La France à un tournant idéologique? Laurent Bigorgne sur France 24

Type de document : Télévision
Paru le : 16 Avril 2015
Ecrit par : Roselyne Febvre et de Jean-Marie Colombani

France 24 Jeudi 16 Avril 2015

La France à un tournant idéologique? Laurent Bigorgne sur France 24

Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne, était sur le plateau de Roselyne Febvre et de Jean-Marie Colombani, jeudi 16 avril, dans l'émission "Politique" sur France 24. Il a présenté les différents points de blocages en matière d'emploi, de lutte contre le chômage.

« Je serais très mesuré sur la confiance. Je pense que les Français ont une façon de juger la situation. Ils le disent d’ailleurs, enquête d’opinion après enquête d’opinion et ils le manifestent dans les urnes, c’est l’état du marché du travail.
Je ne dis pas que ça doit être la seule aune à laquelle regarder la situation du pays mais quand on regarde la situation du marché du travail à la fois pour les moins qualifiés, à la fois pour les jeunes et à la fois pour ceux qui sont au chômage de longue durée on ne trouve pas un facteur d’amélioration. On peut en trouver pour ceux qui au fond sont les plus âgés sur le marché du travail depuis 2008, leur situation s’est globalement améliorée, mais à mesure de ce que l’on a retardé la possibilité de partir en retraite plus tôt, on ne trouve pas un facteur sur toutes les autres composantes qui nous diraient que la situation est meilleure.
Et je crois que de ce point de vue-là, il y a une sensibilité très forte de l’opinion au résultat réel obtenu par les uns et par les autres en matière d’emploi, en matière de lutte contre le chômage et objectivement on le voit bien ça ne date pas de 2012. On a une situation qui ne cesse de se dégrader avec derrière cela un certain nombre de grands outils qui ne fonctionnent pas : la formation professionnelle ne fonctionne pas, la souplesse que demandent notamment les patrons de PME ou d’entreprises de taille intermédiaire n’est pas au rendez-vous, la négociation sociale ne fonctionne plus.
On est revenu à un logiciel où l’on passe à nouveau par la loi, et quand on laisse aux partenaires sociaux, patronat et salariés le choix de piloter, ça pilote plutôt dans le bon sens mais à un degré d’intensité à une vitesse qui n’est pas la bonne. Et je suis saisi de ce qu’à mi-mandat on n’est pas capable de dire quoi que ce soit sur l’emploi des jeunes, on est incapable de dire sur l’apprentissage, on est incapable de dire sur la formation professionnelle sur laquelle on a légiféré trois fois en dix ans, il ne se passe rien. Il n’y a pas de vision. »

« La situation encore une fois, je la regarde du point de vue des politiques publiques, donne vraiment le sentiment d’une situation de cabotage, c'est-à-dire qu’à chaque léger mieux, on pense que les choses vont repartir.
J’aimerais vous démentir ici, le marché du travail ne repartira pas. Je rappelle qu’au-delà d’1,5 Smic en France, on est au plein emploi. 80% du chômage français est un chômage de non qualifiés.
Donc partant de ces quelques variables que nous avons mises en évidence à travers l’étude de Thesmar et Landier parue à l’Institut il y a quelques semaines, il y a très peu de chances, très peu d’opportunités, sauf à vraiment engager des réformes assez fortes, qu’on inverse la courbe, pour reprendre cette métaphore. Ça c’est vraiment ce que j’appelle moi la politique du cabotage. Il n’y a aucune capacité à aller un peu au long court et à porter la vision assez loin. Avec un parti socialiste, je constate, je ne fais pas de commentaire, qui va nous faire une motion mi chèvre mi chou. C'est-à-dire, on nous avait dit Valls et Macron ont gagné, bah non Martine Aubry s’est invitée à la motion majoritaire et on voit bien que le parti ne clarifiera pas sa ligne. On nous reparle à nouveau d’une réforme fiscale. Il n’y a pas de tournant idéologique, c'est-à-dire qu’à chaque fois que l’on donne un peu on reprend énormément. »

« On a deux partis de gouvernement qui sont profondément étatistes, il n’y a pas de libéraux en France sur la scène politique, surnageant dans les partis de gouvernement à gauche comme à droite, il n’y a pas de libéraux aujourd’hui. Il y a Emmanuel Macron, qui est formidable, c’est un peu court pour à lui tout seul peser sur le cours des choses. »



Consulter l’étude - Marché du travail : la grande fracture, février 2015
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Février 2015

Marché du travail : la grande fracture

Etude de Sylvain Catherine, Augustin Landier et David Thesmar