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L'agriculture française a-t-elle encore un avenir ?

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Les agriculteurs traversent aujourd'hui une grave crise d'identité, mais l'agriculture continue d'occuper une place à part dans notre patrimoine et notre économie. Elle se situe au cœur des problématiques territoriales, environnementales et énergétiques contemporaines. Dans ce contexte, peut-elle être considérée comme un secteur porteur d'espoir pour l'avenir ? Pour les intervenants de ce débat, une chose est sûre : sa réussite future passe avant tout par un modèle agricole économiquement viable et désireux de s'inscrire dans une logique de développement durable.

Pour Joachim Bitterlich, Président du groupe Agriculture, le constat est clair : l'agriculture doit impérativement être préservée mais elle ne peut plus être soutenue à n'importe quel prix. Dans cette optique, elle doit être dotée d'un modèle économique viable, ce qui suppose de rétablir une concurrence loyale à l'échelle française et internationale, de diversifier davantage les activités et les modes de rémunération et de privilégier la qualité. Bernard Layre, Président de Jeunes Agriculteurs, et Hervé Gaymard insistent particulièrement sur la nécessité d'un rapport de force plus équilibré en France entre l'amont agricole et l'aval, de manière à mieux répartir la valeur ajoutée. Pour Amélie Castera, le point sensible se situe davantage au niveau des négociations internationales : face aux dispositifs américains de « marketing loans », les Européens doivent se faire entendre pour imposer des conditions d'échange plus équitables sans culpabiliser, compte tenu de ce que l'Union fait déjà, seule au monde, pour les pays en voie de développement ou moins avancés. La diversification des activités agricoles passe par le recours à des débouchés nouveaux, tels les biocarburants ou les services environnementaux. Selon Bernard Layre, l'engagement de ces réformes doit permettre à terme aux agriculteurs d'assurer de manière autonome une gestion compétitive de leur exploitation.

Joachim Bitterlich évoque également la nécessité de redonner l'envie d'entreprendre. En ce sens, il faut introduire des simplifications administratives et réduire d'ici à 2010 le surplus d'aides, de directives et de règlements qui asphyxient aujourd'hui l'activité agricole. Les modèles hollandais et espagnol sont ainsi des exemples à suivre en matière de réglementation. Pour Bernard Layre, la production doit aussi être davantage soutenue, ce qui passe par la fixation de prix à la production équitables. Or, comme le rappelle Hervé Gaymard, il ne peut exister de prix d'équilibre mondial car le prix dépend nécessairement de la notion d'excédents. Bernard Layre et Yann Wehrling insistent par conséquent sur la nécessité de structurer des espaces économiques harmonisés afin que les producteurs puissent soutenir la comparaison à l'échelle internationale. Toutefois la question des mesures à mettre en place pose problème : si pour Hervé Gaymard il faut continuer de défendre des politiques de soutien  fortes aux agriculteurs, Yann Wehrling estime que les aides à l'exportation doivent être retirées pour suivre cette logique de concentration géographique des zones de production et d'échange.

Le renforcement de la compétitivité de l'agriculture française passe également par le développement d'un environnement propice. Pour répondre aux grands enjeux de demain (alimentaire, énergétique), il faut prioritairement réduire la technocratie agricole et instaurer un dialogue plus fort entre agriculteurs, pouvoirs publics et défenseurs de l'environnement. Dans cette optique, Amélie Castera évoque l'instauration d'un grand ministère de l'agriculture, de l'environnement et de la consommation. Yann Wehrling préfère parler de gestion transversale des problèmes agricoles et environnementaux en rappelant qu'en matière de recherche, sur les OGM ou les pesticides par exemple, agriculteurs et écologistes ne vont pas toujours dans le même sens.

Bernard Layre et Amélie Castera soulignent enfin la nécessité de réduire la fracture entre la société et le monde agricole. Afin de mieux communiquer auprès de l'opinion publique, Amélie Castera propose en particulier la création d'une Cité de l'Agriculture sur le modèle de la Cité des Sciences et de l'Industrie. Bernard Layre insiste pour sa part sur la notion de transparence, tant sur le plan de la recherche et de l'innovation que de la productivité.

Les intervenants concluent sur l'idée que l'agriculture n'est pas une : une partie est destinée aux grands marchés, l'autre vit de sources de revenus plurielles et bénéficie de moins de soutien et de régulation. Le modèle de la PAC doit par conséquent être rediscuté afin d'apporter des réponses adaptées aux difficultés propres rencontrées par ces deux types d'agriculture et de bâtir un « nouveau pacte agricole » susceptible de redonner des perspectives aux agriculteurs.