À Washington le processus d'impeachment semble bien lancé. Donald Trump a exercé des pressions tout à fait inappropriées sur l'Ukraine, un allié clef et faible, à seule fin d'obtenir des informations dommageables à son principal rival démocrate, Joe Biden.
Arrangements avec le droit
Certes, les petits arrangements avec le droit et la décence se sont - dans un premier temps au moins - retournés contre leurs auteurs. En Israël, les élections de septembre 2019 ont sans doute été pour "Bibi", l'élection de trop. Il y a six mois il semblait irrésistible. Aujourd'hui il est presque devenu un handicap, pour une frange de son parti, le Likoud. Le comportement à son égard de ses principaux alliés dans le monde a déjà changé de manière significative. Avant même que les élections n'aient eu lieu, Vladimir Poutine prenait symboliquement ses distances avec lui, le faisant patienter plusieurs heures avant de le recevoir enfin dans son bureau du Kremlin. Au lendemain des élections, Benjamin Netanyahu a attendu vainement l'appel de son "grand ami" américain. "Vae victis" (malheur aux vaincus), disaient les Romains. Donald Trump ne veut surtout pas apparaître associé avec un potentiel perdant. Il comprend trop bien que le non-succès, connu par le Premier ministre d'Israël constitue pour lui comme un début d'avertissement. Si les Israéliens commencent à prendre leur distance avec Netanyahu, les Américains peuvent en faire de même avec lui. En Grande-Bretagne, la rhétorique utilisée par Boris Johnson ne fait qu'encourager la confusion sinon la violence dans un climat déjà délétère. Un membre du Parlement, Jo Cox, a été tué à la veille du référendum de 2016.
En matière de démocratie représentative, nous sommes en quelque sorte, entre deux mondes.
Abus de pouvoir
Ce que nous venons de vivre en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, et dans une moindre mesure en Israël, constitue la preuve qu'il est bien trop tôt pour enterrer la démocratie représentative : l'exécutif ne saurait impunément abuser de ses pouvoirs. Mais, sur le fond, rien n'est réglé. Les divisions vont continuer au sein des peuples et à court terme - c'est au moins aussi grave - au sein des partis d'opposition qui devraient constituer les principaux freins aux dérives populistes des leaders de l'exécutif. En Grande-Bretagne, lors de leur congrès qui vient de se tenir, les travaillistes ont fait la démonstration de leur incapacité à gouverner. La pensée politique et les options économiques de leur leader, Jeremy Corbin, constituent une des armes principales dont dispose Boris Johnson pour convaincre une majorité de l'électorat britannique de voter pour lui, en dépit sinon en raison même, de ses excès. Lui au moins est amusant.
Aux Etats-Unis, en faisant passer la défense des principes et celle de la morale politique avant toute autre considération, le parti démocrate a fait le seul choix possible. Mais le parti reste profondément divisé entre modérés et radicaux et personne ne peut prédire les conséquences du lancement de la procédure d'impeachment sur le résultat des élections à venir.
Bref, en dépit de frémissements positifs, un climat de plus en plus toxique s'étend dans nos sociétés démocratiques. Il n'épargne pas la France. Les provocations de Jean-Luc Mélenchon dénonçant les comportements "barbares" de la police, s'inscrivent dans cette dérive. Avec cette question lancinante : des sociétés si profondément divisées, sont-elles encore gouvernables ?
Avec l'aimable autorisation des Echos(publié le 27/09/2019)
Copyright : SAUL LOEB / AFP
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