Compétitivité et vieillissement
La réduction de la population active et l'augmentation du nombre des inactifs. Telles sont les conséquences du vieillissement de la population qui atteindra de plein fouet le potentiel de croissance économique des pays développés. Inévitablement, c'est la compétitivité de chacun d'eux qui s'en trouvera affectée, dans une mesure plus ou moins grande. L'Europe et les États-Unis vieilliront, en effet, différemment, créant ainsi des distorsions de potentiel de développement économique entre l'Union européenne et les États-Unis d'une part, et à l'intérieur de chaque grand pays européen, entre les diverses régions qui le constituent d'autre part. Une géographie économique nouvelle se dessinera. C'est sous cet angle nouveau que l'Institut Montaigne a envisagé, dans son rapport Compétitivité et vieillissement (1), les grandes évolutions qui se produiront pour chaque pays, tant à l'échelle nationale que régionale. Cette étude a permis de définir une politique de lutte contre les effets du vieillissement démographique à travers la mobilisation des réserves de main-d'œuvre potentiellement disponibles, au cours des vingt-cinq prochaines années. Partant du constat du
différentiel de croissance de la population totale entre les États-Unis et l'Europe, ce rapport souligne les risques d'élargissement du fossé transatlantique. Alors que la fécondité américaine est demeurée proche du seuil de renouvellement des générations depuis plus de vingt ans, elle est descendue à 1,5 enfant par femme environ au sein de l'Union européenne. Aux États-Unis, l'immigration devrait se poursuivre sur les vingt prochaines années à un rythme près de trois fois supérieur à celui prévu en Europe. Au final, la population en âge de travailler devrait augmenter, outre-Atlantique, de 16 % entre 2000 et 2025, à une cadence qui ne ferait que ralentir à partir de 2010. Dans le même temps, l'Europe des Quinze, à l'inverse, devrait voir cette population reculer, notamment à partir de 2010, de 3,5 % par an. De plus, son taux d'activité devrait être de 76 % aux États-Unis contre 70,1 % en Europe en 2025. Les propos de certains dirigeants américains sur la « vieille Europe » se comprennent dès lors plus aisément Compte tenu de ces perspectives et d'un rythme de productivité plus élevé de l'autre côté de l'Atlantique, l'augmentation du potentiel de croissance américain serait de 19 % en 25 ans. L'Europe ne proposerait qu'une quasi-stabilisation (+ 1,4 %), d'après les projections d'Euro-stat. Mais, au sein de l'UE, la situation de certains pays adhérents pourrait être modifiée s'ils mobilisaient les réserves de main-d'œuvre dont ils disposent propres à accroître leur potentiel humain. Dans cette perspective, le panorama des pays européens, dans les années à venir, sera très différent à la fois de celui que nous connaissons aujourd'hui et de celui brossé par les projections démographiques d'Eurostat, fondées sur des taux d'activité en très faible augmentation sur 25 ans. Les pays, à l'instar de l'Allemagne et du Royaume-Uni, dont le taux d'activité professionnelle est déjà très élevé, n'auront pas de réserves. Ils seront donc désavantagés en termes de potentiel de croissance et subiront de plein fouet les effets négatifs de la baisse des effectifs de leurs différentes classes d'âge, sans possibilité d'augmenter leurs taux d'activité. L'Italie et l'Espagne, contrairement à l'opinion admise, ne seraient quant à eux pas atteints par une sensible diminution de leur population active, le dynamisme démographique des régions du sud de ces pays compensant les déficits de main-d'œuvre dans leurs régions du Nord. Ces régions du Sud connaissent en effet des taux d'activité chez les jeunes, les femmes adultes et les seniors encore bas, donc susceptibles d'être fortement augmentés. Certains autres pays européens, tels que l'Irlande, connaîtront la même situation. Dans ce panorama, la situation de la France est paradoxale. Certes, il existe bien une réserve d'effectifs à employer ; cependant, les taux d'activité professionnelle des hommes et des femmes adultes étant déjà élevés, celle-ci ne concerne que les jeunes de moins de 24 ans pour une faible part, et les seniors de 55 à 65 ans pour une part beaucoup plus importante. Entre 2005 et 2015, la population active de ces groupes d'âge pourrait augmenter d'environ 3,7 millions de personnes, soit une marge de 13 % par rapport au niveau de la population active disponible, prévu par Eurostat. Ce serait évidemment un gros avantage pour la France. La réalisation de ces prévisions supposerait un alignement des taux d'activité professionnelle sur ceux observés à l'heure actuelle aux Pays-Bas pour les moins de 35 ans, et en Suède pour les 35 ans et plus. Ces pays peuvent servir de référent en raison de leur politique de l'emploi particulièrement dynamique qui s'inscrit dans un modèle de société considéré comme exemplaire. S'agissant de notre pays, les analyses par région contenues dans le rapport de l'Institut Montaigne donnent plus de détails sur son avenir. Trois grands ensembles apparaissent. En premier lieu, une zone de « vive croissance » dans le Sud-Est, de la région Rhône-Alpes à Midi-Pyrénées, en passant par Paca. L'Alsace et l'Aquitaine peuvent être rattachées à cet ensemble dynamique qui constitue le se de notre compétitivité future. En second lieu, les régions Nord-Ouest, y compris l'île-France, qui ont certes, dans l'ile de France médiat, des perspectives croissance plus élevées que moyenne européenne mais auront, à partir de 2010, tournant très net à négocier population en âge de travailler devant sensiblement diminuer après cette date. Enfin, il apparaît une « Frai transverse », de l'Auvergne à la Lorraine. Ces régions de l'intérieur forment une diagonale se caractérise depuis longtemps par sa faible densité de population et l'absence de grandes métropoles. Sa population en i de travailler diminuera dans années à venir, posant pai même le problème de sonmes de développement économique Le vieillissement démographique créera un monde économique nouveau. Dans ce perspective, la France n'est pas nécessairement perdante. A condition expresse qu'elle sache se mobiliser notamment pour utiliser au mieux ses ressources humaines disponibles tant cl les jeunes que chez les senior et créer un milieu économie renouvelé d'entreprises innovantes et attirantes pour les investisseurs étrangers. Les cai sont donc désormais entre mains. Un repli sur elle-même dans quelque domaine que soit, économique comme soc serait la pire des solutions.
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