Douze propositions pour "sauver le métier d’ingénieur"

Type de document : Presse
Paru le : 12 Avril 2011
Ecrit par : Institut Montaigne

L'Etudiant/Educpro.fr Mardi 12 Avril 2011

Douze propositions pour "sauver le métier d’ingénieur"

Tribune publiée dans le cadre de notre partenariat avec L'Etudiant/Educpros.fr Ce mois-ci, l’Institut Montaigne a tenu à ouvrir ses colonnes à l’ISAE Executive Club dont il partage le diagnostic et les propositions sur la formation des ingénieurs.


Dans un contexte où la polémique sur les écoles d’ingénieurs et sur la formation qui y est dispensée ne désenfle pas (dont l’une des plus récentes contributions est l’étude de l’Institut Montaigne, Adapter la formation de nos ingénieurs à la mondialisation, le collectif ISAE Executive Club – composé de 100 cadres dirigeants et chefs d’entreprise, tous anciens élèves de l’École nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace (Supaéro) ou de l'École nationale supérieure d’ingénieurs de constructions aéronautiques (ENSICA), désormais rassemblées au sein de l’Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace (ISAE) – pousse à son tour un cri d’alarme sur la situation du métier d’ingénieur en France.

Le livre blanc Réinventer le métier d'ingénieur pour en valoriser le rôle dans la société (pdf), publié le 5 avril dernier, se saisit de l’inquiétant désamour pour le métier d’ingénieur dans notre pays – deux Français sur trois n’ont pas d’estime pour ce métier (1) –, alors que la part de notre industrie dans le PIB ne cesse de reculer : notre capacité industrielle est en péril à l’heure où les technologies d’avenir ainsi que l’innovation constituent un investissement massif de la part des pays émergents.

Ces pays sont passés d’une logique d’imitation à une logique d’innovation, considérant le déploiement volontariste des formations d'ingénieur comme un atout essentiel dans la compétition mondiale. En d’autres termes, les ingénieurs des pays émergents sont perçus comme les nouveaux capitaines, alors que dans les pays développés ils se voient proposer des formations et des carrières ternes. Le jour viendra où les pays émergents nous exporteront leurs ingénieurs…

• Pourquoi le métier d’ingénieur ne fait-il plus rêver les jeunes à l’aube de leur choix d’orientation ? Pourquoi jouit-il d'aussi peu d'estime ?

• Pourquoi, en 2008, un quart des polytechniciens commençaient leur carrière dans le secteur de la banque, cette proportion étant en constante augmentation ?

 • Pourquoi le nombre de bacheliers scientifiques rejoignant une université scientifique ou l’une de nos grandes écoles est-il aujourd’hui deux fois plus faible qu’il y a quinze ans ? En dix ans, les effectifs des classes préparatoires scientifiques sont tout juste restés stables, alors que ceux des classes préparatoires commerciales ont pendant le même temps bondi de 25 % (2).

• Pourquoi les ingénieurs sont-ils devenus moins nombreux à se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat, lieu d'éclosion de l'innovation ?

Trois domaines d'action prioritaire méritent d'être retenus :

I. UNE VÉRITABLE OUVERTURE À LA DIMENSION INTERNATIONALE : savoir appréhender les perspectives et les contraintes d'une mondialisation irréversible. L’objectif est d’impulser un changement de dimension des écoles d'ingénieurs pour les transformer en multinationales de la connaissance technologique et scientifique. Ce chantier s’articule autour de cinq propositions :

1.    Créer des sites sous label propre à l’étranger.

2.    Impliquer les communautés scientifiques et industrielles internationales dans les écoles d’ingénieurs.

3.    Définir un seuil minimal exigible de compétence à l’international.

4.    Rendre les écoles visibles sur les réseaux de communication mondiaux.

5.    Développer l'accueil et l'intégration des étudiants étrangers.

II. L’OUVERTURE À L'INNOVATION ET À L'ENTREPRENEURIAT : oser prendre des risques, banaliser et démythifier l’innovation, créer des emplois et des produits nouveaux, libérer les aspects créatifs et contribuer à la source au développement industriel. L’objectif est ici de susciter et d’accompagner l’innovation au sein des écoles d’ingénieurs et de préparer ainsi les ingénieurs à créer des entreprises à partir d’idées innovantes. 

Trois principales propositions :

6.    Préparer et motiver les ingénieurs à oser et savoir développer une innovation.

7.    Préparer les ingénieurs à la création ou à la reprise d’entreprise.

8.    Rendre plus attractives les carrières en PME, et plus particulièrement dans les PME innovantes.

Concrètement, cela passe par :

– le développement de la notion d’entreprises « marraines » mettant à disposition des moyens techniques pour la réalisation des projets d’innovation d’élèves-ingénieurs ;

– la participation des élèves à des projets multidisciplinaires en collaboration avec des entreprises innovantes, des pôles de compétitivité, des labos de recherche ;

– l’insertion, dans les programmes de formation, d’un module spécifique entrepreneuriat (ou la création de chaires Innovation-Entrepreneuriat), dont le contenu, à la fois académique et pratique, permettra aux élèves-ingénieurs de mettre en œuvre leur projet de création d’entreprise dans les meilleures conditions.

III. LA MÉTAMORPHOSE DU MÉTIER : ancrer les compétences dans une bonne pratique de la recherche, s'ouvrir plus sur la société, pour en comprendre mieux les attentes. L’objectif est de valoriser l’image de l’ingénieur comme acteur essentiel du progrès et faire connaître l’ingénieur français à l’international. 

Les quatre actions proposées :

9.    Développer les synergies entre les formations d’ingénieur et de docteur.

10.    Réinventer les rapports entre recherche et enseignement.

11.    Renforcer les capacités managériales de l’ingénieur.

12.    Valoriser l’ingénieur comme acteur essentiel du progrès.

Ces mesures seraient relayées par :

– la création d’environnements d’apprentissage virtuel dès l’école primaire, en jouant sur les défis futurs de l’ingénieur ;

– la promotion des projets communs grandes écoles et entreprises, de découverte et d’apprentissage des sciences et technologies pour des élèves du primaire et du secondaire ;

– la constitution d’un front uni des écoles d’ingénieurs, en vue d’un marquage global à l’international, avec l’aide de cabinets spécialisés, et d’un pilotage de la mise en place de systèmes d’accréditation et de classements internationaux.

La France ne saurait rester une grande puissance économique en ne s'appuyant que sur les services à la personne, la gastronomie ou le tourisme. Face à des puissances démographiques émergentes, elle doit sortir par le haut de la concurrence mondiale et développer une industrie, ainsi qu’une capacité en ingénierie forte.

(1) Eurobaromètre : les Européens, la science et la technologie
(2) Site de l’APSES et la Note d’information 07-37 de la Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance de l’Éducation Nationale : Les étudiants en classes préparatoires aux grandes écoles, en 2006-2007

Les propositions de l'Institut Montaigne pour adapter la formation de nos ingénieurs à la mondialisation

Télécharger le livre blanc (Pdf)

Publication connexe

Février 2011

Adapter la formation de nos ingénieurs à la mondialisation

Etude de Romain Bordier, Aloïs Kirchner et Jonathan Nussbaumer