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Exemple : Education, Europe, Santé
  • Quelle Allemagne
    après Merkel ?

    Note - Septembre 2021
Auteurs
Alexandre Robinet-Borgomano et Marion Van Renterghem

Alexandre Robinet-Borgomano est responsable du programme Allemagne de l’Institut Montaigne. Il a travaillé auparavant au Bundestag, comme attaché parlementaire d’un député allemand, et pour la Fondation du patrimoine culturel prussien. Il a également participé au lancement d’un fonds d’investissement européen dans le domaine de la Smart City et pris part à l’initiative pour l’unification du droit des affaires en Europe. Il est diplômé de Sciences Po et titulaire d’une maîtrise en histoire moderne de la Sorbonne. 

Marion Van Renterghem est grand reporter, lauréate du prix Albert-Londres et auteure de C’était Merkel (Les Arènes, 2021). Dans son dernier essai intitulé Mon Europe, je t’aime moi non plus (Stock, 2019) elle retrace, à travers une série de portraits et de rencontres, l'histoire de l’Europe de la chute du mur de Berlin aux replis nationalistes d’aujourd’hui. Elle prépare pour la télévision française un nouveau portrait de la Chancelière allemande qui sera diffusé en septembre 2021.



  • Peter Altmaier, Ministre fédéral de l'Économie et de l'énergie
  • Franziska Brantner, députée et porte-parole des Verts, Bundestag 
  • Thierry Breton, Commissaire européen au Marché intérieur, Commission européenne 
  • Cécile Boutelet, correspondante Économie à Berlin, Le Monde 
  • Henri de Castries, président, Institut Montaigne 
  • Uwe Corsepius, conseiller Union européenne, Chancellerie fédérale
  • Claire Demesmay, responsable du programme franco-allemand, DGAP 
  • Anne Marie Descôtes, ambassadrice de France en Allemagne 
  • Matthias Fekl, associé fondateur Duprey-Fekl Avocats, ancien ministre de l’Intérieur
  • Clemens Fuest, président, IFO Institute 
  • Sylvie Goulard, second sous-gouverneur de la Banque de France, ancienne ministre des Armées
  • Tina Hildebrandt, directrice du bureau de Berlin, Die Zeit
  • Jean Huby, CEO, Ocean Breeze GmbH
  • Reiner Hofmann, président, Confédération allemande des syndicats (DGB)
  • Roderick Kefferpütz, analyste senior, Mercator Institute for China Studies (MERICS)
  • Markus Kerber, Secrétaire d’État au ministère fédéral de l’Intérieur et ancien directeur général du BDI 
  • Jörg Kramer, chief economist, Commerzbank
  • Gunther Krichbaum, président de la commission des Affaires européennes, Bundestag 
  • Rüdiger Kruse, député, rapporteur de la CDU pour le financement des infrastructures de transport et du numérique, Bundestag
  • Christine Lagarde, présidente, BCE
  • Hans-Dieter Lucas, ambassadeur d’Allemagne en France et à Monaco
  • Bruno Le Maire, Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance
  • Ulrich Matthes, acteur et président, Deutsche Filmakademie 
  • Katja Meier, Ministre de l'Europe et de la Justice du Land de Saxe 
  • Nikolaus Meyer-Landrut, chef de la délégation de l’Union européenne en Turquie, ancien ambassadeur d’Allemagne en France
  • Edouard Michon, Senior strategist, Allianz
  • Bernard de Montferrand, senior advisor chez Roland Berger; ancien ambassadeur de France en Allemagne 
  • Nora Müller, directrice exécutive, Körber Stiftung
  • Philippe Oddo, Chief Executive Officer, Oddo BHF Group
  • Nicolas Petrovic, Chief Executive Officer, Siemens France 
  • Gero von Randow, ancien correspondent à Paris, Die Zeit 
  • Wolfgang Schmidt, Secrétaire d’Etat, ministère fédéral des Finances
  • Wolfgang Schäuble, Président, Bundestag
  • Volker Schlöndorff, Réalisateur
  • Olaf Scholz, Ministre fédéral des Finances
  • Reinhold von Eben-Worlée, Chief Executive Officer, E.H. Worlée & Co. ; président, Die Familienunternehmen
  • Sven Schulze, maire de Chemnitz
  • Daniela Schwarzer, directrice Open Society Foundations
  • Stephan Steinlein, secrétaire d’Etat, Présidence de la République fédérale allemande 
  • Constanz Stelzenmüller, senior fellow, Brookings 
  • François Villeroy de Galhau, gouverneur, Banque de France 
  • Stefan Vopel, directeur, Bertelsmann Stiftung 
  • Frank Weise, président, Hertie Foundation
  • Jakob von Weizsäcker, chief economist, ministère fédéral des Finances 
  • Thomas Wieder, correspondant à Berlin, Le Monde


