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Sahel : avec qui négocier ? Penser une stratégie différenciée

Analyses - 3 Octobre 2022

De la confrontation à la négociation

Le départ des militaires français de l'opération Barkhane du Mali, fin août 2022, et l'extension progressive d’une insurrection jihadiste au-delà du Sahel, vers le Sénégal et les pays du Golfe de Guinée, confirment la nécessité pour les autorités confrontées à cette équation sécuritaire difficile de changer ou diversifier leurs stratégies. 

Les deux organisations jihadistes (la branche d’Al Qaïda au Sahel (JNIM) et la wilaya Sahel de l'État Islamique) ont l’initiative, au Mali et au Burkina Faso, et, force est de constater, que la seule solution militaire ne suffira pas à mettre un terme à leur progression. La pleine souveraineté et le contrôle de l'ensemble de leur territoire échappent désormais à ces États.

Pour cette raison, le dialogue national inclusif malien, qui s’est tenu en décembre 2019, avait permis de souligner dans ses conclusions la nécessité d’engager un dialogue politique avec les deux leaders d'Al Qaïda au Sahel : Iyad Ag Ghali, émir du JNIM, et un de ses adjoints, Hamadoun Kouffa, figure de la communauté peule, émir des katibates du Massina et en charge de l'expansion de l’insurrection dans le Sud du pays. En réponse, Iyad ag Ghali, mais aussi son supérieur, l’ancien émir d’AQMI, Abdelmalek Droukdal, avaient publiquement annoncé, dès mars 2020, leur disponibilité à dialoguer, en demandant au préalable le départ des forces militaires étrangères. Sans la venue des mercenaires russes de Wagner, on aurait pu observer que c’était désormais chose faite.

Fort de ce constat, cette rencontre des volontés aurait dû entamer une négociation. Pourtant, il n'en est encore rien et les observateurs ont attribué, un peu vite, cette absence de dialogue politique à un blocage supposé de la France qui demanderait à ses partenaires de ne pas négocier "avec les terroristes", position exprimée par le Président Macron en écho aux déclarations du sommet de Pau. Cette analyse est erronée et la position française a été caricaturée, ou mal comprise, participant ainsi au flou qui persiste autour de cet enjeu des négociations, dont les potentiels bienfaits ont déjà été admirablement analysés (notamment par l’International Crisis Group). La France reste ainsi engagée, sans ambiguïté, dans la lutte contre les organisations terroristes (Al Qaïda, État Islamique), souhaitant rappeler à ses partenaires la nécessité d’opérer une distinction entre ces dernières, recevant leurs ordres de Syrie, d'Afghanistan ou d'Iran, et les recrutés locaux, souvent moins fanatiques, embarqués dans une confrontation avec leurs institutions.

Il s'agit donc ici de revenir en détail sur la réalité des enjeux sous-tendus par ces négociations, qui varient en fonction des acteurs de la confrontation. Les situations sont différentes dans chaque pays et en fonction du positionnement de chaque acteur, c'est cette grille de lecture supplémentaire qui manque et permet d'expliquer en partie l'absence, pour l'heure, de dialogue de réconciliation nationale efficace susceptible d’apaiser les violences.

Sortir du flou en caractérisant chaque acteur : l'épicentre malien

Une confusion importante persiste dans la description des objectifs et des attentes de chacun des acteurs impliqués dans cette guerre civile. Ce flou permet à la rhétorique nationaliste des autorités qui se sont succédés à Bamako de désigner d’un même terme ("terroriste") tous les groupes armés auxquels ils font face dans le nord et le centre du pays. 

Cette confusion a été largement entretenue par Al Qaïda, qui, dès 2010-2011, a demandé à ses branches dans le monde de favoriser l'émergence de groupes islamistes armés locaux pour disparaître derrière ces paravents. C'est précisément ce qu'il s’est passé, en 2012, dans le nord du Mali occupé, avec la création d'Ansar Al Charia et d'Ansar Eddine, puis, en 2017, avec la fusion des groupes au sein du JNIM. Cette stratégie de confusion a permis de légitimer sur le plan social et politique des groupes locaux, pourtant largement pilotés ou soutenus en coulisse par des vétérans du jihad global, considérés comme des "jusqu’au boutistes" difficilement réintégrables à la vie civile. 

Les acteurs qui souffrent le plus de cette mécanique englobante sont les groupes rebelles armés non-jihadistes du nord du Mali.

