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Pour une refondation de la stratégie de Lisbonne


Que va pouvoir faire le Conseil européen aujourd'hui et demain à Bruxelles pour relancer la « stratégie de Lisbonne », ce pari formulé en mars 2000 de faire de l'Union européenne d'ici à 2010 « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale » ?
Il devrait d'abord dresser le constat de la panne. L'Europe ne parvient pas à rattraper son retard sur les Etats-Unis. Ses performances tendent même à se dégrader : au cours des trois dernières années, le taux de croissance annuel moyen de l'Union n'a atteint que 1,25 %, contre 2,7 % dans la seconde moitié des années 1990.
Il est vrai que la stratégie de Lisbonne souffre de trois handicaps majeurs. D'abord, il s'agit d'un projet ignoré du public et qui ne parvient pas à mobiliser. Aucune personnalité ne l'incarne, à la différence du « marché unique » porté par Jacques Delors ou de l'euro, soutenu par Valéry Giscard d'Estaing, Helmut Schmidt, puis François Mitterrand et Helmut Kohl. Ensuite, la répartition des responsabilités pour avancer dans la voie tracée à Lisbonne est confuse. Alors que les traités de Maastricht et d'Amsterdam, puis le projet de Constitution pour l'Europe, se sont efforcés de tracer les limites des compétences de l'Europe et de ses Etats, le Conseil européen de Lisbonne a occulté cette question. Et le Parlement européen n'a aucun rôle à y jouer. Enfin, les objectifs n'ont pas fait l'objet d'une remise en perspective à la lumière des événements intervenus depuis : instabilité politique mondiale, crise économique, éclatement de la bulle financière liée aux activités Internet. Le Conseil ne doit pas pour autant renoncer à l'ambition affichée. Mais s'il veut tracer les voies d'un renouveau, il devra à notre avis (voir « Comment rendre l'Europe vraiment compétitive ? », rapport du groupe Questions européennes de l'Institut Montaigne, disponible en ligne sur www.institutmontaigne.org) s'attacher à surmonter les handicaps identifiés. La grande priorité sera de redonner _ ou plutôt de donner _ du souffle à la stratégie de Lisbonne. Trois événements en fournissent l'occasion : la nouvelle Commission européenne dirigée par José Manuel Durão Barroso, qui a dit l'importance qu'il attachait à cette initiative ; le rapport d'étape présenté par l'ancien Premier ministre des Pays-Bas, Wim Kok ; et, de façon plus fondamentale, l'adhésion des dix nouveaux Etats membres.
Ensuite, il faudra clarifier les responsabilités des différents acteurs. Aux Etats membres de prendre les initiatives pour développer sur leur territoire « l'économie de la connaissance », et surtout pour identifier les obstacles structurels, politiques et sociaux qui empêchent de retrouver le chemin de la croissance. Aux institutions européennes de tracer le cadre des coopérations indispensables (comme, par exemple, la création d'une quinzaine de pôles technologiques majeurs associant universités et recherche industrielle, capables d'attirer capitaux et chercheurs du monde entier) et d'évaluer les progrès et les défaillances de chaque Etat.
En troisième lieu, il conviendra d'intégrer les changements intervenus depuis mars 2000, en Europe comme dans le monde.
Cette refondation de la stratégie de Lisbonne doit également être l'occasion de s'interroger sur la contribution que les politiques classiques devraient apporter au retour de la croissance. Deux domaines nous semblent devoir être explorés à ce titre. D'une part, il faut retrouver une ambition industrielle européenne, en acceptant une approche plus politique des règles de concurrence, ce qui passera par la mise en place d'une autorité administrative indépendante. D'autre part, il est nécessaire de repenser les priorités budgétaires de l'Union en concentrant les fonds structurels sur la recherche, la formation et le développement des technologies de l'information et en recentrant les grands projets d'infrastructures sur l'amélioration des connexions transfrontalières et le développement des transports urbains. C'est à ces conditions que le Conseil européen pourra relancer la stratégie de Lisbonne et, l'ouvrant à de nouveaux champs de réflexion et d'action, permettre à l'Europe de retrouver son dynamisme et sa capacité de rayonnement.

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