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La France est-elle en déclin ?

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«La France est-elle en déclin ?»
Voilà un thème décidément propre à faire se déplacer les foules. Ce ne sont en effet pas moins de cinq cents personnes qui sont venues assister à la joute oratoire à laquelle se sont livrés, dans le cadre des Libres Echanges, l'économiste Nicolas Baverez, auteur à succès de La France qui tombe (Perrin), et Jacques Marseille, professeur d'histoire économique et auteur de Le grand gaspillage les vrais comptes de l'État (Plon).

Quelque chose ne va pas dans notre pays, certains allants même jusqu'à annoncer sa chute. Alors Cassandres, oiseaux de mauvais augures, prophètes de l'apocalypse où analystes lucides et avisés ?

Mais quels sont donc ces maux qui tourmentent avec force vigueur notre pays ? Trois symptômes sont révélateurs de l'état d'apathie dans lequel il se trouve plongé. Le premier est politique : la France n'a plus de grand projet à mener à l'inverse, par exemple, des Etats-Unis, galvanisés par la réaffirmation de leur leadership universel, de l'Allemagne motivée par la perspective de conduire jusqu'à son terme son processus d'unification, ou de l'Espagne qui ne tarit pas d'efforts pour rejoindre le peloton de tête des puissances économiques. L'avenir de la France, quant à lui, se perd dans le flou. Le second symptôme est financier : l'État, en France, s'est transformé en une énorme «bulle spéculative» qui ne demande qu'à éclater. Sa dette s'élève désormais à près de 63% du PIB. Le troisième et dernier symptôme réside dans le rapport coût/performance de certains de ses services publics. Notre système de santé, d'éducation, loin de constituer des modèles, sont dans un état de profond délabrement. Les faillites d'Alstom, de France Telecom et de Vivendi, perçus il y a peu comme des fleurons du capitalisme français ainsi que la fuite «dramatique» des cerveaux contribuent au noircissement d'un tableau déjà très sombre.

De sa puissance passée, la France n'a plus que la nostalgie, rappelle Nicolas Baverez. Pays du verbe par excellence, elle brandit allègrement les mots de la puissance sans pouvoir en brandir les moyens. Faible, elle a oublié qu'une démocratie qui renonce à la contrainte est condamnée de fait à renoncer à la liberté. Le blason qu'elle tente de redorer sur la scène internationale est terni par les ambiguïtés dont elle fait montre sur la scène européenne. D'un côté, elle appelle de ses vœux l'émergence d'une «Europe puissance», de l'autre elle se complait dans le non-respect du Pacte de stabilité, donnant ainsi le mauvais exemple.

Et Jacques Marseille de renchérir en pointant du doigt les trois «piteuses» qui tirent irrémédiablement la France vers le bas : un État qui ne sait plus assurer une égalité de traitement pour tous ses citoyens ; un syndicalisme qui se perd dans la confrontation ; une éducation nationale qui ne sait plus préparer les jeunes à la réalité du monde du travail aujourd'hui.

Faut-il pour autant céder au fatalisme ? Point s'en faut, s'exclame le professeur Marseille. La France, pour malade qu'elle soit, n'en est pas moins dénuée de ressources : une démographie moins sinistrée que ses voisins européens, des infrastructures publiques de qualité, de nombreux pôles d'excellence dans le domaine public et privé ainsi qu'un niveau élevé de productivité.

L'auteur de «Le grand gaspillage les vrais comptes de l'État», s'inscrivant en faux par rapport à Nicolas Baverez, rappelle d'ailleurs ce n'est pas «la» France qui tombe mais «une» certaine France, celle de l'ère industrielle. En effet, celle-ci, depuis 30 ans, ne s'est pas assoupie sur ses lauriers : l'espérance de vie s'est accrue, le niveau de vie des Français a quasiment doublé, et leur productivité est l'un des plus fort au monde. Sur les décombres de cette France industrielle se construit une France dynamique dont l'économie est tournée vers les services. Et Nicolas Baverez de rappeler que ces éléments sont autant d'atouts sur lesquels notre pays peut s'appuyer.

Certes, la situation dans laquelle se trouve actuellement la France appelle de profondes réformes. L'urgence est à la mesure de la tâche qui reste à accomplir. Pour autant, rappelle Nicolas Baverez, céder au pessimisme n'est pas la bonne attitude à adopter. Au contraire de la décadence qui implique inéluctabilité et irréversibilité, le déclin est un processus volontaire qu'il est possible, par définition, de renverser. Aux hommes politiques d'agir en conséquence. Mais également aux Français de récuser leur conservatisme quiet pour accepter d'assumer la réforme sans laquelle une démocratie se flétrit avant de disparaître. C'est à ce seul prix que «la France qui tombe» pourra se redresser.