Or, les acteurs qui souffrent le plus de cette mécanique englobante sont les groupes rebelles armés non-jihadistes du nord du Mali qui se sont coalisés au sein de la Coordination des Mouvements de l'Azawad (CMA), incluant des mouvements comme le HCUA (touareg tendance islam traditionnel), le MNLA (touareg tendance laïque et irrédentiste) ou le MAA (défense des communautés arabes). Cette CMA maintient un dialogue étroit et aujourd’hui plus apaisé avec d’autres groupes armés historiquement opposés à l'irrédentisme ou à l'islamisme de la CMA, plus particulièrement le GATIA et le MSA-D.

 

Bien qu'au sein de cette constellation, les groupes portent des positions politiques différentes, ils sont tous signataires des Accords d'Alger, signés en mai et juin 2015 avec les autorités de Bamako pour mettre en œuvre une paix durable et renforcer l'inclusion des populations du nord dans le développement du pays. Ce point est essentiel, car il est le terreau historique de la crise sur lequel se sont implantés les jihadistes d'Al Qaïda au début des années 2000 et parce qu’il confirme, en réalité, qu'une dynamique politique est à l’œuvre depuis déjà 7 ans, qu'elle piétine et qu'elle doit être soutenue.

Si certains acteurs du Nord, par pragmatisme, proximité tribale ou accointance idéologique, disposent de relations, parfois étroites, avec les jihadistes d'Al Qaïda/JNIM, ils restent des acteurs politiques légitimes ayant accepté le principe de maintien des frontières maliennes, l'intégration progressive dans l'armée malienne et le dialogue à des fins d’apaisement pour un partage de la gouvernance et du développement du pays. L’enjeu désarmement-démobilisation-réintégration (DDR) est primordial pour intégrer ces combattants dans une armée inclusive et légitime : il s'agit de permettre la mise en œuvre d’un processus de réintégration des combattants des groupes rebelles au sein de l’armée malienne. C'est un processus coûteux et qui nécessite une volonté politique forte. Le climat actuel de méfiance et la lenteur du processus proposé avec les accords d'Alger ne facilitent pas son déroulement optimal. Le blocage de ce dialogue empêche le processus de déboucher, favorisant le recrutement concurrent du JNIM.

Nous percevons donc bien la différence qui existe entre, d'une part, des groupes armés rebelles non-jihadistes, méfiants à l’égard de Bamako, prêts aux alliances de circonstances avec les jihadistes, mais déjà engagés dans un processus politique ; et, d'autre part, une coalition de bataillons jihadistes, embarquée dans une stratégie violente de destruction des institutions politiques et traditionnelles et poursuivant une expansion territoriale armée. La distinction entre les deux est fondamentale et traiter ces acteurs de la même manière serait une lourde erreur d’analyse, qui ouvrirait directement la voie à la partition du Mali.

Ainsi, les pactes, cessez-le-feu et trêves négociés par Al Qaïda et le JNIM n’ont pour vocation que d'offrir un répit tactique et un avantage stratégique, en évitant de multiplier les fronts et en permettant la constitution de sanctuaires du temps-long, utiles à la préparation militaire, à la délégitimation des institutions traditionnelles et à la prédication vers les populations. La meilleure illustration reste l’inaction volontaire de l'ancien président malien, Amadou Toumani Touré, face à la montée en puissance progressive d'AQMI. 

Les pactes, cessez-le-feu et trêves négociés par Al Qaïda et le JNIM n'ont pour vocation que d'offrir un répit tactique et un avantage stratégique.

Les jihadistes avaient juré de ne pas agir contre les intérêts maliens en échange d'un "sanctuaire" pour mener des opérations dans la région, jusqu'à ce qu’ils rompent ce pacte de non-agression dès lors qu'ils eurent les moyens, en mars 2012, de conquérir la moitié nord du pays.

Le schéma analytique présenté ci-dessus ne s'applique pas de la même manière à la wilaya Sahel de l'État Islamique dont les responsables, non-maliens pour la plupart, n'ont jamais proposé de dialogue politique. Ils maintiennent une stratégie de confrontation militaire directe, violente et sans concession, contre les institutions maliennes mais aussi contre les populations et les groupes armés du Nord (ce que se retient de faire le JNIM). Conquérir par la force et par la terreur reste le modus operandi actuel de l'État Islamique dans le monde, dès lors que ces soldats ne sont pas contraints à la clandestinité (comme c’est le cas en Syrie ou en Irak). Ce nihilisme sans objectif clair a toutefois ouvert la voie de dialogues, directs ou indirects, entre plusieurs autorités sahéliennes et des responsables ou combattants de rang intermédiaire dans l’organisation, lassés et souhaitant se repentir.

