Propositions issues du Briefing Paper "Salariés, actionnaires : partager le gâteau, ou mieux partager le risque" - Mai 2005
L’annonce des profits spectaculaires dégagés par certaines grandes entreprises françaises a fait resurgir le vieux conflit capital-travail, sous la forme d’un débat sur le partage des fruits de la croissance. Les inquiétudes des salariés sont compréhensibles : les relations entre les employés et les actionnaires des grandes entreprises françaises ont évolué en défaveur des premiers.
L’actionnaire gère ses participations dans une logique de portefeuille, équilibrant la prise de risque géographique et sectorielle, tandis que le salarié, lui, se trouve dépendant de la santé d’une entreprise de plus en plus spécialisée. Une asymétrie dangereuse se développe entre les risques supportés par l’actionnaire et le salarié : d’un côté, c’est la moins-value qui sanctionne l’échec, de l’autre la perte de l’emploi, le chômage et ses conséquences dramatiques.
La question du risque est ainsi au coeur de la tension entre le capital et le travail. Cette évolution appelle une double action des pouvoirs publics :
- Il est urgent de reconnaître que notre législation de protection de l’emploi est inadaptée. Alors que la plupart de nos voisins ont fait évoluer en profondeur leur marché du travail, le refus persistant de la France à se réformer fait peu à peu fuir l’activité et décourage la création d’emplois. Cela conforte légitimement les salariés dans leur hantise de la perte de leur emploi, là où d’autres pays ont acclimaté une culture de la « mobilité positive ».
- Une première réponse des pouvoirs publics doit consister à renforcer les dispositifs assurantiels et redistributifs en échange d’une flexibilisation accrue du marché du travail. La
flexibilisation se heurte à court terme au désir naturel de protéger son emploi. Il ne faut cesser de répéter que son effet à moyen terme sera une amélioration substantielle de la vitesse de sortie du chômage.
- Une deuxième piste consiste à encourager la détention d’actions par les individus, relativement faible en France, pour les faire entrer dans une logique de valorisation patrimoniale qui désactiverait partiellement la méfiance à l’égard du capital. Mais la détention d’actions doit se faire sous la forme de participation à des fonds diversifiés ou indiciels. Encourager des employés modestes à posséder des actions de l’entreprise qui les emploie est à cet égard une fausse bonne idée. Les salariés sont déjà surexposés aux risques propres de leur entreprise, et c’est précisément le problème qu’il faut résoudre.
- Des incitations fiscales à l’épargne en actions constitueraient un dispositif propre à stimuler cette « réappropriation de l’appareil productif » par l’ensemble des citoyens.
- Il faut favoriser l’émergence d’investisseurs institutionnels français. Une transition progressive vers un système de retraite intégrant une dimension de capitalisation pour y contribuer.
- Enfin, le monde des statuts, des acquis et des rentes hérité de l’Après-guerre n’est plus adapté à l’incertitude croissante sur ce que seront, demain, les sources ou les lieux de création et de richesse. Il faut attendre des pouvoirs publics le courage de voir l’opportunité d’une redynamisation de la société française.
Sans ces réformes, il est à craindre que salariés et actionnaires continuent encore longtemps, sous le regard impuissant des pouvoirs publics défendant un modèle périmé, à débattre du partage d’une richesse qui se fera de plus en plus rare dans un univers de plus en plus anxiogène.
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