Propositions issues du Rapport "Vaincre l’échec à l’école primaire" – Avril 2010
L’opinion comme le débat publique sur le système français d’enseignement négligent le plus souvent l’école primaire au profit du lycée, du collège ou du supérieur. Les inégalités face à l’apprentissage et face à l’éducation s’installent pourtant très tôt, dès l’école primaire. Des facteurs d’ordres sociaux, culturels, économiques viennent alourdir ce déterminisme qui accentue les inégalités entre enfants, alors même que celles-ci sont déjà cumulatives tout au long du parcours des élèves. L’échec à ce stade représente une bombe à retardement pour notre société : 300 000 élèves (40 % d’une classe d’âge) sortent chaque année du primaire avec de graves lacunes en calcul, en lecture, en écriture. La France s’éloigne peu à peu des objectifs fixés par la stratégie de Lisbonne (2000), qui vise à bâtir une économie et une société de la connaissance. Par surcroît, l’école, supposée remédier à l’inégalité des chances, l’accentue. Ce n’est pas une question de moyens : premier budget de l’Etat (21 % en 2010), l’Education nationale ne parvient pourtant pas à transformer les ressources en résultats. De nombreuses réformes se sont succédées, d’importantes dépenses en faveur du système éducatif ont été engagées ces vingt dernières années, mais aucun de ces investissements, qualitatifs et quantitatifs, n’a permis d’améliorer une situation qui ne cesse de se dégrader. La France est l’un des pays de l’OCDE qui investit le plus dans l’éducation, avec des résultats plus faibles que la moyenne de ce groupe. Les problèmes sont structurels : rythme scolaire inadapté aux besoins des élèves, pratique du redoublement inutile et coûteuse, aide aux élèves en difficultés mal conçue, recrutement et formation des enseignants inadaptés, organisation administrative trop lourde, statut des directeurs ambigu. L’école de la République est construite à partir des besoins des adultes, pas de ceux des enfants. Il est temps de remettre ces derniers au cœur du système. Pour vaincre l’échec à l’école primaire, voici les propositions de l’Institut Montaigne :
- Clarifier l’organisation des cycles entre l’école maternelle et l’école élémentaire. A cette fin, l’Institut Montaigne préconise d’intégrer la dernière année de maternelle ("grande section") à l’école élémentaire et de réaliser les évaluations nationales en début de CE1 et en fin de CM1.
- Réduire drastiquement le redoublement, inefficace, inéquitable, coûteux, ainsi qu’en empêcher le recours à l’intérieur d’un cycle. Les objectifs à atteindre étant fixés par cycle, non par année, la loi de 1989 envisage le redoublement comme une mesure à considérer seulement à la fin d’un cycle. Que cela soit enfin appliqué ! Il conviendrait par ailleurs de réinvestir les sommes économisées dans des mesures plus efficaces.
- Intégrer l’aide individualisée dans le cadre du temps scolaire. L’effet-maître a un impact indéniable sur la progression des élèves. Il dépend pour partie des choix pédagogiques effectués par l’enseignant mais aussi de son comportement pendant la classe ainsi que de son attitude vis-à-vis des élèves. Les travaux conduits à Grenoble par Michel Zorman – PARLER (Parler Apprendre Réfléchir Lire Ensemble pour Réussir) – prouvent qu’il est possible, en formant les enseignants à un certain nombre de gestes professionnels (travail en petits groupes, individualisation de la relation avec les élèves, travail sur les acquisitions langagières, etc.) de réduire considérablement l’échec scolaire.
- Revenir à une année scolaire plus ample et moins dense. Restaurer la semaine de cinq jours en incluant le mercredi matin, allonger de deux semaines l’année scolaire pour alléger le temps de présence quotidien des enfants. L’Institut Montaigne propose d’évoluer vers un calendrier de 7 à 8 semaines de cours, suivi de 2 semaines de vacances, ce qui implique de revoir les premiers et troisièmes trimestres, par conséquent les dates des vacances de février et de celles de Pâques. Une plus grande continuité permettrait d’améliorer la capacité d’apprentissage des enfants.
- Miser sur la qualité des enseignants pour que le système éducatif progresse. Il s’agit de mettre en œuvre des dispositifs incitatifs pour attirer vers le métier d’enseignant les étudiants les plus efficaces et les plus compétents pour enseigner : revalorisation de la politique salariale en début de carrière, contrats de pré-recrutement dès la licence, part variable perçue en fonction des résultats. Ces mesures doivent aller de paire avec une réforme en profondeur de la formation : accorder une part plus large à l’alternance et rendre obligatoire la formation continue des enseignants.
- Mettre en œuvre une gouvernance efficace des écoles primaires. Ces dernières ne sont pas des établissements publics jouissant d’une autonomie administrative et financière équivalente à celle dont bénéficient les établissements du second degré. La loi relative aux libertés et responsabilités locales du 13 août 2004 permet, à titre expérimental, la création d’établissements publics d’enseignement primaire (EPEP) dotés d’une véritable autonomie. Le décret d’application n’est toujours pas entré en vigueur ! Modifier le statut de l’école par le biais de l’expérimentation permettrait aux équipes pédagogiques de s’affranchir de contraintes qui entravent une gestion plus adaptée aux besoins spécifiques de chaque école. Cela implique la création d’un statut de directeur d’école équivalent à celui du proviseur dans le secondaire, d’une part, la redéfinition de ses responsabilités, d’autre part. L’accroissement de la marge de manœuvre des directeurs d’école doit aller de paire avec l’attribution d’un vrai pouvoir de pilotage au sein de leur établissement. La création d’un tel statut implique une professionnalisation du recrutement des directeurs d’école. Cela aurait en outre pour effet d’alléger l’organisation administrative et de recentrer les inspecteurs de l’Education nationale (IEN) sur leur mission, redéfinie en fonction d’objectifs pédagogiques précis : inspection des enseignants basée sur l’évaluation des élèves, formation continue des enseignants.
- Favoriser les expérimentations mais aussi, en assurer, objectivement, l’évaluation externe. Il est plus efficace de convaincre par l’expérimentation, dont les résultats sont scientifiquement mesurés, grâce aux enseignants et aux cadres qui ont réussi, plutôt que par circulaire administrative. Cette méthode permet d’élargir rapidement les champs d’intervention tout en permettant aux acteurs locaux de développer des expériences sur le terrain.
Amplifier les projets évalués qui ont fait leur preuve. Les outils pédagogiques ainsi que les pratiques concrètes déjà expérimentées en classe – le petit groupe, la répétition, l’évaluation avec retour sur les compétences non acquises, l’explicitation des consignes – doivent être communiqués et diffusés au sein du corps enseignant. Les résultats du programme PARLER mis au point par Michel Zorman à Grenoble, programme de prévention de l’illettrisme et de l’échec scolaire, montrent que la modification du geste professionnel du maître est la plus grande source d’amélioration du système éducatif : par rapport à un échantillon témoin, les élèves qui ont suivi PARLER connaissent deux fois moins l’échec scolaire en CE1 (12 % contre 25 % d’échec). La réussite de ces projets doit conduire à leur plus large diffusion possible sur l’ensemble du territoire.
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