Institut Montaigne
Education et Enseignement supérieur

Recruter 60 000 enseignants et mettre en place un dispositif de pré-recrutement

Jean-Luc Mélenchon

La France insoumise

Commentaire synthétique

Recruter au moins 60 000 enseignants supplémentaires sur le quinquennat et mettre en place un dispositif de prérecrutement pour favoriser l’accès au métier d’enseignant par les jeunes issus des milieux populaires.

Jean-Luc Mélenchon propose de recruter au moins 60 000 enseignants supplémentaires sur le quinquennat et de mettre en place un dispositif de pré-recrutement afin de favoriser l’accès au métier d’enseignant par les jeunes issus de milieux populaires.

Jean-Luc Mélenchon propose de recruter 60 000 enseignants durant le quinquennat sans préciser le rythme de recrutement ni la catégorie des enseignants recrutés. Cette proposition devrait avoir un coût sur l’ensemble du quinquennat d’environ 1,9 Md€.

La proposition de mettre en place un dispositif de pré-recrutement n’est pas précisée non plus. Un dispositif aux visées similaires a été introduit au cours du présent quinquennat, pour un coût, en rythme de croisière, d’environ 25 M€ par an.

Chiffrage

Coût 1,9 Md€ Coût supporté par l'État : 100%

Jean-Luc Mélenchon ne précise pas quels types d’emplois sont visés. Étant donné le consensus existant sur la priorité à donner à l’enseignement primaire, l’hypothèse de base retenue est celle de recrutements composés de deux tiers d’enseignants du premier degré (67%), de 30 % d’enseignants du second degré et de 3 % de personnels administratifs et techniques.

Les coûts unitaires retenus sont ceux figurant dans les documents budgétaires annexés à la loi de finances pour 2017. D’après ces documents, les coûts annuels d’un agent du ministère de l’Éducation nationale en début de carrière, charges sociales comprises (hors cotisations au titre des pensions) sont les suivants :

  • enseignant du premier degré : 30 751 € ;
  • enseignant du second degré : 33 589 € ;
  • personnel administratif et technique : 29 326 €.

En répartissant les recrutements d’une manière linéaire sur l’ensemble du quinquennat (12 000 recrutements par an), le coût annuel de recrutement s’élèverait à 378,7 M€, soit un coût cumulé sur l’ensemble du quinquennat de 1,9 Md€ en mesures nouvelles. Cette estimation est une mesure des coûts nouveaux induits chaque année, elle doit être distinguée des :

  • coûts cumulés sur l’ensemble du quinquennat : cette méthode impose de prendre en compte le coût des postes créés chaque année du quinquennat et aboutirait à une estimation supérieure à 5 Md€ en fin de quinquennat ;
  • coûts cumulés sur l’ensemble de la carrière des recrutés : cette méthode permet de prendre en compte le fait que les recrutements emportent une charge pour l’État durant plusieurs décennies ? car ils induisent une rémunération pendant une quarantaine d’années d’exercice et une vingtaine d’années de pensions.

Cette estimation peut être modulée à la hausse ou à la baisse en fonction de différentes hypothèses (+ / – 15 %) :

  • à la hausse : par une proportion plus élevée de recrutement d’enseignants du second degré et en prenant en compte une possible hausse des coûts de recrutement tout au long du quinquennat ;
  • à la baisse : par un rythme de recrutement moins élevé qu’annoncé et avec la prise en compte d’économies potentielles sur les heures supplémentaires ou les remplacements.

Aucune précision n’est apportée concernant le dispositif de pré-recrutement annoncé par Jean-Luc Mélenchon, ce qui ne permet pas de chiffrer la proposition précisément. Cela étant dit, un dispositif aux visées similaires a été introduit durant le présent quinquennat sous la forme d’emplois soutenus par le gouvernement, les “emplois d’avenir professeur”. Les caractéristiques de ce dispositif permettent de donner un ordre de grandeur des coûts. Le dispositif des “emplois d’avenir professeur” a été créé au bénéfice des étudiants titulaires d’une bourse sur critères sociaux de l’enseignement supérieur qui se destinent au métier d’enseignant. Ce dispositif a concerné environ 6 000 personnes pour un coût annuel en rythme de croisière d’environ 25 M€. Il est essentiellement constitué d’une aide financière aux étudiants titulaires d’un tel contrat (900 € mensuels prélevés sur différents programmes) à charge pour le candidat de se présenter aux concours d’enseignants.

Difficultés pour le chiffrage, aléas et incertitudes

Les difficultés de chiffrage reposent essentiellement sur les imprécisions quant aux caractéristiques des propositions.

Historique

La proposition a-t-elle déjà été avancée /appliquée en France ?

Le président François Hollande s’était également engagé en 2012 à recruter 60 000 enseignants. Cet engagement faisait suite à plusieurs années de réduction du nombre de postes d’enseignants. La loi de refondation de l’école dite “loi Peillon” du 8 juillet 2013 a précisé que les objectifs à atteindre à l’horizon 2017 étaient de 54 000 postes pour l’éducation nationale (le reste étant consacré à l’enseignement supérieur et l’enseignement agricole). Cependant, comme le constate le rapport du comité de suivi pour l’application de la loi Peillon, l’effet de ces recrutements a été peu visible sur le terrain. Une des explications probables peut provenir du fait que les créations de postes visaient autant les enseignants titulaires que les enseignants-stagiaires. Or, la durée de présence de ces derniers en classe est moins importante. En outre, ces créations visaient principalement à accompagner des dispositifs politiques ciblés (« plus de maîtres que de classe », scolarisation des enfants de moins de trois ans, etc.)

De la même manière, les dispositifs de pré-recrutement ont été mis en place lors du quinquennat présent par le déploiement des contrats d’avenir (“emplois d’avenir professeur”).

Pour quels effets ?

Les précédentes augmentations du nombre d’enseignants ne sont pas évaluées. Le but de ces politiques consiste à améliorer les taux d’encadrement, étant supposés que la gestion de petits groupes d’élèves est un atout pour l’apprentissage.

Mise en œuvre

Quel processus pour que la proposition soit appliquée ?

La prise en compte des recrutements supplémentaires doit être actée en loi de finances. Des dispositions législatives et réglementaires seront nécessaires afin de mettre en œuvre ces mesures (en particulier pour l’affectation des enseignants et les éventuelles conséquences sur l’organisation pédagogique de l’enseignement). Ces dispositions nécessiteront d’être complétées par des instructions ministérielles organisant le mode d’application des réformes.

En particulier, le dispositif de pré-recrutement nécessitera une implication de l’échelon local.

Qui est concerné par une telle mesure ?

Ces mesures portent sur les enseignants et devraient avoir un impact sur les conditions matérielles de l’enseignement.

Impact macro économique

Approche Court terme Long terme
Effet positif Meilleur encadrement des élèves Meilleur niveau de formation de la population active
Effet négatif Coût pour les finances publiques
Choisissez un candidat
Choisissez un thème
Comparer les propositions
de Jean-Luc Mélenchon
sur le thème Education et Enseignement supérieur avec
Consulter les propositions
de Jean-Luc Mélenchon
sur le thème