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Indicateurs de qualité des soins : où en est la France ?

Trois questions à Denise Silber

INTERVIEW - 1 Février 2022

En janvier dernier, l’Institut Montaigne a publié sa note Santé 2022 : tout un programme qui identifie le développement des indicateurs de qualité des soins comme une priorité pour réformer notre système de santé. Denise Silber, fondatrice de Basil Strategies et VRfor Health et auteure de la note Mesurer la qualité des soins revient sur cet enjeu prioritaire pour le système de santé français. 

Vous avez été l'auteure en 2009 de la note Mesurer la qualité des soins pour l'Institut Montaigne. Les outils de recueil des indicateurs de qualité des soins se sont-ils développés depuis ? 

Dans cette note, nous avions mis en avant l’organisation du système de santé des anciens combattants américains, un système public bénéficiant d’indicateurs de qualité simple et qui donnait de meilleurs résultats que le système privé américain. Le système des Vétérans reposait sur un outil informatique performant avec un dossier médical électronique pour tous les patients. Fait important, les résultats des indicateurs étaient utilisés pour améliorer la formation et l’organisation et non pas pour évaluer le professionnel de santé de manière individuelle. 

Le système de santé français est beaucoup plus informatisé aujourd’hui que lors de la publication de la note, néanmoins plusieurs obstacles demeurent dans l’introduction d’indicateurs. La mesure de la qualité des soins des établissements reste principalement connue par nos citoyens via des palmarès qui paraissent dans les journaux grand public. En 2021, Le Point a effectué son 25ème palmarès annuel qui comprend un classement de 136 établissements. La Haute Autorité de Santé (HAS), dont c’est la responsabilité d’évaluer la qualité et la sécurité des soins, a récemment fermé le site Scope Santé, qui présentait les indicateurs de qualité et de sécurité des soins ainsi que les résultats détaillés de la certification des établissements de santé. La suite est annoncée pour le printemps 2022 où un nouvel espace d’information sur la qualité des soins sera disponible sur le site de la HAS. 

Malgré l’absence d’indicateurs systémiques, il existe beaucoup d’études qui nous montrent ce qui est perfectible en matière de qualité des soins.

Malgré l’absence d’indicateurs systémiques, il existe beaucoup d’études qui nous montrent ce qui est perfectible en matière de qualité des soins. La HAS vient de publier un rapport portant sur l’analyse des effets indésirables graves associés aux soins (EIGS). Selon la HAS, "la proportion d’EIGS déclarés comme évitables reste élevée et majoritaire : 56 % en 2020 contre 51 % en 2019". En matière de qualité, il serait intéressant d’augmenter le nombre de déclarations et de faire de la réduction des EIGS évitables une priorité. 

Autre exemple : en 2017, la France était en 30ème position dans le monde pour la mortalité maternelle (8 décès pour 100 000 naissances contre 2 décès pour 100 000 naissances pour les pays en première position) et ce, malgré des efforts considérables en France de formation des professionnels.

Par ailleurs, l’association Renaloo qui se consacre aux maladies rénales, publie depuis plusieurs années un bilan annuel qui montre que l’espérance de vie des patients greffés est supérieure à celle des patients dialysés. Pour autant le délai d’attente pour la greffe en France se compte en années, alors qu’en Espagne, il n’excède pas quelques mois

L'Institut Montaigne vient de publier la note Santé 2022 : tout un programme. Un des axes identifiés est l'implication des patients dans le système de santé. Pensez-vous que leur rôle a évolué ces dernières années ? 

Plusieurs facteurs sont révélateurs d’une plus grande participation des Français à la gestion de leur santé. La démocratie en santé est inscrite dans la loi depuis 2002, nous fêterons ses 20 ans dans un mois. Des représentants des patients sont désormais intégrés dans différentes structures qui font partie du système de santé français. 

Par ailleurs, des outils favorisant la participation se sont davantage diffusés ces dernières années. Il existe désormais de nouveaux moyens de feedback concernant l’expérience patient notamment hospitalière, des groupes de soutien entre patients sur les réseaux sociaux, l’émergence du patient expert diplômé, les hackathons qui réunissent les citoyens souhaitant proposer des projets, les nouvelles applications digitales conçues avec la participation des patients ou encore la mise en place de Mon Espace Santé "construit pour et avec les usagers". Notre société évolue indéniablement vers des relations moins hiérarchisées entre patient et soignant. Cela se traduit ainsi par de nouveaux comportements.

Notre société évolue indéniablement vers des relations moins hiérarchisées entre patient et soignant. Cela se traduit ainsi par de nouveaux comportements.

Néanmoins, d’autres facteurs s’opposent, en parallèle, à une plus grande participation du patient. Les facteurs comme la crise sanitaire, les déserts médicaux, la surcharge de travail des professionnels, ne favorisent pas l’amélioration des relations humaines car le temps médical est considérablement contraint. Par ailleurs, ni la formation initiale ni la formation continue des professionnels de santé ne mettent encore l’accent sur la médecine participative, mouvement pourtant de plus en plus présent. 

Dans le cadre de la prochaine élection présidentielle, le numérique en santé sera également une priorité. Comment le développer et en faire un levier pour construire réellement un système orienté vers la qualité des soins ?

Le travail de fond sur l’e-santé réalisé depuis trois ans, sous la responsabilité de la Délégation ministérielle du numérique en santé, doit conduire logiquement au développement d’un système de santé plus fluide, et de ce fait encore plus qualitatif. Par fluidité, j’entends que les bonnes informations soient accessibles au bon moment par les bonnes personnes. La Délégation a commencé par identifier les points d’amélioration : des systèmes d’information vétustes, des applications e-santé trop peu interopérables, des budgets insuffisants, la non-concertation des usagers et le manque de vision unificatrice. 

Aujourd’hui, il y a une vision d’un État "plateforme" qui fédère un écosystème public et privé. La mise en place de Mon Espace Santé à l’échelle nationale, le développement et remboursement des applications digitales et la mise à disposition et l’analyse de bases de données en open source vont, nous pouvons l’espérer, nous permettre de mieux cerner les points d’amélioration possibles et les pratiques à recommander. Il y a de l’énergie, de l’optimisme, des talents dans le milieu de l’e-santé et les citoyens ont participé à la conception de ces outils. 

Cette vision de l’e-santé accompagne parfaitement un autre mouvement : la tendance vers des pratiques plus collaboratives entre toutes les parties prenantes au sein d’un territoire, entre les territoires, entre hôpital et ville, au sein d’une discipline, et entre les disciplines médicales. Ces collaborations apportent plusieurs avantages au système et à ses intervenants. 

Rien de tout cela n’est possible sans une e-santé performante. L’e-santé en France avance sur un chemin intéressant, guidée par des personnes de talent et bénéficiant d’un soutien de plus en plus large. Je suis optimiste pour les années à venir pour une amélioration de la qualité des pratiques et une plus grande implication des patients au sein du système de santé français. 

 

Copyright : SEBASTIEN BOZON / AFP

 

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