L’Institut Montaigne est un think tank indépendant. Sa vocation est d’élaborer des propositions concrètes dans les domaines de l’action publique, de la cohésion sociale, de la compétitivité et des finances publiques.

Les primaires
pour les nuls 


Avril 2016

A PROPOS DE L’AUTEUR
Olivier Duhamel / Politologue

Olivier Duhamel, professeur émérite de droit constitutionnel et de science politique à Sciences-Po, membre du Comité directeur de l'Institut Montaigne, étudie de longue date les institutions, la vie politique et leurs influences réciproques. Il est reconnu comme l'un des "pères" des primaires, étant l'auteur avec Olivier Ferrand du premier rapport du club Terra Nova sur ce sujet en 2008. Il codirige aux éditions du Seuil la revue Pouvoirs et la série annuelle de TNS-Sofres L'état de l'opinion ainsi que la collection "à savoir" chez Dalloz. Animateur de l'émission Mediapolis, il est éditorialiste à Europe 1, chroniqueur à LCI.


Les primaires : effet de mode
ou renouveau démocratique ?

Près de trois millions de personnes ont voté à la primaire organisée par le Parti socialiste en 2011 et plusieurs millions d’autres voteront certainement à la primaire des Républicains en novembre 2016.
 
Grande nouveauté dans notre vie démocratique, les primaires ont vocation à s’installer durablement en France où elles suscitent des débats passionnés et un intérêt croissant. Effet de mode ou phénomène durable ? Gadget, ou vrai renouveau démocratique ? Exacerbation de la politique spectacle ou nouvelle chance pour le débat ?
 
Pour répondre à ces interrogations, l’Institut Montaigne a lancé un groupe de travail piloté par Olivier Duhamel et alimenté par l’audition de nombreuses personnalités – universitaires, politiques, juristes, sondeurs, journalistes, etc. Le produit de ce travail, notre livre édité chez First, défend l'idée de primaires démocratiques et formule des mesures précises pour inscrire durablement cette pratique dans notre pays. 


Un phénomène récent en Europe

Alors que les primaires ont plus d'un siècle d'existence aux Etats-Unis et sont devenues incontournables dans le paysage politique américain, elles ne trouvent un intérêt aux yeux des Européens qu'à la fin des années 1990. 

Grèce, Royaume-Uni, Espagne, Italie : le système des primaires commence à s'imposer progressivement en Europe. Celles-ci apparaissent souvent comme une solution possible à la crise profonde que traversent les grands partis en permettant de renouveler les formes de participation et en suscitant un nouvel intérêt pour les citoyens. Ouvertes, fermées, de coalition, de parti, d'opposition, de délibération, etc. les primaires européennes s'adaptent aux régimes politiques de chaque pays et ont peu de choses en commun avec leurs homologues américaines.


1.

Quand ont été organisées les premières primaires en France ?

1995

Bonne réponse
Si par primaire on entend « toute désignation d’un candidat à une élection qui n’est plus effectuée par l’appareil du parti mais par la base », la première primaire en France remonte à 1995 avec l’élection de Lionel Jospin contre Henri Emmanuelli à la tête du PS. Cependant, cette élection ne concernait que les adhérents à jour de cotisation : c’est ce qu’on appelle une « primaire fermée ». En 2006, la primaire du PS était semi-ouverte (limitée aux adhérents mais avec possibilité d’adhérer pour l’occasion) ; en 2011, la primaire était ouverte à tous les électeurs qui le souhaitaient.
Mauvaise réponse
Si par primaire on entend « toute désignation d’un candidat à une élection qui n’est plus effectuée par l’appareil du parti mais par la base », la première primaire en France remonte à 1995 avec l’élection de Lionel Jospin contre Henri Emmanuelli à la tête du PS. Cependant, cette élection ne concernait que les adhérents à jour de cotisation : c’est ce qu’on appelle une « primaire fermée ». En 2006, la primaire du PS était semi-ouverte (limitée aux adhérents mais avec possibilité d’adhérer pour l’occasion) ; en 2011, la primaire était ouverte à tous les électeurs qui le souhaitaient.
2.

Lequel de ces pays recourt le moins souvent aux primaires ?

