise mal (très faible consommation interne qui ne se développe que très lentement, considérables surproduction de faible qualité dans de nombreux secteurs qui doivent être restructurés – Ex : la surproduction d’acier de mauvaise qualité de la Chine est de 90 millions de tonnes par an, soit 60% de la production totale européenne et 1,5 fois celle des Etats-Unis - ; dérapages des investissements vers la spéculation immobilière qui induit une hausse des prix des logements au détriment des plus pauvres ; réapparition des créances douteuses des banques évaluées à 500 milliards de $ etc..)
La protection de l’environnement est un thème de la propagande. En réalité la Chine reste un des pays les pollués du monde. L’un des secteurs en situation catastrophique est celui des terres rares : je cite un savant chinois : « A Baotou, où près de 150 millions de personnes dépendent du fleuve pour leur approvisionnement en eau, tous les poissons sont morts (...) ; Des personnes âgées de 30 ans qui travaillaient près des mines sont mortes d’un cancer, probablement provoqué par une contamination radiologique ». C’est un exemple parmi d’autres.]
En bref, la Chine est un pays émergé et non plus un pays émergent. Le choc que représente sa fulgurante ascension demeure à la fois sans précédent et sous-estimé. D'un point de vue économique, son avantage ne se limite pas à la productivité du travail, mais porte aussi sur l'efficacité du capital et la qualité de la recherche. D'un point de vue social, la réduction de la pauvreté au plan mondial s'accompagne de la déstabilisation des classes moyennes et de la montée de l'exclusion dans les pays développés.
[La productivité du travail est très faible en Chine. Il ne s’agit pas de l’efficacité du capital mais de l’efficacité d’un système politique autoritaire très dirigiste. La qualité de la recherche est aléatoire. Sa capacité a été détruite par la révolution culturelle et la fuite des cerveaux.
Même si depuis 2007, on note un retour des talents et des élites scientifiques, notamment revenant des Etats-Unis – qui, au passage reste toujours la Mecque de l’innovation mondiale -, le phénomène d’expatriation n’a pas cessé au contraire.
Selon un rapport de l’OCDE publié à la mi-juillet 2010, la Chine reste toujours un des plus grands réservoirs d’immigration, parfois illégale, vers l’Union Européenne, les Etats-Unis le Canada et l’Australie, qui, à eux seuls, attirent près de la moitié des immigrants chinois, dont le flux augmente. Alors que dans les cinq dernières années du XXe Siècle, ils n’étaient en moyenne que 144 000 par an à quitter la Chine, ils étaient plus de 500 000 pour la seule année 2008.
De fait, 10% des immigrants qui quittent leur pays d’origine dans le monde sont Chinois, contre moins de 5% d’Indiens. Plus encore, selon les statistiques chinoises, sur le million et-demi d’étudiants partis à l’étranger depuis 1979, seulement un quart est revenu en Chine.]
Du point de vue du développement, une pression croissante est mise sur l'accès aux sources d'énergie et aux matières premières, expliquant les fusions géantes dans le secteur minier. D'un point de vue politique, la Chine reste un pays totalitaire et un empire ayant une conception illimitée ( ?) de sa souveraineté, adossé à un investissement de défense de plus de 150 milliards de dollars par an. D'un point de vue stratégique, sa prudence va de pair avec sa volonté d'un leadership global. D'un point de vue moral ( ?) , Pékin entend promouvoir un modèle de capitalisme d'Etat et de société contrôlée. [Ce n’est pas un point vue moral, mais politique.
Le budget militaire affiché par Pékin – qui a augmente très régulièrement d’un pourcentage à deux chiffres sauf en 2010 (18% en 2007, 17,6% 2008, 14,9% en 2009 et de 7,5% en 2010) est voisin de celui de la France ou du Japon (environ 36 milliards d’euros). Ce chiffre le situe à 1,6% du PIB. Mais les spécialistes s’accordent à dire qu’il pourrait être au moins deux à trois fois plus important, jusqu’à 2,5 à 3% du PIB. Même à ce niveau (2 fois) , il représenterait seulement 20% du budget de la défense américain (moins de 15% si on compte les augmentations dues à la guerre en Irak).

La Chine n’a pas l’intention de devenir un leader mondial, mais la première puissance asiatique. Je ne crois pas que le développement de son armée, - essentiellement calibrée pour un conflit dans le Détroit de Taïwan et pour protéger ses approches -, fasse partie d’un plan de rattrapage ou de remplacement des Etats-Unis qui disposent de 800 bases militaires dans le monde, de 12 porte avions et d’un budget militaire de près de 500 milliards de $.

Ses stratégies sont essentiellement celles d’une influence oblique par le commerce, la promotion de sa culture, de ses idées et de sa façon de voir le monde, au travers des « Instituts Confucius » et d’un considérable effort pour mettre en place des médias de portée globale, concurrents de la Voix de l’Amérique, de CNN et de la BBC. A cet effet la Chine a investi 4 milliards d’Euros, soit 30 fois plus que l’Emir du Qatar pour le lancement d’Al Jaazera.

Une autre facette de son action est de tenter de prendre le contrôle de sociétés en difficulté, ou même de racheter les dettes des Etats, grâce à sa formidable puissance financière, y compris aux Etats-Unis ou en Europe. En Europe ce sont clairement les PECO, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie, et récemment la Grèce et l’Espagne qui accueillent la plus large proportion d’investissements chinois. Enfin, un autre secteur visé par les convoitises chinoises est celui de la logistique des ports, où en Europe la Chine s’est engagée en Allemagne et en Grèce.

Son souci majeur reste cependant ses approvisionnements en ressources, pour nourrir son économie gargantuesque. D’où sa quête obsessionnelle d’actifs miniers et pétroliers partout dans le monde. ]

Pour toutes ces raisons, le défi chinois est très différent du miracle japonais, qui s'est déployé dans l'orbite américaine et n'a jamais cherché à contester la suprématie de Washington.
[La Chine non plus. Ce qu’elle cherche clairement c’est de faire contrepoids aux influences américaines. L’avenir dira si elle y réussira, à coups d’investissements, de prêts bancaires, et de diffusion de sa culture, en dépit de ses appétits commerciaux et de sa quête de ressources qui la conduisent parfois à des attitudes prédatrices ou agressives. ]
Face aux Etats-Unis, dont les ambitions sont désormais démesurées par rapport à des moyens minés par leur addiction au crédit et leur sur expansion militaire, face à une Europe impuissante et sans projet ( ?), à un Japon stagnant et de plus en plus dépendant de son immense voisin, la Chine ne voit dans son statut de deuxième grand qu'une étape vers la conquête du leadership mondial.
Un leadership qu'elle a détenu jusqu'au XVIIIe siècle, mais qui prend une tout autre signification à l'ère de l'histoire universelle ( ?) et alors qu'elle persiste dans son refus d'acclimater la liberté politique.


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