L’Allemagne est à un moment charnière de son histoire. La révolution numérique et environnementale oblige son modèle économique, qui a fait sa force ces dernières années, à se transformer. En témoigne l’épisode douloureux des inondations qui ont submergé le pays en juillet 2021. Le départ d’Angela Merkel, en septembre 2021, bouleverse le paysage politique après 16 années marquées par la stabilité. Parallèlement, l’Allemagne doit composer avec son nouveau statut de puissance, qui l’oblige à assumer davantage de responsabilités sur le plan économique, politique mais également militaire - avec le retrait des troupes américaines d’Afghanistan qui participe d’une réorientation de la politique allemande de sécurité.

 
Comment l’Allemagne, considérée il y a 20 ans comme "l’homme malade de l’Europe", est-elle parvenue à s’affirmer comme la puissance centrale du continent ? Quelles sont les conséquences économiques et géopolitiques de cette affirmation ? Et comment l’Allemagne se prépare-t-elle à "l’après Merkel" ? 
 
Pour répondre à ces questions, l’Institut Montaigne propose une plongée dans l’Allemagne contemporaine, marquée par 16 années de prospérité et de stabilité, qui s’affirme aujourd’hui comme une puissance "modérée". Au travers de plus de 40 auditions, cette note entend donner la parole aux acteurs économiques, politiques et académiques, afin de comprendre les débats qui traversent le pays à la veille des élections.

Le territoire allemand se transforme

Comprendre l’Allemagne, c’est comprendre l’organisation de son territoire. Pays décentralisé et récemment réunifié, son modèle repose avant tout sur une concurrence entre les stratégies de développement économiques des différentes régions. L’Allemagne voit aujourd’hui ses équilibres évoluer, à travers l’affirmation d’un nouveau centre, Berlin, et la recomposition de ses anciennes périphéries. 

Berlin affirme son rôle de capitale 

L’affirmation de Berlin comme capitale de l’Allemagne est incarnée par l’inauguration de plusieurs bâtiments emblématiques durant la crise, comme le nouvel aéroport Willy Brandt et le Château de Berlin. Le rattrapage économique de la capitale de la première puissance d’Europe est poussé par le boom de l’immobilier et l’émergence d’une scène de start-ups particulièrement dynamique. Longtemps considérée comme une exception, la capitale berlinoise joue désormais pleinement son rôle de laboratoire politique pour le reste du pays

La fracture Est-Ouest se réduit 

La pandémie a touché l’ensemble de l’Allemagne sans marquer de véritable distinction entre l’Est et l’Ouest. La fracture Est-Ouest reste une réalité mais le déclin économique et démographique de certaines régions de l'Ouest tend à rendre obsolète cette ancienne fracture comme cadre d’analyse. L’ancienne Allemagne de l’Est révèle par ailleurs, dans certaines régions, un dynamisme original porté par l’avènement d’une nouvelle génération, qui ne se considère plus comme une "victime" de la réunification, et par la volonté du gouvernement fédéral d'utiliser la politique industrielle verte pour accélérer le développement économique des "nouveaux Länder". 