Une géographie de situations différentes mais connexes

Si le Mali est l'épicentre de cette problématique du dialogue politique, il n'est pas le seul pays de la région à considérer cette voie. Le Niger et le Burkina Faso ont déjà entamé un processus de réconciliation, autrement plus rapide sans être nécessairement plus efficace. N'ayant pas le passif d’une confrontation avec les groupes rebelles, ces deux pays se trouvent essentiellement confrontés à l’insurrection jihadiste et notamment à la dimension du recrutement local, dynamique notamment favorisée par des tensions socio-ethniques de longue date (positionnement de plusieurs communautés peules du nord du Burkina Faso ou de l'ouest du Niger) mais pas uniquement. Si le Président Macron a sollicité de ses partenaires africains de la retenue à l’égard des populations peules, c'est précisément pour alerter sur cette ligne de fracture ethnique qui est un des moteurs de la propagande jihadiste et du recrutement. Les facteurs religieux et sociaux, sans oublier la contrainte armée, sont aussi des facteurs très présents dans le recrutement de cette insurrection.

Fort de ce constat, ils ont, depuis au moins 2020, ouvert des discussions avec des combattants jihadistes, nationaux de leurs pays, pour étudier les mesures susceptibles d'être mises en œuvre qui permettraient de leur faire déposer les armes (mesures religieuses, sociales et économiques, amnistie judiciaire, libérations de prisonniers…). Malgré la conversion des esprits imposée par les cadres jihadistes, leur degré de fanatisme religieux est souvent moindre et permet l’ouverture d'un dialogue. 

Les différents canaux mis en œuvre par les autorités nigériennes avec les responsables nigériens de la wilaya Sahel de l'EI ont permis de réduire considérablement le niveau de violence à l'Ouest du pays, après les séries de massacres survenus entre 2019 et 2021. Les autorités burkinabé poursuivent la même stratégie, qui porte parfois ses fruits de manière très locale (à l’échelle d’un village ou d’un simple groupe de combattants).

Ces dialogues s'opposent toutefois à l’intransigeance des responsables étrangers du groupe. Les vétérans et les jusqu’au-boutistes, souvent étrangers, se savent dans une dynamique de victoire, sont sincèrement convaincus de leur projet politique et n'ont ainsi aucun intérêt à un compromis susceptible de remettre en cause l’essence même de leur action : que ferait un vétéran sahraoui du jihad au Burkina Faso si tout le monde posait les armes ? C'est une question qui n'est pas anodine.

Les différents canaux mis en œuvre par les autorités nigériennes avec les responsables nigériens de la wilaya Sahel de l'EI ont permis de réduire considérablement le niveau de violence à l'Ouest du pays.

Ce type de dialogue local a aussi été testé au Mali, dans le centre du pays (notamment dans les cercles de Koro ou de Niono, en 2020), sans déboucher sur une réelle stratégie d’apaisement. Le rapport de force est resté très favorable au JNIM qui a su imposer ses règles à des populations abandonnées, ayant besoin de poursuivre leur activité économique et pastorale. L'échec de certaines tentatives de médiation, animées par des autorités religieuses ou communautaires, sponsorisées initialement par le gouvernement, a poussé la transition malienne à emprunter la voie de la répression violente de ce type de dialogues locaux, les populations concernées étant désormais considérées comme complices.

Dans les pays moins soumis aux attaques des jihadistes, plusieurs stratégies ont prévalu, la plupart par souci d’évitement et de préservation "égoïste" des intérêts, certaines par souci d'apaisement et de règlement durable des tensions. C’est notamment le cas de la Mauritanie ou de la Côte d'Ivoire qui disposent de canaux de discussion éprouvés avec les groupes jihadistes, sans que cela ne les empêche de les considérer comme des adversaires. Chacun joue avec la montre pour repousser les échéances d’une éventuelle confrontation.

L'Algérie, pourtant à la pointe de la traque des émirs d'AQMI sur son territoire, n'a jamais été la cible de sa branche sahélienne, géographiquement voisine. Il s'agit probablement du résultat d’expériences réussies liées à son modèle de concorde civile, qui a permis de réintégrer nombre de repentis sincères, algériens ou double-nationaux algéro-maliens, et de saisir des opportunités de dialogue permises par son assise dans les différentes communautés du nord du Mali.

Ces stratégies sont variées et les pays visés à plus long terme, qu’il s’agisse du Sénégal, de la Guinée, du Ghana, du Togo ou du Bénin, doivent nécessairement se poser la question : comment désamorcer, en amont, la crise à venir par des prises de contact avec les groupes jihadistes et par la mise en place de mesures sociales internes susceptibles de limiter le recrutement de leurs nationaux ? L'équation n’est pas simple et biaisée par un déni important de la menace, bien que ceux-ci aient "la chance" de voir venir le problème.

