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La vraie recette du sursaut français


Et si la France avait moins de problèmes qu’elle croit … et bien plus de solutions qu’elle pense ? La thèse peut sembler audacieuse à l’heure où le pays tout entier, purgeant plus d’un demi-siècle d’une fierté nationale sans doute un peu excessive, semble désormais communier dans une introspection critique qui frôle parfois la haine de soi ! Pourtant, à pointer régulièrement ce qui ne va pas dans le pays, à se représenter les succès identifiés chez tel ou tel de nos voisins comme autant de preuves de nos propres échecs, à substituer la contrition à l’arrogance et le mea culpa au cocorico, nous sommes peut-être bien en train de passer à côté de la vraie recette du sursaut. Car, comme les autres, la France mérite ici le blâme, mais là l’éloge. En s’inspirant de ce qu’elle fait bien, elle pourrait ainsi tout à fait, sans recourir aux recettes d’importation, faire de très grands progrès. Mais cela supposerait, d’abord, que nous assumions collectivement cette évidence : tout ne se vaut pas.

 

Contrastes. Dans le fond, le ressort fondamental des changements nécessaires au pays peut se résumer en un mot, "choisir". Un observateur étranger, et l’un des plus affûtés, me racontait il y a quelques jours cette expérience vécue qui, selon lui, disait tout de la France. Dans une grande ville de Province, il avait visité en une seule journée deux établissements publics d’enseignement supérieur situés à quelques centaines de mètres l’un de l’autre. D’un côté, des locaux fatigués, un amphi d’étudiants mal réveillés et un enseignant blasé lisant recto tono un polycopié truffé de banalités. Navrant. De l’autre, une unité d’économie à la pointe de la recherche mondiale qui publie, voyage, est reconnue et trouve des financements aux quatre coins de la planète. Formidable. Ce qui choque, ce n’est évidemment pas que ces deux extrêmes coexistent, mais que rien, dans les politiques publiques, ne laisse à penser que le pays s’est donné pour objectif de limiter la prolifération de ses zones de médiocrité, ni de développer ses zones d’excellence. Ce qui choque, c’est que nous nous interdisons pratiquement de distinguer les unes des autres, a fortiori de privilégier les uns ou les autres.

 

Pourtant, à y regarder de plus près, il ne manque pas d’exemples de réussites françaises ! Beaucoup de nos savants, de nos ingénieurs, de nos techniciens ne sont-ils pas regardés avec respect ? Nos grandes entreprises ne figurent-elles pas, en rangs serrés, dans les palmarès internationaux ? De nouvelles "gazelles" ne sont-elles pas apparues en nombre sur le territoire ? Certaines de nos administrations n’ont-elles pas réussi, malgré les procédures, les statuts et les contraintes à se transformer radicalement, pour le plus grand bien de leurs "agents" et de leurs "clients" ?

 

A toutes ces questions, la réponse est la même : bien sûr que si ! – et il suffit d’aller sur le terrain pour s’en rendre compte. Dès lors, tournant également le dos au déclinisme stérile et à l’angélisme dénégateur, la bonne démarche consisterait évidemment, dans tous les domaines, à recenser nos succès, à en identifier les facteurs et à les mettre en œuvre là où nous échouons. Comment fait la France quand elle gagne, et comment s’en inspirer ? Voilà l’interrogation qui devrait nourrir, après les prochaines élections, le travail de la nouvelle équipe au pouvoir, quelle qu’elle soit. Etonnamment, quel que soit le sujet, les recettes du succès sont presque toujours les mêmes – et, quand nous les mettons en œuvre, elles ne "ratent" jamais. C’est ce que montrent les exemples délibérément très disparates qu’a réunis l’Institut Montaigne dans un ouvrage qui vient d’être publié (1).

 

Les mêmes ingrédients. Qu’il s’agisse d’une sous-préfecture remise sous tension, d’une grande entreprise nationale passant du statut de canard boiteux à celui de champion mondial, d’une PME spécialiste des herbes surgelées conquérant le monde ou encore d’un lycée de Seine-Saint-Denis obtenant des résultats spectaculaires au bac, les ingrédients de la réussite sont immanquablement identiques. On trouve, toujours, des managers de qualité mettant en œuvre un projet précis qui se décline en  objectifs clairs et partagés. On trouve, aussi, une action qui s’inscrit dans la durée grâce à un leadership résolu mais aussi à une tutelle qui n’est pas une férule : l’autonomie est consubstantielle de la réussite. On trouve, enfin, une audace réelle mais ancrée dans une analyse sérieuse de la réalité du terrain.

 

Que la France soit encore capable de générer tant de réussites spectaculaires malgré les pesanteurs dans lesquelles elle s’est enlisée depuis un quart de siècle, cela en dit long sur son potentiel ! Mais elle ne parviendra pas à retrouver son rang ni surtout sa fierté tant que ces réussites coexisteront avec des gâchis au moins aussi nombreux. Ce qui lui est aujourd’hui nécessaire, c’est un cadre institutionnel, administratif et culturel où les succès soient reconnus et leur duplication favorisée. Mais pour booster ainsi ce qui marche bien, il faut accepter de tailler dans ce qui ne marche pas. Y a-t-il, d’ailleurs, plus grande injustice que celle qui consiste, au nom de l’égalité, à traiter de la même manière un proviseur, un sous-préfet, une université qui "se défoncent", portent un projet gagnant, et ceux qui se contentent de gérer et d’ouvrir le parapluie? La France est parfaitement capable, en puisant dans ses propres forces et en prenant exemple sur ses propres réussites, de renouer avec la trajectoire ascendante qu’elle a quittée. Pour cela, il lui faut d’abord rompre avec la paresse qui consiste à mettre tout et tous sur un pied d’égalité. Réformer, c’est choisir !


(1) Comment fait la France quand elle gagne,  Institut Montaigne, préface de Claude Bébéar. Plon.


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