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Le numérique pour réussir dès l'école primaire 


Mars 2016



En France, une personne sur cinq ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux, c’est un constat d’échec pour notre pays qui ne parvient pas à sortir de cette spirale négative.


Depuis 2000, les résultats des enquêtes PISA sont sans appel : notre pays ne parvient pas à enrayer la dégradation des performances de son école, pas plus qu’il ne parvient à corriger les travers d’un système de plus en plus inégalitaire. Ces deux constats sont terribles pour la France, qui échoue à proposer un horizon à toute une partie de sa jeunesse, condamnant de très jeunes élèves, dès le « Cours Préparatoire », à un parcours scolaire en forme d’impasse.


20 % d’une classe d’âge ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux


Quel diagnostic poser ?


Alors que nous échouons à porter remède aux défaillances de notre système scolaire, les avancées de la révolution numérique se diffusent rapidement, largement et profondément. Et si ces évolutions portaient en elles une partie de la solution ? Comment faire du numérique un levier pour la réussite scolaire ? Comment la France peut-elle se saisir des opportunités d’apprentissage inédites offertes par le numérique ?


Pourquoi agir dès l’école primaire ?

1€ consacré à un enfant naissant permet d’économiser jusqu’à 8€ plus tard, dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sécurité, de la justice ou des services sociaux

Le primaire est à la source des difficultés qui affectent le système éducatif français. Pourtant, la recherche montre que 95 % des enfants peuvent réussir, lorsque des méthodes d’enseignement appropriées sont déployées très tôt. Les travaux menés par l’économiste James Heckman, prix Nobel d'Économie en 2000, ont prouvé que toute ambition pour l’égalité des chances impose d’agir le plus tôt possible.



Notre conviction au terme de plusieurs mois de travail : le primaire doit être la priorité absolue du numérique éducatif.

Les très nombreux plans, qui se sont succédés depuis les années 1980, ont permis une large diffusion des outils et de l’équipement mais ce n’est que par une révolution des usages (formation des enseignants, ressources, pratiques pédagogiques) que le numérique portera remède aux grandes défaillances de notre système éducatif. L'introduction du numérique à l'école primaire – conçu comme un outil capable de consolider les savoirs fondamentaux – permettra de lutter plus efficacement contre l’échec scolaire


Pourquoi le numérique sera un atout pour la réussite des élèves… et à quelles conditions

Notre rapport démontre que le numérique peut répondre aux défis qui se posent au système scolaire, car il permet :

• d’individualiser l’enseignement en fonction des progrès comme des difficultés de chaque élève ;
• d’utiliser les données recueillies pour améliorer les performances du système éducatif (détection précoce des difficultés, pilotage fin grâce à l’évaluation continue, etc.) ;
• de favoriser l’autonomie et la créativité des élèves.


Le numérique n’est pas automatique et on ne règlera pas tout "à coups de tablettes magiques".


La technologie peut permettre d’optimiser un enseignement d’excellente qualité, mais elle ne pourra jamais pallier un enseignement de piètre qualité.” source

Afin que le numérique pallie les défaillances de notre système éducatif, l’accompagnement des enseignants et l’aide à la conduite du changement des pratiques sont essentiels. Alors que le comité de suivi de la loi de refondation de l’école formule de vives critiques autour de « l'aspect usine à gaz des Espé », il est fondamental d’investir massivement sur la formation – initiale et continue – des enseignants.



Dans cette formation renouvelée, l’accent doit être mis sur l’appropriation des outils et usages numériques, la sensibilisation à la méthodologie d'expérimentation, l’intégration des avancées des sciences cognitives ainsi que l’aide au diagnostic des difficultés.


Trop souvent encore, la révolution numérique en marche est perçue comme une menace par les responsables politiques, les enseignants ou les parents. Ces craintes sont justifiées car l’adoption du numérique sans changement des pratiques pédagogiques n’a jamais produit d’effet. Elle n’est efficace que si les enseignants sont formés aux usages et pas seulement aux outils. C’est le modèle adopté par les pays qui allient bons résultats et fortes pratiques numériques, comme la Norvège ou l'Australie. Dans ces deux pays, le numérique est pleinement intégré à l'enseignement et son adoption en classe s’est accompagnée de nouvelles pratiques pédagogiques : le travail en petits groupes, l’apprentissage par projets et personnalisation de l’enseignement.


Quelles questions se poser avant d'agir ?