Le Mittelstand gagne en puissance

En 2018, en réaction à la crise des gilets jaunes en France, le gouvernement fédéral a installé une commission visant a résorber les écarts de développement économique entre les espaces urbains et les espaces ruraux. Si l'écart ville-campagne existe, il est atténué en Allemagne par la présence d’une industrie en milieu rural composée d’entreprises familiales particulièrement performantes : le Mittelstand. Celui-ci contribue traditionnellement au succès économique de l’Allemagne et à la structuration de son territoire, mais il aborde les prochaines élections avec inquiétude.

La vie politique allemande se recompose

Après 16 ans de pouvoir, le départ d’Angela Merkel ouvre un vide politique. C’est la première fois depuis la création de l’Allemagne, que le Chancelier sortant ne se représente pas.

 

 

La volatilité des intentions de vote est marquée par une fluctuation du vote en faveur de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), et des Verts et du SPD. Cette recomposition de la vie politique allemande ne marque pas de véritable rupture, dans la mesure où chacun des grands partis cherchent, à sa manière, à se positionner comme un nouveau "centre". 

CDU-CSU, le premier parti d'Allemagne ?

Un temps favori dans les sondages, l’Union de la CDU et de la CSU bavaroise, le premier parti d’Allemagne, doit faire face à plusieurs défis en vue des prochaines élections. Écrasé par la figure de la Chancelière, son personnel politique est relativement effacé. Après 16 années de gouvernement au centre, le parti n’a plus d’identité et apparaît aujourd’hui profondément divisé. Malgré un affaiblissement inédit et la perte de popularité de leur candidat Armin Laschet, les conservateurs misent sur un programme sans contours pour tenter de remporter les prochaines élections.  

La montée des Verts allemands

L'ascension - quelque peu ralentie, des Verts allemands - est liée au renforcement de leur crédibilité, en particulier dans le domaine de la géopolitique et de l’économie, et représente l’élément le plus nouveau de cette campagne. Portée par une vague verte et cherchant à incarner un changement de génération, le parti Die Grünen s'apprête à gouverner au sein d’une future coalition. 

Le SPD en déclin ?

Longtemps en chute libre dans les sondages après l’agenda de réformes imposées par le Chancelier Gerhard Schröder, le parti social-démocrate (SPD) remonte dans la course aux législatives de manière inattendue. En misant sur la notion de "respect" pour regagner l'électorat populaire qui se perçoit comme le grand perdant de la mondialisation ainsi que sur la crédibilité de son candidat, le Vice-Chancelier Olaf Scholz, qui apparaît comme la personnalité la plus expérimentée pour présider aux futures destinées de l’Allemagne, le SPD pourrait créer la surprise lors des prochaines élections.  

AfD : l’extrême droite en perte de vitesse 

Né de la crise de l’Euro et renforcé par la crise des réfugiés, le parti d’extrême-droite AfD (Alternative pour l'Allemagne) est désormais la troisième force politique du pays, sur laquelle il faut compter. En baisse dans les sondages, il n’a cependant pas réussi à capitaliser sur la crise sanitaire pour trouver un nouvel élan. Le rôle assumé par le parti libéral comme "Protest-Partei" (Parti de protestation) explique en partie cette stagnation, mais surtout ses divisions internes et sa radicalisation qui le discréditent en tant que potentiel parti de gouvernement.