Allemagne

Bonne réponse
En Allemagne, le progrès des primaires est plus erratique : si des primaires fermées font leur apparition dès 1993 au sein du SPD (parti social-démocrate), le phénomène prend moins d’ampleur que dans les autres pays. Au Royaume-Uni, des primaires sont organisées à la suite de l’élection générale pour déterminer qui sera le leader de l’opposition. En Argentine, depuis la loi sur de 2009 sur les « PASO », les primaires sont ouvertes (à tous les électeurs), simultanées (tenues en même temps et au même vote) et… obligatoires (amende et sanction administrative pour qui ne va pas voter) !
Mauvaise réponse
En Allemagne, le progrès des primaires est plus erratique : si des primaires fermées font leur apparition dès 1993 au sein du SPD (parti social-démocrate), le phénomène prend moins d’ampleur que dans les autres pays. Au Royaume-Uni, des primaires sont organisées à la suite de l’élection générale pour déterminer qui sera le leader de l’opposition. En Argentine, depuis la loi sur de 2009 sur les « PASO », les primaires sont ouvertes (à tous les électeurs), simultanées (tenues en même temps et au même vote) et… obligatoires (amende et sanction administrative pour qui ne va pas voter) !
3.

Aux Etats-Unis, un président sortant est-il soumis à une primaire ?

Oui

Bonne réponse
Tous les présidents sortants souhaitant être reconduits à l’investiture de leur parti doivent se présenter à l’élection primaire. Bien souvent, il ne s’agit que d’une primaire de rassemblement car le candidat s’impose naturellement. Cependant, Harry Truman, en 1952, puis Lyndon Johnson, en 1968, sont deux exemples de présidents sortants en fin de premier mandat ne parvenant pas à remporter une primaire pour se représenter.
Mauvaise réponse
Tous les présidents sortants souhaitant être reconduits à l’investiture de leur parti doivent se présenter à l’élection primaire. Bien souvent, il ne s’agit que d’une primaire de rassemblement car le candidat s’impose naturellement. Cependant, Harry Truman, en 1952, puis Lyndon Johnson, en 1968, sont deux exemples de présidents sortants en fin de premier mandat ne parvenant pas à remporter une primaire pour se représenter.

Une élection à trois tours ?


En France, le recours aux primaires se fait avant tout dans le cadre de l’élection présidentielle. Elles créent une sorte d’élection à trois tours. La montée du Front national les a rendues encore plus nécessaires.

Dans un système bipartisan, le premier tour permettait de choisir entre les différents candidats de droite et de gauche. Aujourd’hui, la vie politique française est tripartite : en l’absence de candidat évident, les primaires jouent alors le rôle de premier tour et permettent de désigner un leader unique pour éviter l’éparpillement des voix. 


Un pouvoir supplémentaire pour les citoyens

2,7 millions de votants lors de la primaire socialiste de 2011

Face à la crise de la représentation politique, les primaires représentent une avancée majeure. Elles permettent aux citoyens d'être davantage acteurs de la vie politique par la désignation, en amont de la campagne présidentielle, du candidat le plus légitime et le plus crédible à leurs yeux pour porter leurs idées et incarner leurs valeurs. 



Les primaires constituent avant tout un grand forum politique. Pendant des mois, les débats d’idées rythment la campagne et l'intérêt qu'ils suscitent va croissant. Elles sont l'occasion pour les candidats de présenter leurs propres idées en se différenciant du socle commun proposé par le parti. Les nombreux meetings, interviews et publications d'ouvrages sont l'occasion d'exposer les principales lignes de leurs programmes au grand public. Par exemple, en 2006, trois débats avaient été diffusés sur LCP pour la primaire semi-ouverte du PS. En 2011, lors de la primaire ouverte à gauche, on comptait quatre débats, dont deux prime time sur France 2. En 2016, neuf livres ont pour l'instant été publiés à l'occasion de la primaire républicaine.


Vers la fin des partis politiques ?

Un électeur sur deux s'était abstenu lors du premier tour des dernières élections régionales en 2015. Cette faible participation à la vie démocratique interroge le rôle des partis. L’instauration des primaires peut permettre aux citoyens de participer au choix du candidat présidentiable, qui n'est plus désormais du seul ressort de l’establishment du parti. 

« À peine 30 % des Français s’estiment représentés par un parti politique » 



Les partis politiques sont-ils par conséquent voués à être vidés de leur substance ? Les primaires sont au contraire l'occasion pour les partis de dépasser leur rôle traditionnel de plateforme organisationnelle, de consacrer davantage de temps et d'espace aux idées et aux débats ainsi qu'à l'élaboration de la ligne du parti sur la base de laquelle se positionneront les différents candidats en lice. 