Pour élaborer ce travail, nous avons observé des bonnes pratiques, des expériences intéressantes et rencontré des enseignants engagés. De nombreuses « pépites » existent déjà, l’enjeu désormais est de mettre en cohérence les différentes initiatives, de favoriser la diffusion de celles qui ont démontré leur efficacité suite à une évaluation rigoureuse et d’engager l’ensemble des parties prenantes (enseignants, parents, élus locaux, ministère, chercheurs, etc.)



Le numérique éducatif fait intervenir de nombreux acteurs locaux, conscients des enjeux et de l’impact d’un usage du numérique ciblé et adapté aux situations d’enseignement, ils peuvent parfois se retrouver démunis face à l’ampleur de la tâche. Les exemples d’échecs, d’investissements mal alloués, de mauvais choix et de manque de coordination sont pléthoriques.


Vous êtes un parent, un enseignant ou un maire.
Toutes les questions à se poser pour comprendre comment le numérique peut favoriser la réussite des élèves.


Quelles priorités définir ?

L'utilisation du numérique dans le système éducatif est aujourd'hui l'objet de nombreuses annonces et initiatives :

  • en mai 2015, à l’issue d’une concertation nationale, le Président de la République a annoncé les grandes lignes du Plan numérique pour l’éducation ;
  • le Recteur Jean-Marc Monteil s'est vu confier, en mars 2015, une « mission de définition et d'impulsion de la nouvelle politique numérique de l'Éducation nationale » par le Premier ministre. En juillet 2015, l’appel à projet « e-fran », soutenu par le Programme d’investissements d’avenir à hauteur de 30 millions d’euros, a été annoncé. Concernant le primaire et le secondaire, il a pour ambition de développer des initiatives de terrain, validées scientifiquement, qui font du numérique un levier pour la réussite scolaire ;
  • Canopé et le réseau Villes internet ont publié, en février 2016, un guide pour développer le numérique à l’école.

Parmi cette multitude d’actions, comment se lancer ? Par quoi commencer ? Et surtout, comment faire les bons choix ?


Nos travaux, par les analyses effectuées, la revue de la littérature scientifique, les auditions d’experts et les ateliers collaboratifs que nous avons menés, nous ont permis de forger des convictions fortes sur le numérique à l’école primaire. Ce sont les fondations sur lesquelles pourrait s’édifier un système éducatif français où le numérique favorise la lutte contre l’échec scolaire.
 
Pour y parvenir, les projets numériques pour l’éducation devront engager l’ensemble des parties prenantes (enseignants, élus locaux, parents, ministère de l’Éducation nationale, Recteurs, etc.) et être sous-tendus par une vision partagée et une stratégie rigoureusement définie. Ce rapport avance des propositions concrètes pour satisfaire à ces exigences et mettre le numérique au service de la réussite scolaire et de l’égalité des chances.


Nos propositions concrètes
pour une utilisation du numérique
au service de la réussite dès l’école primaire

Promouvoir la création d’une « Fondation pour l’Éducation », à la gouvernance collégiale, pilotée par des chercheurs. Cette fondation pour la recherche, à but non lucratif, sera en charge de l’expérimentation et de la diffusion de bonnes pratiques pédagogiques labellisées.


Combiner l’utilisation d’un support numérique et d’applications adaptées pour généraliser une approche pédagogique structurée, systématique et explicite, validée par une recherche conforme aux standards internationaux et suivie par une évaluation définie au préalable.


Transformer une partie du temps passé à la maison devant les écrans en temps de consolidation des savoirs, via des applications ludo-éducatives élaborées par des chercheurs et recommandées aux parents par les enseignants.


Former les enseignants au numérique, comme outil et savoir, aux sciences cognitives et à la méthodologie d'expérimentation.


Fournir aux enseignants des outils de suivi de performance et des méthodes de remédiation.


  • Sécuriser les enseignants sur leurs productions innovantes et leur permettre plus facilement d'exercer une activité secondaire (favoriser le statut d’auto-entrepreneur).
  • Favoriser l’organisation de stages en entreprises ou en laboratoires de recherche 


Évaluer tous les trois ans, avec l'ensemble des acteurs concernés, le corpus de savoirs fondamentaux et l'équilibre avec les nouveaux savoirs enseignés (l'apprentissage du code, de la culture informatique et de l'écriture sur clavier).


Distribuer aux maires une charte de bonnes pratiques pour une gestion communale efficace du numérique éducatif



 
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