Les paradoxes de la prospérité

Après 16 années de prospérité et de politique économique attachée à renforcer les bases de la compétitivité allemande, le dynamisme économique de l’Allemagne montre des signes d'essoufflement. L’héritage d’Angela Merkel est ambivalent. Bénéficiant des réformes Schröder qui ont rétabli la compétitivité de l’économie allemande, Angela Merkel a administré efficacement la prospérité de l’Allemagne au cours des 16 dernières années, mais son manque de vision et de réformes ont insuffisamment préparé l’Allemagne pour l’avenir. Si l’intégration réussie des réfugiés arrivés sur le territoire allemand en 2015 contribue, partiellement, à ralentir le déclin démographique de l’Allemagne, Angela Merkel lègue au pays deux faiblesses : un système financier fragile, et le manque d'investissement dans le numérique et les infrastructures
 
Sur le plan climatique, le bilan de la "Klima Kanzlerin" est à nuancer. Le jugement de la cour constitutionnelle allemande condamnant le gouvernement allemand pour son manque d’ambition climatique a levé le voile sur les contradictions et les impasses de la politique allemande de l’énergie et du climat. L'Allemagne identifie à présent deux principaux défis : le passage du moteur à combustion au moteur électrique, visant à assurer l’avenir de l’automobile, et le développement de l’économie de l’hydrogène. 
 
On voit désormais émerger en Allemagne un nouveau débat sur la répartition de la richesse, qui pourrait se traduire par la réintroduction de l'impôt sur la fortune à l’issue des prochaines élections. Les 16 années de prospérité qui ont profité à l'ensemble de la société et en particulier aux salaires les plus modestes ont permis de résorber partiellement les inégalités en Allemagne. La part de travailleurs pauvres y est désormais moins élevée qu’en France, mais le dernier rapport du Gouvernement fédéral sur la richesse et la pauvreté publié en 2021 a révélé une très forte concentration du patrimoine du pays

L’Allemagne s’affirme comme la grande puissance de l’Europe

"Devenir plus européens pour rester transatlantiques"

L’Allemagne s’est imposée comme une puissance centrale en Europe. Si elle rejette le concept de puissance, elle n’en pose pas moins les bases nécessaires à l’affirmation d’une Allemagne et d’une Europe plus souveraines, en particulier dans le domaine militaire. En 2020, les investissements de défense allemands s’élevaient à 46,3 milliards d’euros, les propulsant ainsi à la 7e place mondiale, devant la France.
 
Contrairement à la France, l’Allemagne assume sa dépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis et voit dans le concept d’autonomie stratégique européenne une "illusion". Pour autant, elle considère important de rééquilibrer son partenariat avec les États-Unis par le renforcement de la capacité d’action de l’Europe. L’Allemagne n’hésite d’ailleurs pas à prendre position contre les États-Unis. C’est notamment le cas pour le projet Nord Stream 2 et pour l’accord relatif aux investissements chinois. 
 
Au regard de la levée récente des sanctions américaines contre les entreprises impliquées dans le pipeline russe et les récentes interactions de Joe Biden et Angela Merkel aux sommets du G7 et de l’OTAN, Berlin représente le premier partenaire européen de Washington.

La Chine, la nouvelle obsession allemande

La politique d’Angela Merkel restera marquée par une forme de complaisance vis-à-vis des régimes autoritaires russe et chinois. La stratégie du "Wandel durch Handel" (le changement par le commerce) a échoué dans les deux cas. Si le Mittelstand reste opposé à toute forme d'interventionnisme dans les affaires extérieures, les acquisitions d’entreprises stratégiques allemandes par des entreprises chinoises et la diminution du commerce avec la Russie pourraient soutenir une réorientation de la politique allemande vis-à-vis de ces deux États. La Chine est incontestablement devenue une obsession allemande. 
 
De quoi Merkel est-elle la fin ? D’un style. D’une morale. D’un roc. D’un pilier dans un monde compliqué et turbulent. D’un centrisme radical, politique et diplomatique. D’une époque, aussi, où l’Allemagne pouvait encore servir en priorité ses intérêts économiques, s’abriter derrière l’alliance atlantique et éviter sa part du fardeau pour la préservation de l’ordre international et européen. Il reviendra au prochain Chancelier de définir en politique étrangère une ligne plus claire, prenant en compte l’élévation des intérêts de l’Allemagne au niveau européen. 

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