La polygamie porte atteinte à l’égalité homme-femme, pilier de notre République. Elle est contraire à la Charte européenne des Droits fondamentaux comme à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Phénomène très minoritaire rapporté à la population de notre pays et même à la population totale d’étrangers en France, la polygamie constitue néanmoins un danger pour l’organisation sociale dans les territoires où elle est particulièrement concentrée.
Interdite en France et dans l’Union européenne, elle est pourtant pratiquée et souvent considérée comme une fatalité par les autorités publiques qui devraient la combattre. Elle est un tabou pour les politiques et les administrations. Elle peut susciter des inquiétudes dans l’opinion. Notre thèse est à l’opposé de cette acceptation tacite et de ce renoncement : à nos yeux, la polygamie est un phénomène que l’on peut combattre si on s’en donne l’ambition et les moyens.
J’aimerais insister sur le caractère destructeur de la polygamie pour les femmes et les enfants qui la subissent. Ces derniers ne peuvent bénéficier de l’éducation qu’ils devraient recevoir, ils sont très tôt privés de leur futur et ils n’ont que peu de chances de vivre une vie normale. Ces victimes n’ont pas choisi ce destin, mais il s’impose à eux sous les formes les plus dures : inégalité dans le mariage et soumission pour les femmes, renoncement aux droits fondamentaux à l’intimité, privation d’une éducation digne de ce nom, misère matérielle, peur du lendemain. Ces situations sont connues des associations qui cherchent des solutions individuelles pour les femmes courageuses qui font le choix de décohabiter ; elles sont connues des travailleurs sociaux qui sont souvent dépourvus d’outils efficaces pour accompagner les femmes qui viennent vers eux ; elles sont connues des pouvoirs publics qui semblent avoir baissé les bras face à ce phénomène. Ainsi la loi de 1993 sur l’interdiction des regroupements familiaux en cas de polygamie peut-elle être contournée dans l’indifférence générale.
Plutôt que de considérer la polygamie comme une fatalité, comme un tabou qui met mal à l’aise les responsables politiques de tout bord, j’ai choisi ici de témoigner de mon expérience personnelle de responsable associative, et je remercie l’Institut Montaigne d’avoir accepté de reprendre ce témoignage et ces premières propositions. J’espère que cette contribution permettra de sortir de l’oubli les femmes et les enfants qui souffrent de situations qui portent atteinte aux valeurs les plus fondamentales de notre République.
Sonia Imloul est fondatrice et présidente de l'association "Respect 93", une association de prévention de la délinquance des mineurs dans les quartiers les plus sensibles de Saint-Denis (La Courtille, La Saussaie, Floréal, Franc-Moisin...). Elle se penche depuis des années sur la situation de la petite enfance dans les "quartiers sensibles". Elle a publié récemment un ouvrage sur la primo délinquance, Enfant bandits ? La violence des 3-13 ans dans les banlieues (Paris, Le Panama, 2008). Elle est également membre du Conseil économique, social et environnemental.
Quelles sont les conséquences de la polygamie sur les femmes et les enfants ? Dans quelles régions la polygamie est-elle présente ? Que peut-on faire ? Ecoutez Sonia Imloul présenter son travail.
Tous les articles
Libération - 08 février 2010 Polygamies hexagonales - Marwan Chahine
L'Alsace - 21 novembre 2009 Polygamie destructrice
ELLE.fr - 21 novembre 2009 Les enfants issus des familles polygames sont en danger
RFI - 21 novembre 2009 La polygamie «destructrice pour les femmes et les enfants» - Catherine Rolland
Le Parisien - 20 novembre 2009 La dure vie des enfants de familles polygames - Claudine Proust
Le Figaro.fr - AFP - 20 novembre 2009 Un rapport sur la polygamie en France
LCI - TF1 News - 20 novembre 2009 Familles polygames : une situation "destructrice" pour les enfants - Alexandra Guillet
Exemples de recommandations de La polygamie en France : une fatalité ? : Inciter les parlementaires à se saisir du sujetDésigner par département ou pour chaque commune un responsable à même d'appuyer le travail des maires et des associations Communiquer le plus largement possible sur le droit de la femme Garantir un soutien personnalisé à chaque femme décohabitant et assurer son intégration