Pour une stratégie de cohésion nationale contre le noyau fanatique

Alors comment sortir par le dialogue et la négociation de cette situation ? Peut-être en revenant à l'analyse précise des différents acteurs maliens et en observant les pistes empruntées par les autorités nigériennes et burkinabé. On peut ainsi souligner trois points importants :

  • il y a une différence entre les populations nationales recrutées par les jihadistes et les vétérans "jusqu'au-boutistes", souvent étrangers mais pas seulement. Leur traitement politique doit être différencié ;
  • malgré la présence durable des stratégies jihadistes sur ces territoires, il est nécessaire de régler sincèrement les problèmes politiques et sociaux qui préexistaient à leur arrivée. C'est même la condition de départ du compromis politique à mettre en mouvement ;
  • sans terreau de recrutement adapté ou d'alliances de circonstances (politiques, communautaires ou autres), les membres d'Al Qaïda et de l'État Islamique sont isolés et susceptibles d’être combattus, jugés, expulsés ou de se repentir. 

Une des erreurs de la guerre globale contre le terrorisme a été de laisser penser qu'on pouvait briser les groupes terroristes uniquement par la force, alors même que l'analyse partagée du phénomène jihadiste avait permis d'identifier les problèmes politiques et sociaux pré-existant à l'origine des symbioses avec ces corps "étrangers". L'échelle de temps n’est pas la même entre la guerre et la politique, mais l'appui aux pays étrangers confrontés par les jihadistes devrait passer par une forme de conditionnalité sur la mise d'emblée à la table des négociations avec les acteurs à l'origine de la confrontation, ayant fait bon accueil à cette force "supplétive" qu'est Al Qaïda. 

La mise en œuvre de stratégies fortes de cohésion nationale devrait être la priorité des autorités en place.

Ainsi, la mise en œuvre de stratégies fortes de cohésion nationale devrait être la priorité des autorités en place, axées sur l'inclusion de toutes les populations, la réintégration dans le giron national des combattants, le partage de la gouvernance, un appui budgétaire sensible, une insertion dans les institutions politiques et administratives, une concorde judiciaire, une évolution de gouvernance religieuse, un fléchage de l'aide budgétaire international dans cette voie, un engagement des institutions onusiennes et régionales sur ces priorités, une mobilisation des acteurs communautaires et religieux…en somme, engager sans tarder tous les mécanismes de compromis susceptibles sur le temps moyen d'inverser le rapport de force politique avec les jihadistes. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est la condition sine qua non pour des États au bord de l’effondrement et pour des alliés sans solutions.

En réintégrant le maximum de combattants et de groupes dans le giron national, tout en asséchant progressivement les raisons initiales du recours au jihad armé, l'ensemble des forces politiques retrouvera une cohésion susceptible de mener le combat, militaire ou policier, contre le reste des jihadistes "jusqu’au-boutistes". Tel des symbiotes, ces derniers ne pourront plus tenir et conquérir sans un tissu social accueillant. 

Il y a ainsi une voie à suivre, même avec des groupes aux conceptions religieuses très conservatrices : le contrôle du Hayat Tahrir Al Cham syrien, des Talibans afghans et même, dans une comparaison audacieuse, du gouvernement iranien sur les jihadistes étrangers présents sur leurs territoires n’est pas parfait, mais il a sensiblement fait baisser le niveau de violence et de menace portées par leurs organisations de rattachement. C'est aussi la voie empruntée par l'Algérie depuis la guerre civile du début des années 1990, avec une patience stratégique suffisante ayant permis de différencier l'opposition afin de réintégrer et inclure, d'une part, puis poursuivre le combat, en parallèle, contre des groupes réduits et affaiblis.

Il devient alors possible de mener des stratégies contre-terroristes de long terme, patientes et sans objectif politique affiché ou sous-entendu ("refondre le Moyen-Orient", "lutter contre l'islam politique"...). Elles doivent être précises et dans la retenue, légitimes et adaptées au terrain : à titre d'exemple, seuls les groupes armés du nord du Mali disposent d'une expérience du combat dans le Sahara et sont en mesure d’opposer une résistance durable à un ennemi nomade, aujourd'hui bien adapté au désert. Pour cela, seule une concorde nationale pourrait permettre à l’armée malienne de disposer de ces unités "néo-méharistes" (référence aux unités militaires, montées sur chevaux et chameaux, en mesure de mener le même type de combat que les habitants natifs du désert). Il y a ici des solutions alternatives et soumises au courage politique qu'il reste à inventer.

 

Copyright : PHILIPPE DESMAZES / AFP

 

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