Conférences et Chats
>> Débats "Libres Echanges"
| |
| La stratégie des Etats-Unis Détails de cet article :
Ni aussi simpliste, ni aussi claire que certains se plaisent à le penser, la politique étrangère des Etats-Unis connaît aujourd'hui un profond bouleversement. C'est une stratégie empreinte de réalisme et de modération qui s'est dessinée dans l'analyse qu'Alexandre Adler était venu livrer aux Libres Echanges de l'Institut Montaigne. Pour éclaircir un dessein américain trop souvent obscurci par l'abondance d'informations, par l'incompréhension ancienne entre nos deux pays, et par les hésitations d'une Amérique en période de transition, le conseiller du Figaro commença par saisir les relations franco-américaines dans leurs contradictions et dresser l'historique des différentes écoles de pensée américaines qui s'étaient succédées jusqu'ici, soulignant l'importance de l'héritage légué par Roosevelt et les errances d'une Amérique qui se cherche depuis la chute du Mur. Incohérence, laxisme, indifférence : s'il ne lui a pas reconnu que des échecs, les mots d'Alexandre Adler ne furent jamais tendres pour qualifier la politique étrangère menée par Bill Clinton. Inconsistance d'une politique dictée par une CIA désœuvrée en quête de légitimité qui a force de vouloir rejouer la Guerre froide et de «garder l'œil rivé sur le rétroviseur» n'a pas su voir les nouvelles lignes de force qui se faisaient jour. A l'inconsistance de cette politique, tiraillée entre différents lobbies, s'opposent les idées simples, mais stratégiques, avec lesquelles sont arrivés G W Bush et son entourage. D'une situation complexe ressortent au moins cinq traits fondamentaux qui dessinent, selon Adler, la stratégie américaine de demain. Une levée de pied du Moyen-Orient, livré à l'affrontement entre «une hégémonie iranienne en marche» et un bloc sous influence saoudienne, en est sans doute le résultat le plus immédiat. Quand la fin des approvisionnements pétroliers en Arabie saoudite est programmée pour 2010 et que le 11 septembre a définitivement mis fin à toute complaisance à l'égard des fondamentalistes religieux, cette région, décidément trop compliquée, n'est plus au rang des priorités américaines. Les relations apaisées et privilégiées avec la Chine et la Russie révèlent, elles, une stratégie débarrassée des scories de la Guerre Froide et résolument tournée vers un partage de la puissance. Autre élément du paysage géopolitique qui se dessine : la fin des organisations internationales, l'ONU en tête. Et enfin, l'abandon de deux vieux rêves sur les continents sud-américains et européens ; l'Amérique prend acte des solidarités et des volontés d'indépendance qui s'y affirment.
C'est ainsi qu'Alexandre Adler a pris le pari d'une Amérique mieux contenue dans ses frontières et abandonnant délibérément ses ambitions impériales. Mais le succès de cette stratégie adaptée aux nouvelles réalités d'un monde multipolaire repose sur un partage assumé des responsabilités. |
| |
English version

