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PME : le pouvoir des "gazelles"Pourquoi la France semble-t-elle incapable d'accoucher d'un Google ? Pourquoi nos PME ne connaissent-t-elles pas des croissances aussi insolentes que certaines start-up américaines ou israéliennes ? La France dispose pourtant d'atouts majeurs : un savoir-faire reconnu dans de nombreux domaines, des chercheurs et des ingénieurs de talent, une main d'oeuvre qualifiée, un esprit critique doublé d'une grande créativité, des infrastructures performantes. La faible croissance des PME françaises ne date pas d'hier mais les conséquences de ce phénomène deviennent cruciales dans une économie mondialisée. Car aujourd'hui, et plus encore demain, seules les entreprises disposant d'une "masse critique" et créant une réelle valeur ajoutée seront amenées à survivre.
Sous l'égide de Renaud Dutreil, le gouvernement a mis en place un programme destiné à favoriser les "entreprises de croissance". L'effort est méritoire. Mais en mettant l'accent sur la création d'emploi le gouvernement néglige un mécanisme fondamental : quelles que soient la nature ou l'efficacité des dispositifs destinés à simplifier l'embauche, les firmes ne recruteront pas si elles ne découvrent pas de nouveaux marchés, n'accèdent pas à de nouveaux clients. C'est donc en amont qu'il conviendrait d'agir, en encourageant l'innovation, la diversification, en stimulant les capacités d'exportation des entreprises.
Des obstacles au développement internes à l'entreprise
La difficulté des PME françaises à relever le défi de la mondialisation et à faire face aux mutations de l'économie relève en grande partie d'un déficit d'innovation. Trois indicateurs mettent en évidence ce phénomène : l'insuffisance des exportations (le déficit du commerce extérieur était de près de 27 milliards d'euros en 2005), le montant des dépenses en R&D effectuée dans les entreprises et un nombre de dépôts de brevets inférieur à ce qui prévaut chez nombre de nos voisins (147 brevets demandés par million d'habitants en France, contre 312 en Suède).
Les PME souffrent par ailleurs d'un manque de compétences managériales. Les différentes phases de développement de l'entreprise exigent de la part des dirigeants de PME des qualités très variées (finances, marketing, gestion, développement, RH...). Or bien peu d'entrepreneurs sont capables d'une telle polyvalence. On constate par ailleurs que les prouesses technologiques ou scientifiques de certaines PME sont compromises par une mauvaise gestion. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer le cas de cette PME du sud de la France. Start-up de haute technologie à très fort potentiel, elle gagne un concours de l'ANVAR et bénéficie d'une aide financière et d'un accompagnement technique de premier choix. Pourtant, au bout de 18 mois, l'entreprise en est à son deuxième plan social alors même que son marché demeure porteur. Comment expliquer les difficultés rencontrées, si ce n'est par un déficit de management ?
Certains freins au développement des PME sont inhérents à la personnalité même du chef d'entreprise. Certains entrepreneurs préféreront limiter le développement de leur entreprise plutôt que de déléguer une partie de leur pouvoir. D'autres refuseront de choisir les meilleurs collaborateurs, ceux qui disposent de compétences complémentaires aux leurs, toujours par peur de se sentir dépossédés d'une part de leur liberté, de leurs responsabilités et dans une certaine mesure de leur prestige. Pierre Bellon, Président du Conseil d'Administration de Sodexho, a lui-même surmonté les multiples obstacles qui jalonnent le parcours de l'entrepreneur, de la PME à la multinationale. Pour lui, accepter de déléguer, de s'appuyer sur les meilleurs, constitue non seulement un des plus importants défis que doit relever un chef d'entreprise, mais également une étape indispensable pour le développement de son affaire.
A noter à ce sujet que la rigidité de la fiscalité française n'est pas étrangère à la vision très patrimoniale des chefs d'entreprises. Difficile d'imaginer en effet qu'à l'instar de ce qui se passe dans de nombreux pays, un entrepreneur développe une structure, la revende pour se relancer dans un ou plusieurs autres projets. Le niveau d'imposition lié à la cession des entreprises était jusqu'à présent tel que ce genre de stratégie - qui contribue pourtant largement à la re-dynamisation du tissu économique - n'était pas concevable en France. La réforme de la fiscalité de janvier 2006, liée à la cession des entreprises, devrait partiellement corriger ce phénomène.
Des obstacles à la croissance des PME d'origine exogène
Au tout premier rang des griefs exprimés par les PME, on retrouve lourdeur administrative et le poids de la réglementation. Aujourd'hui, les chefs d'entreprises dans leur ensemble attendent moins des pouvoirs publics de l'argent ou différentes formes d'aide que l'allègement d'une réglementation pléthorique qui absorbe une partie non négligeable de leur énergie. Si ces freins n'empêchent pas les entreprises de croître, ils constituent néanmoins des obstacles importants, notamment pour les entreprises de moins de 20 salariés. En effet, ces dernières ne disposent pas toujours des ressources humaines nécessaires pour gérer une profusion de procédures administratives. Contraintes de s'y soumettre, ces PME leur consacrent du temps et de l'énergie au détriment de fonctions réellement productives, comme la recherche de nouveaux marchés, de nouveaux produits ou les relations avec la clientèle. L'environnement culturel se révèle par ailleurs peu propice au développement des entreprises. De nombreux observateurs étrangers s'étonnent des rapports difficiles que les Français entretiennent avec l'argent. Contrairement à ce qui prévaut chez nos voisins, il n'est pas de bon ton, en France, de faire fortune aux commandes d'une entreprise -alors qu'il est tout à fait honorable de décrocher le gros lot au loto ou d'hériter ! Un simple regard sur un récent sondage confirme ce phénomène : à peine plus d'un tiers des Français se déclare favorable à la libre entreprise et à l'économie de marché contre 67% en Grande Bretagne, 63% en Pologne, 74% en Chine, 71 % aux Etats-Unis et 70% en Inde et au Canada. Cette méfiance vis-à-vis du capitalisme en général contribue à brouiller l'image des entrepreneurs.
La stigmatisation de l'échec contribue également à dévaloriser l'image de l'entreprise dans notre société : on n'apprend guère sur les bancs de nos écoles que l'erreur fait partie intégrante du processus d'apprentissage... Notre système scolaire n'est d'ailleurs pas étranger aux difficultés de nos PME. Car, mis à part certains circuits de formation professionnelle assez peu valorisés (apprentissage en alternance, CAP, BTS, IUT...), le système éducatif français est totalement déconnecté des réa¬lités et des besoins de l'entreprise. Ce décalage se manifeste jusque dans les rangs de nos élites. Dans la plupart des Grandes Ecoles, les meilleurs s'orientent vers les grandes entreprises. Ils éprouvent rarement le désir de créer leur structure et considèrent les PME avec une certaine condescendance.
Faute de moyens financiers ou de ressources humaines adéquates pour se développer, freinés par une série de facteurs exogènes évoqués plus haut, les PME françaises les plus prometteuses sont souvent absorbées par de grands groupes, qu'ils soient français ou étrangers. Outre la perte d'autonomie de ces entreprises, ces acquisitions ont parfois pour conséquence d'éliminer une concurrence potentielle pourtant indispensable à la régénération du tissu économique. En fait de "patriotisme économique", plutôt que de multiplier les lignes Maginot, commençons par faire sauter les verrous qui ralentissent le développement de nos PME pour leur donner les moyens d'affronter, mieux armées, les défis de la mondialisation. Télécharger Ecouter |
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