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Réveiller les talents de l'université française


II aura fallu du temps mais, fort heureusement, la prise de conscience a eu lieu avant que s'ouvre la campagne électorale pour la présidentielle : les Français savent maintenant qu'il est dans l'intérêt supérieur du pays d'allouer des moyens supplémentaires à l'enseignement supérieur et à la recherche afin de doper l'innovotion, ingrédient clé de la croissance dans l'économie de la connaissance. Il faut se réjouir de ce premier consensus. Reste malgré tout à déterminer selon quelle méthode la prochaine équipe au pouvoir atteindra cet objectif sans engloutir inutilement des fonds publics.

 

La réponse du groupe de travail de l'Institut Montaigne qui a planché sur la question (1), et dont les membres sont des personnalités venues des horizons les plus variés, est simple : le premier enjeu, le plus important, est de faire émerger des leaders français dans la compétition universitaire mondiale. C'est très possible. Mais, comme le prouvent tous les grands classements internationaux, nous en sommes encore loin.

 

D'abord, ce qu'il ne faut pas faire : procéder à des rapprochements forcés décidés de l'extérieur. Rien ne serait plus contreproductif compte tenu de la subtilité des cultures d'établissement, rien ne serait plus probablement voué à l'échec en raison des histoires complexes de nos grandes écoles et de nos universités. Même s'ils doivent y être incités par la mobilisation de puissants moyens financiers concentrés sur quelques pôles, c'est aux acteurs de ce grand changement de décider de leurs destins et d'en dessiner les contours, pas à quelque deus ex machina.

 

Pour autant, un certain nombre de pistes apparaissent si l'on éclaire cette réflexion par l'étude attentive des succès étrangers. Quoi de plus logique, en effet, que de s'inspirer des expériences accumulées par les meilleurs, c'est-à-dire non seulement les grandes universités américaines (MIT, Harvard...), qui raflent les premières places des classements, mais aussi les écoles polytechniques suisses de Zurich et Lausanne, elles aussi très brillantes sur la scène internationale - et dont la proximité géographique indique bien que c'est la volonté stratégique qui est en cause, et pas on ne sait quel problème culturel. Un petit nombre de critères d'excellence se retrouvent en fait dans tous les succès répertoriés.


C'est sur cette base que de nouveaux "modèles français" peuvent être imaginés à partir de l'existant, qui présente d'ores et déjà de prometteuses richesses, mais déroge toujours à l'une au moins des conditions du succès. Pour simplifier, les moyens doivent être concentrés afin d'obtenir une masse critique, et une gouvernance efficace et ouverte sur la cité doit être mise en place. Un recrutement visant des profils d'excellence pour les enseignants comme pour les étudiants est indispensable pour que soit facilitée l'accession à la première division mondiale.


Au-delà, ce changement de modèle doit s'incarner, pour chaque pôle, en un lieu unique garantissant les échanges et favorisant, grâce à une réelle pluridisciplinarité, la fertilisation croisée (ainsi l'École de Lausanne rassemble-t-elle sciences mathématiques, sciences de la vie et humanités, alliage également présent au MIT de Boston). On voit bien que, sur le plateau de Saclay, sur la montagne Sainte-Geneviève mais aussi à Strasbourg, Toulouse ou Grenoble, et sur d'autres sites encore, il ne manque pas grand-chose d'autre que la volonté pour que soient réunis ces ingrédients. Le nouveau modèle de rayonnement et de compétition internationale que nous proposons suppose cependant une réelle sélectivité et le choix de quelques projets seulement. Il ne s'agit pas ici d'aménagement du territoire mais de la création de champions universitaires de rang mondial. Ceux-ci ne peuvent pas être nombreux, ni partout.


La démarche allemande qui se développe en ce moment, avec le choix de dix sites pilotes, pas un de plus, est, de ce point de vue, un exemple utile. Rien ne s'oppose, sauf les habitudes, les procédures et les conservatismes, à ce que, dans quelques années, la France retrouve son rang en matière d'enseignement supérieur et de recherche. Le réservoir de talents qui avait fait ses succès passés ne demande qu'à être réveillé et reconfiguré en fonction des exigences du nouveau paysage universitaire mondial.

 

C'est aux universités, aux grandes écoles et aux centres de recherche de s'adapter et de s'allier pour renouer avec l'influence qu'ils méritent. Mais le gouvernement issu des urnes en mai prochain aura, lui, la double responsabilité de le leur permettre et de les y inciter. C'est, pour notre pays, une responsabilité historique.

 

Philippe Wahl est président du groupe de travail "Enseignement supérieur" de l'Institut Montaigne, Philippe Manière en est le directeur

 

(1) "Avoir des leaders dans la compétition universitaire mondiale", rapport téléchargeable sur www.institutmontaigne.org.


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