Si les primaires ne sont pas le remède miracle à la crise politique profonde que connaît notre démocratie, elles peuvent contribuer à rénover la vie politique française et à redonner confiance aux citoyens. A condition qu’elles respectent quatre critères. 

Suivez le guide de l’Institut Montaigne ! 


Guide pour des primaires
pleinement démocratiques

Une élection primaire n’est pleinement démocratique que si elle respecte quelques grands principes : 


1

Principe d’honnêteté pour éviter toute forme de fraude.

C’est la mission d’une Haute autorité, indépendante par sa composition et comptable de la régularité du vote comme de la transparence de son financement. 


2

Principe de pluralité pour donner la parole à différents courants d’opinion

Ce principe implique un accès à la candidature le plus ouvert possible pour ne pas verrouiller la primaire : ainsi pourraient être autorisées les candidatures soutenues par une pétition citoyenne, afin de faire émerger des outsiders.
Au nom de ce même principe de pluralité, un président sortant doit se soumettre à nouveau à la primaire si son parti en prévoit l'organisation et qu'il se souhaite se représenter.


3

Principe d’équité pour accorder sa chance à tout candidat

  • Equité financière, d’une part, avec des dépenses plafonnées et en partie remboursées pour les candidates ayant obtenu un nombre suffisant de suffrages.
  • Équité politique : pour éviter tout déséquilibre entre les candidats, le président du parti doit démissionner six mois avant le premier tour de la primaire.
  • Équité médiatique, pour sortir de la conception égalitariste et chronométrique des campagnes qui n’a plus de sens à l’heure d’internet, des radios numériques et des chaînes d’information en continu. Laissons aux médias la responsabilité de rendre des comptes réguliers sur le traitement réservé à chaque candidat. 


4

Principe de délibération pour faire vivre les idées

La délibération doit être garantie pour permettre des débats vivants et riches entre les candidats à la primaire et sous le regard vigilant de la société civile et des think tanks. 


En savoir plus

    • Découvrez le groupe de travail et les personnes auditionnées dans le cadre de cet ouvrage

      Groupe de travail

      • Angèle Malâtre-Lansac, directrice adjointe de l'Institut Montaigne
      • Simon Dufeigneux, directeurs des relations extérieures de Sisley
      • Anaïs Dechambre, doctorante en droit public, ATER à l'Ecole de droit de la Sorbonne (Paris I)
      • Marc-Antoine Authier, chargé d'études à l'Institut Montaigne
      Personnes auditionnées 
      • Marie-Ève Aubin, présidente de la Commission des sondages
      • Édouard Balladur, ancien Premier ministre
      • Alain Bergounioux, historien, directeur de La Revue socialiste
      • Gilles Bouleau, journaliste à TF1, présentateur du 20 heures
      • Alexis Brézet, directeur de la rédaction du Figaro
      • Véronique Cortier, chercheuse au CNRS
      • Gérard Courtois, éditorialiste au Monde
      • Michel Field, directeur de l’information de France Télévisions
      • Gilles Finchelstein, philosophe, directeur de la Fondation Jean-Jaurès
      • Régis Fraisse, conseiller d’État
      • Marcel Gauchet, directeur de recherche à l’EHESS, rédacteur en chef de la revue Le Débat
      • Jean-Marc Germain, député socialiste des Hauts-de-Seine
      • Brice Hortefeux, député européen Les Républicains et ancien ministre
      • Jérôme Jaffré, politologue, directeur du CECOP
      • Édouard Lecerf, directeur des activités « politique & opinion », TNS-Sofres
      • Anne Levade, professeure de droit constitutionnel, présidente de la Haute Autorité de la primaire 2016
      • Francine Mariani-Ducray, membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel
      • Hervé Marseille, sénateur des Hauts-de-Seine
      • Jean-Pierre Mignard, avocat
      • Jean-François de Montgolfier, maître des requêtes au Conseil d’État
      • Édouard Philippe, député Les Républicains de Seine-Maritime, maire du Havre
      • Sylvie Pierre-Brossolette, membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel
      • Natalie Rastoin, directrice générale d’Ogilvy France
      • Pierre Rosanvallon, historien, professeur au Collège de France
      • Nathalie Saint-Cricq, journaliste politique, France 2
      • Thierry Solère, député Les Républicains des Hauts-de-Seine, président de la Commission d’organisation de la primaire de la droite et du centre
      • Patrick Stefanini, directeur général des services d’Île-de-France
      • Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos-France
      • Nicolas Vanbremeersch, directeur de Spintank
      • Éric Woerth, secrétaire général du parti Les Républicains

     
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