Nos propositions en un coup d’œil

>> Mise en réseau et fusions de PME

Proposition issue du rapport "Mondialisation : Réconcilier la France avec la Compétitivité" - Juin 2006

 


Les PME, en particulier les PME innovantes, jouent un rôle essentiel dans l’économie. Mais souvent elles sont mal armées pour résister à la mondialisation. Dans un monde qui fonctionne en réseau, elles doivent
développer leur propre réseau, et l’accompagnement de leur croissance nécessite de faire tomber deux barrières essentielles : l’accès au capital et aux marchés.

 

L’instrument qu’elles peuvent utiliser à cette fin existe : les systèmes productifs locaux (SPL). Peu connus à l’échelle nationale, ils ont fait leurs preuves dans de nombreuses régions.

Qu’est-ce qu’un système productif local ?


Les SPL n’ont pas de statut juridique « gravé dans le marbre ». Ce sont au départ des associations d’entreprises, dont le critère de regroupement peut être la volonté de diversification maîtrisée d’une zone géographique donnée, l’exploitation d’une innovation, ou l’élévation de la qualité, la spécialisation commerciale, avec éventuellement la création d’établissements à l’étranger. Ce peut être aussi la création de formations professionnelles communes, les prêts de personnel, le partage des compétences. La plus grande souplesse préside à leur constitution.

La même variété se retrouve dans l’analyse par secteur qui recense des activités à forte intensité technologique ou nécessitant un savoir-faire technique bien représenté localement, aussi bien que des activités à contrainte géographique forte ou à concentration de techniques associées complémentaires. Ces structures sont, de ce fait, évolutives. Elles représentent un temps du développement économique des zones où elles sont implantées. La caractéristique principale commune des SPL est l’esprit d’innovation, incarné le plus souvent par un ou plusieurs
chefs d’entreprises leader. Ceux-ci fédèrent des entreprises, des centres de recherche locaux, des établissements de formation (lycées ou universités) dans des opérations menées en commun, le plus souvent à
l’intérieur d’un département ou d’une région. Ce sont souvent des opérations de « district ».

 

En outre, un facteur de succès des SPL mérite d’être signalé : ils doivent être conçus pour s’adapter à la destruction créatrice. Dès leur lancement, il doit être clairement envisagé que leurs initiatives devront se renouveler constamment. Il faut les envisager comme un facilitateur d’évolutions, de reconversion des entreprises et de leur personnel, loin d’une opération structurelle du type de « Ouest Atlantique» . Cela nécessite un marché du travail et de la formation organisé localement. Il doit toutefois, pour assurer la nécessaire flexibilité, s’inscrire dans le cadre d’un bassin d’emploi suffisamment large et diversifié.

 

Leur démarche est à l’opposé de celle des « pôles de compétitivité», privilégiée par le pouvoir central, qui repose sur un appel à projet à l’échelon national et met en jeu de très nombreux partenaires. Cette formule semble justifiée pour des opérations lourdes, mais moins adaptée à un trop grand nombre de projets d’importance moyenne. Elle risque en effet d’étouffer sous les contraintes administratives le processus de développement.
Selon l’initiateur des « pôles de compétitivité », Christian Blanc, « Que Paris ait fait un appel à projets, c’était bien, mais après, il fallait arrêter… à une petite dizaine de pôles, pendant un an, pour les travailler, pour les formater et ensuite mon idée était de s’appuyer sur des SPL qui existent et qui ne demandent qu’à être complétés. Il y a 400 « clusters » possibles en France.»


On néglige souvent leur rôle essentiel, mais pourtant selon une autre étude récente : « Les villes où se sont développé des clusters industriels sont celles où le revenu par habitant est le plus élevé. Ces clusters créent
de l’emploi, accélèrent l’urbanisation, réduisent les écarts de revenu, et aident à économiser de l’énergie. […] Nous appelons le gouvernement à adopter une stratégie nationale fondée en priorité sur le développement
des clusters ». Ce n’est pas un économiste français qui a rédigé ces phrases. À des milliers de kilomètres de Paris, ce diagnostic est celui de l’Académie des Sciences Sociales de Chine sur ces zones qui alternativement attirent et épouvantent nos industries.


C’est cette démarche que nous proposons de relancer pour éviter la création d’un « désert » à l’intérieur de nombreuses régions, s’opposant au développement des seules zones concernées par les « pôles », qui ne couvriront qu’une partie du territoire.

 

Faciliter la création de réseaux de PME, sur la base de l’initiative des entreprises :

 

  • Reconnaître, encourager et utiliser les Système Productif Locaux (SPL)

 

  • Établir et diffuser un guide sur les instruments de construction et de fonctionnement des SPL. Ce guide pourrait s’appuyer sur des exemples concrets de réalisations réussies : comment monter une plate-forme d’innovation, quel mode de gouvernance employer, quels sont les sujets déjà traités, mais également quels sont les problèmes qui se posent. Il serait réalisé par la DIACT4.

 

  • Développer les fusions et mises en commun d’opérations réalisées par l’intermédiaire des SPL. Il pourrait s’agir d’aider les fusions qui permettraient d’atteindre la taille critique et d’exporter
    davantage ; ou bien d’inciter les entreprises à mettre en commun certaines fonctions (notamment les installations polluantes qu’elles ne peuvent mettre aux normes seules faute de moyens), à créer des
    services communs de recherche et développement, de prospection des marchés extérieurs, de gestion des ressources humaines.


Dans cette perspective, la continuité territoriale du SPL sur une zone géographique limitée n’est pas une nécessité absolue. A côté des «districts», qui sont souvent la forme adoptée pour faire vivre ces groupements d’entreprises, des « metadistricts » pourraient être créés où le groupe d’entreprises initial joue le rôle de facilitateur, d’encadreur d’une zone qui se développe dans la même région, ou à l’extérieur de celle-ci,
même à l’étranger. C’est le district qui se délocalise, avec tous les avantages de la complémentarité internationale. Certains districts italiens, inventeurs de cette formule, essaient ainsi d’échapper au rapide
déclin de l’économie de leur pays.